LA MÈRE FRANÇOISE
« Où vas-tu, la mère Françoise, Avec ton grand voile croisé Et ton manteau couleur d'ardoise, Le long du chemin malaisé ?
La nuit pourrait bien te surprendre.
Le ciel est noir.
— Là-bas, là-bas, je vais l'attendre ,*
Il doit rentrer ce soir.
— Ah ! pardon, j'oubliais : la guerre, Ton fils Joseph... je l'ai connu ;
Il était soldat... Pauvre mère !
Il est ... il n'est pas revenu, Toi seule n'as pas pu comprendre Ton désespoir.
— Là-bas, là-bas, je vais l'attendre ;
Il doit rentrer ce soir.
— Et tu l'attends encore ? Écoute :
Ici-bas, on sait quand on part ;
On se retrouvera sans doute.
Les uns plus tôt, d'autres... plus tard. Mais l'heure, nul ne peut prétendre A la savoir.
— Là-bas, là-bas, je vais l'attendre ;
Il doit rentrer ce soir.
— Mère Françoise, aime ta fille ; Ton Joseph, il faut l'oublier ; Les garçons n'ont pas de famille ; Les filles gardent le foyer.
Elle, tu peux toujours l'entendre, Toujours la voir.
— Là-bas, là-bas, je vais l'attendre ;
Il doit rentrer ce soir.
— Écoute : j'ai cru reconnaître La voix qui t'appelle là-bas.
Demain, il reviendra... peut-être ; Elle t'attend, viens, prends mon bras.
Ensemble nous allons descendre
Le long chemin.
— Demain, demain, j'irai l'attendre ;
Il reviendra demain. »
L\ MERE FRANÇOISE (Dessin de G. Duez)