LA GRANDE BLESSÉE
Un soir d'hiver, à l'ambulance.
On apporte un soldat blessé.
Rien ne trahit sa défaillance :
Il a le bras droit fracassé.
teur, a écrit ceci : « J'ai cherché à réagir contre l'invasion du mauvais goût en France et surtout à Paris. Peine inutile; je ne suis pas bien certain que les opérettes d'OSenbach n'aient été pour quelque chose dans notre écrasement de 1870. Ch. Lecocq a fait de petites pièces qui étaient moins extravagantes que celles de ses prédécesseurs. La fille de Madame Angot a marqué une nouvelle ère qui était un dernier retour vers l'ancien opéra comique. »
C'est un vaillant, un volontaire ; Des premiers il était debout, Pour défendre son bien, sa terre, Pour venger son honneur surtout.
On examine la blessure, Et les médecins rassurés Disent : « La guérison est sûre ; Laissez-vous faire, et respirez. »
— « Oh ! je vous comprends à merveille, Répond-il, on dort, n'est-ce pas ?
On dort, et quand on se réveille, On vit, mais on n'a plus qu'un bras.
» Perdre la main qui tient l'épée Ou qui soulève le fardeau.
Qui conduit la plume trempée Ou qui dirige le pinceau,
» Jamais ! je défends qu'on y touche ! Je sais souffrir, c'est mon métier ; C'est le dernier mot de ma bouche :
Je veux mourir ou vivre entier ! »
Va, nous comprenons ta pensée ; Comme toi nous saurons souffrir !
La France est la grande blessée Oui veut vivre entière ou mourir ^.
I. Cette chanson fut composée durant la campagne, en janvier 1871, alors que l'auteur était devenu infirmier volontaire. En cette même année, le 16 novembre, le Comte de Noë, le caricaturiste fameux connu sous le nom de Cham lui écrivait : « ...Dimanche paraîtra un bois sur l'infirmier Nadaud ; il sera suivi de bien d'autres... Béranger nous a vengé de 1814 ; Nadaud nous vengera de 1870. »
A propos de la Grande Blessée, le poète a écrit dans les Commentaires les notes suivantes : « C'était pendant la guerre, la triste guerre. J'étais à Besançon, logé chez Mgr Mathieu, le vieil archevêque qui venait voir dans ma chambre si rien ne me manquait. En janvier 1871, il faisait un froid terrible, et, le matin, j'entendais la porte de ma chambre s'ouvrir et le vénérable prélat venait mettre l'allumette au bois de ma cheminée. Dans ma carrière d'infirmier, je n'ai pas toujours été si agréablement logé et servi.
» Je me rappelle que j'écrivis la Grande Blessée sur le papier de l'archevêché que j'ai toujours conservé. De retour à Lyon, je la publiai sur un air difiérent de celui qui fut adopté définitivement. Quelques mois plus tard, M. Thiers parlant de la France, employait la même expression que moi en l'appelant la « Grande Blessée».
» Bien plus tard je fis plusieurs chansons qui reproduisaient les impressions éprouvées durant la guerre. »