POUR MA PATRIE
Moderato.
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N'at- ten - dez plus de moi La mol - le po - é
tip==l:
Qui d'un se - cret é - moi Te - nait l'a - me sai - si - e.
cresc.
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O Fran - ce, je t'ai - mais Jus -qu'à l'i - do - là - trie ! Tous mes
chants dé - sor-mais Se-rontpour ma pa - tri - e, Tous mes chants désor-
rall.
mais Se- ront pour ma pa - tri
Je n'aiguiserai plus L'inutile satire ; Les temps sont révolus Des traits qui faisaient rire Railleuse, je l'aimais ; Je l'admire, attendrie :
Tous mes vœux désormais Seront pour ma patrie !
Je n'irai plus au loin Répandre mon aumône, Quand ma mère a besoin Du pain qu'elle me donne.
Prodigue, je l'aimais ; Je l'estime, appauvrie :
Tout mon or désormais Sera pour ma patrie !
De mon propre malheur J'oublierai les atteintes ;
J'ai voué ma douleur
A des causes plus saintes.
Prospère, je l'aimais ;
Je l'honore, flétrie :
Tous mes pleurs désormais
Seront pour ma patrie !
Je ne me battrai pas Pour un mot dérisoire ; Il faut que mon trépas Ait son but et sa gloire.
Puissante, je t'aimais ; Je te venge, meurtrie :
Tout mon sang désormais Sera pour ma patrie ! ^
I. Durant les trente années qui précédèrent 1870, Nadaud avait conduit sa barque sur les bords les plus fleuris, lorsque dans son ciel tout-à-fait serein éclata le coup de tonnerre terrible de la guerre. Il était alors à la campagne, aux environs de Lyon. Il eut conscience de ses devoirs et s'interrogea, comme il l'a écrit, « sur le parti qu'il pouvait prendre pour ne pas rester complètement inutile. » Il avait la cinquantaine : il offrit sa bonne volonté aux ambulances. « M. Nadaud, disaient en septembre les journaux de Lyon, par une lettre conçue dans les termes les plus généreux, sollicite l'honneur d'aller sur les champs de bataille soigner les blessés et les consoler ». Il entra dans la première ambulance Lyonnaise, qui se formait sous la direction du D^ Ollier, pour accompagner l'armée des Vosges. Il fut donc infirmier volontaire pour la durée de la guerre.
Avant la fin de l'année 1871, il publia ses souvenirs et ses impressions en un léger volume qu'il intitula Mes notes d'infirmier. Il raconta sa campagne sans aucune recherche d'effet et comme il le dit dans un court avant-propos, « avec la simplicité qui convient au rôle modeste que j'ai joué dans ces temps malheureux ».
Le désastre national produisit sur le bon chansonnier une impression très profonde et lui causa une irréparable déception. Il avait voulu croire jusqu'au bout au triomphe de la France. C'est peut-être parce qu'il y a une légère pointe de désespoir dans ses derniers chants patriotiques que certains d'entre eux sont si beaux, si grands et si émouvants. Sa santé personnelle se ressentit de cette épreuve morale; il souffrit d'insomnies persistantes, sans se guérir jamais, jusqu'à sa mort.
Son indignation et ses vues d'avenir sont exprimées avec une virilité éloquente à la fin de ses souvenirs de guerre. « Sommes-nous assez punis ? Sommes-nous assez dépouillés de cette vanité, de cette forfanterie qui nous ont coûté si cher ? Sommes-nous guéris enfin de cette manie de régenter nos concitoyens du fond d'un estaminet ou d'une arrière-boutique ? Aurions-nous le bonheur de n'avoir plus un million d'hommes d'Etat et d'avoir un homme d'État ? République ou monarchie, sommes-nous encore une nation ? Sauronsnous apporter quelques changements à nos habitudes, à nos modes, à nos moeurs, à nos ridicules ? Verrons-nous encore nos femmes et nos filles porter des toilettes extravagantes et dispendieuses pour le bonheur des tailleurs anglais ou allemands, nos petits enfants se draper dans des oripeaux de comédiens ; verrons-nous encore nos classes bourgeoises et populaires s'abreuver du poison simple du théâtre ou du poison double du café-concert ; nos gens du mond? fréquenter les salons, où se joue le lansquenet, et le cercle, où le suprême bon goût nous ordonne de garder le chapeau sur la tête ? Aurons-nous encore les courses pour l'amélioration de la race chevaline avec accompagnement de personnes indignes et de Champagne ; aurons-nous encore les tailleurs allemands, les bottiers allemands, les compositeurs allemaiids ; aurons-nous les petits crevés, la Belle Hélène et les chiens à paletots armoriés ? Et dans le peuple des villes, verrons-nous encore les grèves, le cabaret, la promiscuité et V Internationale ? »
Le poète qui « idolâtre » sa patrie et qui veut trouver le salut dans une restauration morale de la France, donne ainsi son dernier mot : « Si toutes les leçons doivent être perdues, c'est à désespérer de son pays. »
BONHOMME (Dessin d'Henriette Browne)
CHANTS AVEC MUSIQUE
BONHOMME, i
Moderato.
Vous ne sa . vez pas mon â . ge?J'ai bien . tôt qiia. tre - vingts
H^^E=N=fc^
ans; A.près un si longvoy.a . ge, On a con.nu bien des gens. Mais je
RaU.
suisbon ca-ma . ra.de Et tou.jours jeu.ne d'hu.raeur; Je ne suis ja-maisma
p Tempo.
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la .de; J'aibon.nejambeet bon cœur. C'est Bon.hom.me qu'on me nom me ; Ma san.
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té, c'est mon tré-sor; Et Bon.hom.me vit en . cor Et Bon.hom.me vit en . cor.
Il pleut ? J'ai mon parapluie ; Il fait froid ? J'ai mon manteau.
Si par hasard je m'ennuie, Je m'en vais voir couler l'eau.
La nature tutélaire Veille sur les passereaux ; Je laisse tourner la terre ; Je ne lis pas les journaux.
C'est Bonhomme
Qu'on me nomme ; Ma gaîté, c'est mon trésor ; Et Bonhomme rit encor.
I. Publié avec l'autorisation de M. Marcel Labbé, éditeur, 20. rue du Croissant, Paris. Tous droits réservés.
J'avais assez de richesse ; Mais je fus trop obligeant, Ce qui fait qu'en ma vieillesse Je n'ai pas beaucoup d'argent.
A quoi pourrais-] e prétendre ?
Les petits vivent de peu ; J'ai du vin et du pain tendre, Et le soleil du bon Dieu.
C'est Bonhomme Qu'on me nomme ;
Ma santé, c'est mon trésor ;
Et Bonhomme vit encor.
Rien ne peut plus me surprendre Là-bas j'irai sans regret ; Et, quand il faudra m'y rendre, J'aurai mon paquet tout prêt.
J'ai fait quelque bien sur terre ; Bientôt je n'en ferai plus ; Quand je serai sous la pierre.
Je veux qu'on mette dessus :
" C'est Bonhomme
Qu'on me nomme ; Ma gaîté fut mon trésor... »
Mais Bonhomme vit encor ! ^
I. Dans ses Commentaires inédits, l'auteur donne, sur cette chanson qui est la plus caractéristique de toute son œuvre, une bien simple note : « C'est une de mes chansons qui a eu le plus de succès. Chaudesaigues la chanta d'abord, puis Malézieux, puis Levassor, puis tous les autres. Levassor qui était pourtant un artiste fort intelligent n'avait pas compris d'abord que le dernier vers du dernier couplet devait être non
Et Bonhomme vit encor ! . . .
mais
Mais Bonhomme vit encor ! . . . Je lui en fis l'observation ; il se frappa le front et rétablit le sens avec les mots. »
Et c'est tout. L'aimable et simple chansonnier ne s'explique guère dans ses souvenirs personnels, — et on le comprend bien en somme, — sur cette appellation de « Bonhomme » qui est cependant restée attachée à son nom. On trouve seulement dans les Miettes poétiques cette accusation contre lui-même, qui prouve trop de modestie :
Parfois lourdaud.
Alors Prudhomme ; Souvent badaud, Alors Bonhomme :
Toujours Nadaud.
Est-ce à juste titre que l'on a mis en parallèle la simplicité volontiers naïve de son caractère et de son génie avec celle de La Fontaine qui le premier reçut de ses amis. Racine, Boileau, Molière, ce surnom, comme un vrai titre de gloire ? Il y a certes plus d'un point
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de ressemblance. Mais on ne peut oublier que même en matière morale, le fabuliste eut trop d'originalité pour ne pas rester inimitable. Et d'autre part, s'il s'agit des ressources matérielles, il est aisé de constater que Nadaud fut beaucoup plus heureux que lui. Il eut même la faculté de se montrer généreux à l'égard de plus d'un homme de lettres, et n'attendit pas la fin de sa carrière pour agir ainsi. Pour ne citer qu'un trait, il est permis de dire aujourd'hui que dès le début du second Empire, l'un des plus grands poètes du siècle, le vrai prince de la poésie lyrique, toujours « saoul de gloire et affamé d'argent », se trouvait adroitement sur son passage aux jours où il savait que Nadaud devait recevoir son dû de la part de son principal éditeur... Ajoutons que ce n'est pas le chansonnier qui a révélé ce trait inconnu de générosité. Beaucoup d'autres actes charitables de la fin de sa vie ont été publiés par ses amis ou ses biographes en leur temps.
Cette heureuse aisance ne prouve pas que Nadaud ait été un « homme d'affaires ». Jugeons-en par un détail, l'acquisition d'une propriété, dont il parle dans ses Commentaires : « Pondant la commune de iSyt, dit-il, j'achetai près de Lyon une petite propriété de laquelle je croyais faire une chartreuse à mon usage. Plusieurs fois je me suis cru capable d'affronter la solitude : mais j'ai reconnu aussitôt que je ne pouvais me passer de société. J'ai couché trois fois à Pichenette (c'est le nom que j'avais donné à ce petit domaine). Mais je l'ai revendu quelques années après, bien entendu avec une perte considérable » Quoiqu'il ait toujours tenu à son titre de propriétaire, comme à une « marotte » suivant l'expression de M. Varloy, dans sa biographie, le bon chansonnier ne manifesta point dans l'exploitation d'une vigne, en Bourgogne, ou d'une métairie, dans le Périgord, des qualités pratiques bien brillantes. Ces chères « propriétés » prouvent du moins que Nadaud pouvait être indépendant ; aurait-il pu s'attacher à un Mécène ou à une illustre protectrice, comme fut réduit à le faire La Fontaine ? Ce n'est pas probable.
Je veux garder toute ma vie Sur moi-même un pouvoir complet ;
Sortir lorsque j'en ai l'envie.
Et rentrer quand cela me plaît ;
Ouvrir et fermer ma fenêtre.
Garder ou vendre ma maison ;
Enfin je veux être mon maître :
Voilà, pourquoi je suis garçon.
« Il apporta en toutes choses cette bonhomie et cette indépendance, a écrit avec beaucoup de vérité M. Montorgueil. Et peut-être n'a-t-il acquis cette indépendance qu'au prix de sa bonhomie. Il demanda peu, et mit son consentement parfait à un prix raisonnable. Il s'appliqua à être du mieux qu'il put le Bonhomme de sa chanson, ce petit bourgeois dont les calmes émotions font envie aux énervés que nous sommes, en cette agitée fin de siècle, le Bonhomme dont ? la santé est le trésor »... La vie de Nadaud ne connut ni malheurs! ni peines, ni inquiétudes. Il se borna à vivre avec une insouciance malicieuse, un esprit sans perfidie, une gaieté sans fiel ».
A défaut d'une analyse de cette fameuse bonhomie, analyse qui ne peut trouver place ici, un trait reste à conserver encore : le bonhomme Nadaud demeura très étranger à son époque. Au début de sa carrière, Théophile Gautier avait écrit de lui : « Il a le mérite de la verve et de la vérité, ce rapsode inconnu de la reine Pomaré, ce poète de Mabille ». Et Théodore de Banville, de son côté : « Je le salue avec une grande joie. Il y a dans ses ébauches comme un reflet de l'âme de Ronsard ». Et tous deux se rencontrent pour lui prédire qu'il fera, s'il lui plaît, « du Gavami en chansons... »
Or Nadaud ne fut point pour son époque le Gavami prédit. Les ridicules qu'il saisissait étaient inhérents à l'humanité, sans date ni lieu. Sa chanson n'a rien de la chanson de circonstance, rien de la chanson qui se confie à la mode ou qui court au devant du succès d'un jour. Elle ne veut être ni satire, ni pamphlet, ni scandale, et L'expression d'une pensée, ou la note d'un sentiment », cela lui suffit ; il délaisse ce qui est d'une seule époque pour s'attacher à ce qui est de toutes les époques, car
<i L'éternel est jeune toujours. »
La bonhomie de Nadaud est donc elle aussi classique, c'est-à-dire qu'elle n'est pas le monopole d'une génération. Elle est tout entière comme la chanson idéale, la chanson de tous les temps, dans ces deux vers :
Elle est la vertu qui chante Et la raison qui sourit.
(Bonhomme au Caveau)
NEZ ET LUNETTES i
Assez mouvementé, p
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On dit, au pa - ys des sor - net - tes, Que les Grecs, les
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Grecs d'au- tre - fois, N'ay-ant pas be - soin de lu - net-tes, Avaient
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le front et le nez droits. Vin-rent my - o - pes et près-
by - tes; A - lors il fal - lut fa - bri - quer Des ti - ges por-
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tant des or - bi - tes Et des crans pour les ap - pli - quer. Les
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cho- ses é-tant ain-si fai - tes, Vous ne se - rez pas é - ton - nés Que J
l'in-ven-ti - on des lu - net-tes Aitchan-gé la for- me des nez.