LE BAIN DES CHARBONNIERS
Le plus drôle des charbonniers, C'est Christophe dit Sans-Souliers.
Il perd devant neuf camarades.
Un pari contre Jean-François ; C'est lui qui doit donc à son choix. Payer dix régalades.
Vous pensez qu'il voulut conduire Toute la bande au restaurant, Pour mane;er quatre heures durant ?
Allons, vous voulez rire.
Il n'est pas de la même étoffe Que tous les Auvergnats :
Boire et manger, cela n'est pas L'affaire de Christophe.
Il connaît bien d'autres histoires ; Il paya, pour nos dix écots.
Dix bains, dix vrais bains, dix bains chauds. Dix bains dans dix baignoires.
Il nous mena dans une agence Grande comme un estaminet ; Chacun avait son cabinet Pom^ garder la décence.
Je ne savais comment m'y prendre.
Je croyais entrer dans un puits ; Je mets un pied, deux pieds, et puis Je me laisse descendre.
Quand je m'enfonçai dans ma stalle.
Il s'y fit un bouillonnement ; Mais je n'y restai qu'un moment :
Je n'aime pas l'eau sale.
Je m'habiUe ; on frappe à ma porte ; J'ouvre et je trouve devant moi Je n'ai jamais bien su pourquoi) Du linge qu'on m'apporte.
Puis je rejoins la compagnie ; Plus d'un pensait, dans le salon, Qu'un dîner eût été plus long ; La chose était finie.
Je n'ai pas bien pris la manière, Les autres étaient plus soignés ; Faut croire qu'ils s'étaient baignés La tête la première.
Puis nous revînmes sans rien dire ; On nous voyait venir de loin, Et les blanchisseuses du coin Se sont mises à rire.
Puis dans nos maisons nous rentrâmes Si reluisants de propreté Que cinq ou six n'ont pas été Reconnus de leurs femmes.
Et voici ce que dit Christophe :
« Se laver, souvenez-vous-en, Le corps et l'âme une fois l'an.
C'est d'un vrai philosophe. «
Le plus drôle des charbonniers, C'est Christophe dit Sans-Souliers (^).