‹ Pages choisies de NadaudChapitre 6 sur 146 · ADIEUX A UN AMI · texte numérisé non relu

ADIEUX A UN AMI

Ainsi, tu pars, et je demeure

Tout seul dans la maison qui pleure

Un maître absent ; Ton amitié l'avait peuplée, Et tu la laisses désolée

En me laissant !

Ainsi passera dans un rêve L'intimité longue et trop brève

Qui nous unit.

Quand les oiseaux ont pris leurs ailes, Adieu les amours fraternelles,

Adieu le nid !

Je contemple d'un œil avide La place qui va rester vide

A mon foyer ; Nous étions faits pour vivre ensemble, Et maintenant, vois-tu, je tremble

De t 'oublier.

Oh ! non, tu ne pourrais le croire.

N'attristons pas notre mémoire.

Serrons nos fleurs ; Rappelons-nous ce que nous sommes Et qu'il ne sied pas à des hommes

De fondre en pleurs.

Gardons une image sereine De ces jours révolus à peine,

Légers et doux ; Sachons achever notre ouvrage ; Ayons ce suprême courage.

Souvenons-nous.

Écoute : il est minuit, j'arrive ; Tu m'attends, l'oreille attentive.

Près des tisons.

Bientôt la lampe est ranimée.

J'ai pris ma place accoutumée.

Et nous causons.

O gens de bourse et de finance.

Gens plus sérieux qu'on ne pense,

Juifs ou chrétiens.

Que nous vous prêterions à rire Si quelqu'un pouvait vous redire

Nos entretiens !

Car notre ambition commune Ne fatigue pas la fortune

Et ses hasards ; Nous buvons la vieille ambroisie Que nous versent la poésie

Et les beaux-arts !

C'est au commerce des génies Que nos âmes se sont unies

D'un doux lien.

Et que béni soit leur empire Si l'amour du beau nous inspire

L'amour du bien !

Là nous trouvons une patrie, Nous relevons, toute meurtrie,

La vérité ; Nous soulevons un coin du voile Qui nous cache encore une étoile,

L'humanité !

Oh ! n'abaissons pas nos pensées ; Tenons-les fièrement dressées

Vers les hauts lieux !

Nous nous sommes fait la promesse De respecter notre jeunesse,

Devenus vieux.

Mais selon notre noble envie.

Rendons conforme notre vie

A nos discours.

Va maintenant où Dieu t'envoie, Nous avons la moisson de joie

De nos vieux jours.

Vois, je ne répands plus de larmes ; La vertu vient donner des armes

A ma douleur ; Mon foyer ne sera pas vide.

C'est là que ton âme réside ;

Je n'ai plus peur.

C'est là que je te garde un temple ; Sois mon conseil et mon exemple.

Inspire-moi ; Et si tu reviens, je l'ignore.

Puisses-tu me trouver encore

Digne de toi !

O ma chambre silencieuse.

Le bruit qui vous faisait joyeuse

S'est endormi...

Mais, écoutez, soyez discrète.

Demain nous célébrons la fête

De notre ami !

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