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LE MANDARIN

Pé-pi-po, fils de Tsi-Tsin-Tson, Mandarin du Céleste Empire, Chantait toujours une chanson Que je vais tenter de traduire :

« J'ai le bonnet à bouton d'or, Je porte la soie amarante.

Et pourtant je suis jeune encor.

Je navigue entre vingt et trente !

Je compte parmi les lettrés, Dans les manuscrits je sais lire, Et par moi les livres sacrés Disent ce que je leur fais dire.

Depuis quinze ou seize cents ans Mes aïeux font des anagrammes ; On dit même que je descends De Confucius par les femmes.

« Et pourtant il me manque, hélas !

Je ne sais quoi... Le Ciel me vienne en aide !

Pour avoir ce que je n'ai pas.

Je donnerais tout ce que je possède. »

Ce rien qui manque à mon bonheur, Je le cherche et je le demande.

J'ai la bouche arrondie en cœur Et les yeux fendus en amande.

Tous les éléments de beauté Sont réunis dans ma personne, Double menton, nez épaté.

Teint d'orange en saison d'automne, J'ai de grands ongles aux dix doigts, Mes petits pieds sont deux merveilles, Et pas un ne pourrait, je crois.

Montrer de plus grandes oreilles.

Mon front semble un onyx poli Où s'encWâsseraient deux turquoises Enfin je suis le plus joli Des Chinois, selon les Chinoises.

« Et pourtant il me manque hélas !

Je ne sais quoi... Le Ciel me vienne en aide !

Pour avoir ce que je n'ai pas, Je donnerais tout ce que je possède, y

« Ce n'est pas non plus la santé :

J'ai l'estomac d'une baleine,

Et je me suis toujours porté

Comme la tour de porcelaine.

J'ai des fermes et des palais,

Des terres, des chasses, des pêches ;

J'achète l'opium des Anglais

Et je leur vends des feuilles sèches.

Je dors quatorze heures par jour ;

Dans mon hamac je me balance,

J'appends à battre du tambour

Et je fredonne la romance.

Au besoin, je suis belliqueux ;

Je commande à dix mille braves :

Je dois être plus brave qu'eux.

Puisqu'ils sont mes humbles esclaves.

« Et pourtant il me manque, hélas !

Je ne sais quoi ! ...Le Ciel mie vienne en aide !

Pour avoir ce que je n'ai pas.

Je donnerais tout ce que je possède, i —

Il survint alors, m'a t-on dit,

Deux malheurs : la guerre et la peste.

Le pauvre mandarin perdit

Fortune, bouton et le reste.

« Bon, dit-il, le sort rigoureux

M'apprend enfin à me connaître.

On ne voit qu'on était heureux

Qu'à l'heure où l'on cesse de l'être.

Cet inconnu tant souhaité

Vient enfin combler ma lacune :

Il me manquait l'adversité

Pour apprécier la fortune.

Si je retrouve un jour mon bien.

Mon rang, mon titre et ma jeunesse.

Il ne me manquera plus rien,

Maintenant que j'ai la sagesse...

« Mais il me manque désormais Je sais bien quoi... Le Ciel me vienne en aide !

Pour retrouver ce que j'avais, Je donnerais tout ce que je possède. «^

I. La note des Commentaires nous vaut un trait d'esprit de plus : « On m'a affirmé, écrit Nadaud, que l'idée du Mandarin a été prise et développée par Jules Verne dans un de ses ouvrages ;

Je ne crois pas qu'on soit volontiers plagiaire.

Non que ce soit par probité.

Mais simplement par vanité.

Chacun croyant toujours mieux que les autres faire, b

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