‹ Pages choisies de NadaudChapitre 18 sur 146 · LE FACTEUR RURAL · texte numérisé non relu

LE FACTEUR RURAL

La blouse bleue à collet rouge Qui toujours bouge, bouge, bouge

D'un mouvement égal.

Le grand balancier qui circule, Régulier comme une pendule,

C'est le facteur rural.

Celui-là n'aura pas la goutte ; Le matin, il se met en route

Pour revenir le soir Chargé de journaux et de lettres, Il fait ses trente kilomètres

Sans un instant s'asseoir.

Il accomplit dans la journée, Comme la terre, sa tournée.

Par le ciel sombre ou clair.

Indifférent à la souffrance.

Il est le seul homme de France

Oui n'ait pas froid l'hiver.

Par la crotte ou par la poussière, Il va de maison à chaumière ;

Il arrive au château.

C'est là qu'on puise un peu d'haleine Dans un broc de vin indigène

Qui ne souffre pas l'eau.

Reprends ta boîte et ton courage, Il faut arpenter le village.

Monte au vieux prieuré, Et remets à dame Thérèse Le mandement du diocèse

Pour Monsieur le Curé.

Voici les paquets d'habitude Pour le notaire en son étude,

Affiche et mise à prix ; Le journal de monsieur le maire, Et pour l'instituteur primaire,

Un livre de Paris.

(' Jean, si quelque chose te manque, Veux-tu voir un billet de banque

Valeur cinquante francs ?

C'est pourtant une fière chance D'avoir un fils absent qui pense

A ses bons vieux parents. »

« Poux vous, madame l'aubergiste.

Vingt francs de la part de 1 artiste

Nourri, logé, blanchi.

— Paul, donne-moi trente centimes ; C'est un ami des plus intimes

Qui n'a pas affranchi. »

« Pour VOUS, père La République, Le soldat vous écrit d'Afrique.

Lisez ça, mon ancien.

— Je ne sais pas lire, c'est triste ; Mais s'il écrit, c'est qu'il existe ;

S'il existe, il va bien. »

— A vous, Nanon, veuve Granville, Ce papier timbré de la ville :

C'est du crédit foncier.

Pour une veuve sans défense, Il n'est de pire connaissance

Qu'un pareil créancier. »

Facteur, prends le sentier, sois preste. Il faut aller tant qu'il en reste,

Ici, là-bas, plus loin, A l'autre bout de la vallée.

Jusqu'à la maison isolée

Qui blanchit dans son coin.

Ainsi, dans sa marche éternelle, Les traits que son carquois recèle

De tous côtés s'en vont.

C'est une boîte de Pandore ; Ce qu'elle contient s'évapore ;

L'espérance est au fond.

L'ombre s'allonge, le jour baisse.

Le soleil, luttant de vitesse.

Décline à l'horizon.

Il disparaît sous la montagne.

Comme lui le facteur regagne

Sa nocturne maison.

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