LES RUINES
Quand le soleil se lève à l'horizon, On voit, là-haut, sur la colline.
Parmi le Herre et le gazon,
La ruine.
Le matin, d'un rayon joyeux.
L'éclairé de la base au faîte ; Le voyageur lève les yeux,
Et s'arrête.
Bravons la ronce et l'églantier ; Il faut gravir l'âpre sentier Qui serpente autour de la butte ; On aime à fouler sous ses pieds Ces vieux murs. Titans foudroyés, Orgueilleux encor dans leur chute.
L'œil s'arrête sur ces débris ; Mais vainement sont-ils meurtris Par d'impitoyables fougères ; L'esprit reconstruit le passé ; Le vieux château s'est redressé Sur ses souvenirs légendaires.
Les chevaux piaffent dans la cour ; Le cor sonne ; la meute accourt ; Le pont s'abaisse ; allons en chasse ! Piqueurs, découplez les limiers ; Voici venir les chevaliers Et la châtelaine qui passe.
Ah ! pourquoi le cœur ne peut-il
Renouer de même le fil
Des illusions passagères ?
Ce ne sont pas les châteaux seuls
Qui portent les sombres linceuls
Tissus de mousse et de fougères !
Mais n'entends-je pas une voix Qui m'apporte au travers des bois, Une note plaintive et douce ?
Un éclair se fait dans la nuit ; Tout le passé se reconstruit ; Arrachons le lierre et la mousse !
Là-bas sont les pays plus doux ; L'heure a déjà sonné pour nous ; Il faut partir car le jour baisse.
Dieu nous mesure les instants :
O la jeunesse du printemps !
O le printemps de la jeunesse !
Quand le soleil se couche à l'horizon, On voit, là-haut, sur la colline, Parmi le lierre et le gazon,
La îuine.
Le soir pâle et mystérieux De fantômes peuple l'espace, Et le voyageur sérieux
Rêve et passe.