‹ Pages choisies de NadaudChapitre 25 sur 146 · LE PETIT ROI · texte numérisé non relu

LE PETIT ROI

Nous avons dans notre famille Un petit despote en coquille

Qui nous rend tous

Plus ou moins fous.

Ce mineur nous tient en tutelle ; Voilà la raison pour laquelle Nous l'appelons le petit roi.

Non, par ma foi,

Ce n'est pas moi, Ni nous, ni vous, ni lui, ni toi Qui valons ce que vaut le roi ; Nous l'appelons le petit roi.

I. Les notes sur les Deux Gendarmes sont assez nombreuses dans les Comrmntaires inédits ; on ne peut retenir ici que la suivante :

« Je viens de découvrir dans mes papiers (15 juillet 1882) que les Deux Gendarmes ont été faits entre Paris et Lyon, le 9 septembre 1852, et il paraît que j'étais en verve ce jourlà, car je trouve à la même date une autre chanson intitulée : Mes rêves, que je n'ai pas publiée, sans doute parce que je l'ai trouvée trop peu importante...

...Terminons gaîment.

Il a été ajouté beaucoup de couplets aux Deux Gendarmes. Le meilleur à mon sens est celui-ci :

J'ai toujours servi sans répliqua Ceux qui gouvernèrent jadis ; Napoléon, la République, Louis-Philippe et Charles X.

J'ai même, il m'en souvient encore.

Conduit Bonaparte en prison.

— Brigadier, répondit Pandore, Brigadier, vous avez raison.

Ce couplet n'est pas de moi ; on m'a affirmé qu'il est de Bastide. »

Il a le teint brun de son père

Et les cheveux blonds de sa mère ;

Vous devinez

Quel esl son nez.

Ses yeux sont plus grands que sa bouche. Et si vifs qu'on le croirait louche :

Qu'il est joH, le petit roi !

Non, par ma foi,

Ce n'est pas moi, Ni nous, ni vous, ni lui, ni toi, Qui serions beaux comme le roi :

Qu'il est joh, le petit roi !

Il a l'étoffe d'un Alcide ; Ses membres de cariatide

Semblent bâtis

Sur pilotis.

Il bat la nourrice et la bonne Qui prennent soin de sa personne.

Il est si fort, le petit roi !

Non par ma foi.

Ce n'est pas moi, Ni nous, ni vous, ni lui, ni toi, Qui serions faits comme le roi.

Il est si fort, le petit roi !

Il a quelquefois des manières Qu'on pourrait appeler princières :

Hier je le vis

Prendre un louis (C'était dans ma poche peut-être) Et le jeter par la fenêtre.

Il est si bon, le petit roi !

Non, par ma foi.

Ce n'est pas moi.

Ni nous, ni vous, ni lui, ni toi, Qui saurions imiter le roi.

Il est si bon le petit roi !

Il a de l'esprit à revendre ;

C'est de sa voix qu'il faut entendre

Les mots plaisants

A double sens Que nous faisons à son usage, Et qu'on redira d'âge en âge.

Qu'il a d'esprit, le petit roi !

Non, par ma foi,

Ce n'est pas moi, Ni nous, ni vous, ni lui, ni toi.

Qui dirions ce que dit le roi.

Qu'il a d'esprit le petit roi !

Il fume comme un petit homme Une pipe en sucre de pomme,

Se pose sur

Un cheval sûr, Prend son grand sabre de bataille, Et met en fuite la volaille.

Qu'il est vaillant, le petit roi !

Non, par ma foi.

Ce n'est pas moi, Ni nous, ni vous, ni lui, ni toi.

Qui ferions ce que fait le roi.

Qu'il est vaillant, le petit roi !

Un jour, l'espiègle prend ma montre, Brise le ressort, et me montre

Que l'animal

Est mis à mal.

Il fait la grimace à son père.

Il fait bien pis sur sa grand'mère.

Il est si gai, le petit roi !

Non par ma foi,

Ce n'est pas moi, Ni nous, ni vous, ni lui, ni toi, Qui plaisantons comme le roi.

Il est si gai, le petit roi !

Si cet enfant n'était pas nôtre.

Je crois qu'il serait comme un autre.

Ni beau, ni laid ;

Et même il est...

Mais chut ! il ne faut pas le dire ; Ne pouvant mieux, mieux vaut en rire.

Il est charmant, le petit roi I

Et, par ma foi,

Ce n'est pas moi.

Ni nous, ni vous, ni lui, ni toi Qui voudrions railler le roi.

Il est parfait le petit roi ^ !

1. « Cette chanson, est-il dit dans les Commentaires inédits, visait le prince impérial. - L'allusion n'a pas été saisie, ce qui n'a pas empêché ce morceau de réussir. »

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