LE ROI DE LA FÈVE
Je suis roi de par la fève,
Et mon rêve Doit durer un soir entier.
Puisqu'il faut qu'on se résigne,
Soyons digne De notre nouveau métier.
Je ferai de mes richesses Des largesses :
1 . B Le Bain des Charbonniers, disent les Commentaires, était fait depuis longtemps lorsqu'il a été publié dans un journal de musique. Armand Gouzi en espérait un grand succès. Il fit faire des costumes, et la chanson chantée à l'Eldorado ou à l'Alcazar ne produisit aucun effet. Il paraît que ce n'est pas encore assez gros pour l'endroit.
«Je trouve dans mon cahier que cette chanson a été faite le 22 août 1862 dans un voyage, ou plutôt à un départ pour Lyon, entre Paris et La Roche-sur- Yon. C'était la nuit, probablement, et le lendemain je me trouvai sur le bateau à vapeur de Chalon à Lyon..^»
Mes amis, empressez-vous !
Je veux honorer bien vite
Le mérite ; Vous devez en avoir tous.
Mais quoi ! l'on m'appelle Sire.
Qu'est-ce à dire ?
Je n'en suis pas irrité ?
Ma Majesté paternelle
Serait -elle Sensible à la vanité ?
C'est d'une insigne faiblesse ,
Mais je laisse Mes scrupules sommeiller, La llatterie est plus douce
Que la mousse Et j'en fais mon oreiller.
La vérité chaste et probe
Se dérobe Sous des voiles complaisants :
Je ne puis plus la connaître,
Moi le maître, Qu'à travers des courtisans.
Qu'ils me semblent méprisables, Mes semblables !
La vertu n'existe pas.
A mesure que je règne.
Je dédaigne
Le troupeau qui suit mes pas.
Et parfois, mon cœur fidèle
Me rappelle Ceux à qui j'ai tout promis Où sont-ils ? Quoi ! ma présence
Les offense ?
Les rois n'ont jamais d'amis.
Leur affection est morte...
Que m'importe !
Des conseils, je n'en veux plus !
Je veux des bouches muettes.
Des mains prêtes.
Des dévouements absolus.
O mes projets de justice,
Un caprice Vous emporte tour à tour.
Toute crédulité sainte
S'est éteinte :
Je ne connais plus l'amour.
Désormais je ne veux croire Qu'à ma gloire ;
Qu'on la proclame en tous lieux !
Dans mon culte de moi-même, Je blasphème
Et je suis jaloux des dieux.
Mais qu'entends-je ? Minuit sonne Ma couronne
Sur mon front vole en éclats.
Ah ! j'ai fait un mauvais rêve I Qu'il s'achève.
Mes amis, entre vos bras !
LESTOMAC
Ce n'est pas tout de manger et de boire,
S'il faut en croire Certain dicton tourné comme un refrain.
Je n'en connais ni l'auteur, ni la date ;
Est-ce Hippocrate, Ou Désaugiers, ou Brillât -Savarin ?
Voici ce dicton populaire
(C'est de l'homme que l'on parlait) :
« Dites-moi comment il digère,
a Et je vous dirai ce qu'il est. •-
C'est en effet l'estomac qui te mène,
Machine humaine Qu'un grand ressort anime et fait mouvoir. S'il marche mal, l'horloge la meilleure
Ne sait plus l'heure Et prend toujours le matin pour le soir.
L'estomac dirige la tête.
Et la pensée est un ruisseau Qui prend sa source dans la bête Pour se filtrer dans le cerveau.
Selon l'état du corps qui la voit naître,
Elle peut être Triste ou riante alors qu'elle jaillit, Pareille à l'eau qui va calme ou rapide,
Trouble ou limpide.
Selon le sol où s'est creusé son lit.
Connaissez-vous un hypocrite, Un bilieux au teint cuivré ?
Vous connaissez une gastrite Dans un appareil délabré.
Les mécontents, les pointus et les aigres,
Espèces maigres, Tristes engins, pauvres tempéraments :
L'ambition, la fureur des richesses.
Lourdes espèces, Grands appétits et mauvais instruments !
Voyez au contraire cet homme Qui rit et chante en un taudis Rouge et poli comme une pomme, Il digère, je vous le dis.
Il sent toujours germer dans sa poitrine
La fleur divine.
Fleur de gaîté qui s'ouvre avec le jour. Il est heureux d'un rayon qui l'enivre,
Heureux de vivre. Enclin au bien sans le moindre détour.
Soignons ce précieux viscère Comme la prunelle des yeux :
Le rétablir, c'est nécessaire.
L'entretenir, cela vaut mieux.
Certain mari, gouverné par sa femme.
Un jour réclame L'autorité, signe d'échauffement !
Un purgatif rétablit l'équilibre,
Et, l'esprit libre.
Il redevient mouton en un moment.
L'estomac, c'est l'homme lui-même ; C'est par là qu'on nous a légué L'esprit malsain et le teint blême, Ou le teint clair et le cœur gai.
Hier, un pinson me lançait sa roulade :
« Mon camarade, Lui dis-je alors, te voilà bien joyeux ? » Il répondit dans sa trille légère :
« L'oiseau digère Mieux que personne ; il doit donc chanter mieux. »