‹ Pages choisies de NadaudChapitre 37 sur 146 · MON HÉRITAGE · texte numérisé non relu

MON HÉRITAGE

Mon cher, il faut que tu penses Au repos de tes vieux jours ; De l'argent que tu dépenses Tu te souviendras toujours.

As-tu fait pour un autre âge, Quelque placement prudent ?

— Moi ? j 'attends un héritage, Et je chante en l'attendant.

As-tu donc en Amérique, Un vieil oncle invétéré ?...

Une tante apoplectique. Ou bien un cousin curé ?

— Non. Je n'ai, pour tout potage, Que mes frères en Adam ;

Mais j'attends un héritage, Et je chante en l'attendant.

— As-tu quelque chose en vue, Quelque place, quelque état.

Quelque fille bien pourvue ?

Veux-tu te faire soldat, Usurier prêtant sur gage.

Ou bien avocat plaidant ?

— Non. J'attends un héritage.

Et je chante en l'attendant.

Car il doit être sur terre Au moins un riche garçon.

Au moins une douairière Qu'amusera ma chanson.

Grâce à ma gâté, je gage Qu'ils riront en décédant ; Et j'attends leur héritage.

Et je chante en l'attendant.

Il viendra bientôt, te' dis-je, Je ne sais d'où, ni comment...

Il se peut qu'on le rédige, Quelque part, en ce moment.

Toi, qui signes cette page.

Je te pleure..,, et cependant J'accepte ton héritage, Et je chante en l'attendant.

On frappe... C'est mon affaire ; J'entends le bruit d'un papier :

Entrez, monsieur le notaire...

Ah ! pardon, c'est un huissier. Mais, baste ! on sait que le sage Est prêt à tout accident ; Et j'attends mon héritage.

Et je chante en l'attendant.

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