‹ Pages choisies de NadaudChapitre 30 sur 146 · ENTRE LYON ET CONDRIEU · texte numérisé non relu

ENTRE LYON ET CONDRIEU

Entre Lyon et Condrieu,

J'ai fait un rêve étrange

Qui s'accomplira, plaise à Dieu, Si rien ne le dérange.

Je lis sur un grand écrit eau :

« Clos et maison à vendre. »

Point de parc et point de château ; Je n'y saurais prétendre.

La façade s'ouvre au matin Sur la verte campagne ;

On aperçoit dans le lointain Le bleu de la montagne.

J'achèterais, argent comptant, La maison et la terre...

Je me trouverais si content D'être propriétaire !

Le capital qu'on y mettrait Devrait nourrir son maître.

Et rapporter son intérêt...

Davantage peut-être.

ï. t Une des premières fois que je chantais la Garonne, à écrit Nadaud, (c'était chez la Comtesse de Foucauld), un jeune Toulousain qui se trouvait là se mit à rire d'une telle force qu'il en eut une espèce de syncope.

• Le succès de cette chanson fut arrêté un moment par les terribles inondations qui ravagèrent, quelque temps après sa publication, la vallée de la Garonne.

'< La plaie est cicatrisée et la Garonne se récite beaucoup. « (Commentaires inédits).

J'épouserais quelque Philis Éclose en ces parages.

Des cheveux d'or, un teint de lis.

Un cœur exempt d'orages.

Nous saurions borner notre soin A ce petit domaine ;

Nous verrions de haut et de loin La mascarade humaine.

Nous aurions une basse cour, L'agréable et l'utile ;

Nous enverrions les œufs du jour Au marché de la ville.

Chacun de nous tiendrait l'emploi Que son sexe désigne,

En dirigeant ma femme et moi, Le mûrier et la vigne.

Elle nourrirait au grenier Le ver qui fait la soie ;

J'entasserais dans mon cellier Le vin qui fait la joie.

Ils ont ici des arguments D'une nouvelle espèce ;

On dit que plus on a d'enfants, Plus on a de richesse.

Je saurais arrondir ainsi Ma petite fortune ;

Oui sait ? Je pourrais être aussi Maire de ma commune !

A ce titre je régnerais

Sur tous ces bons apôtres ;

Marié, je m'occuperais A marier les autres.

Nous aurions notre banc garni

Dans le chœur de Saint- Jacques

Nous offririons le pain bénit Le dimanche de Pâques.

Le joli projet que voilà !

Mais une chose y manque :

Je crois que cette chose-là

C'est le nerf de la banque ;

Peut-être aussi la volonté Et le cœur à l'ouvrage.

Il est trop tard, enfant gâté, Pour entrer en sevrage.

Adieu projet, bonheur adieu !

Un souffle vous enlève.

Entre Lyon et Condrieu

.l'ai fait un joli rêve ^.

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