L'EMPEREUR NOIR
Vous souvient-il du vieux Soulouque,
Nègre venu, nègre parti ?
Son portrait peint par Edouard Fouque
Couvrait tous les murs d'Haïti.
Il portait des plumets énormes
Sur de fantastiques chapeaux.
Il aimait trop les uniformes.
Les crachats et les oripeaux.
On lui disait : « Sire, on vous aime. L'univers a les yeux siir vous ; Toussaint Louverture lui-même Vous arrive à peine aux genoux.
Vous avez de plus belles formes Que le gouverneur de Cuba. )^ Il aimait trop les uniformes, Les compliments et le tabac.
Il voulait, cet homme héroïque.
Que partout son nom fût cité ;
C'est surtout sur la Jamaïque
Qu'il tenait son œil arrêté.
Car tous ses goûts étaient conformes
A ses appétits fastueux.
Il aimait trop les uniformes.
Le rhum et les spiritueux.
I. Pour un chansonnier, Nadaud s'est vraiment occupé fort peu de politique. On n'a pas assez remarqué dans quelle large mesure son caractère est à cet égard différent de celui de Béranger, qui fut le chansonnier attitré de l'école libérale et révolutionnaire, ou encore de celui de Pierre Dupont qui se fit l'apôtre du socialisme. Nadaud aima passionnément son pays, mais il ne voulut pas être un homme politique.
« Ses confrères en chansons, a écrit M. Montorgueil, se sont rangés sous un drapeau. Ce fut un soin dont Nadaud se dispensa. Il eut ses préférences, mais si discrètes qu'elles ne le firent l'adversaire de personne. Il s'obstinait à demeurer un indulgent philosophe, doux aux humbles, accueillant à l'infortune, prompt à la charité, et ne souffrant dans ce monde, que son optimisme teintait de rose, que pour les sanglots qui parvenaient à son oreille. Son parti, c'était la bonté ; son opinion, l'indulgence. »
Nous avons vu plus d'un monarque Qui ressemblait à celui-là ; Quels que soient le titre et la marque, Tous les gouvernants en sont là.
Ils demanderont des réformes ; Et puis, lorsque leur jour luira, • Ils aimeront les uniformes,
L'or, le pouvoir, et cetera ^.