‹ Pages choisies de NadaudChapitre 80 sur 146 · LES TROIS HUSSARDS · texte numérisé non relu

LES TROIS HUSSARDS

C'étaient trois hussards de la garde Qui s'en revenaient en congé :

Ils chantaient de façon gaillarde Et marchaient d'un air dégagé.

« Je vais revoir celle que j'aime ;

— C'est Margoton, dit le premier.

— C'est Madelon, dit le deuxième.

— C'est Janneton, dit le dernier. »

Un homme était sur leur passage :

« Hé ! C'est Jean, le sonneur, je crois. Quoi de nouveau dans le village ?

— Tout va toujours comme autrefois.

— « Et Margoton notre voisine ?

— J'ai sonné ses vœux l'an dernier, Car elle est sœur Visitandine Dans le couvent de Noirmoutier.

— « Et Madelon ? toujours bien sage ?

— Oui dà. Pour elle j'ai sonné, Voilà dix mois, son mariage.

Voilà dix jours, son premier né.

— « Et Jeanneton, dit le troisième, Toujours heureuse ? — Ah ! sûrement ; Trois mois passés aujourd'hui même, J'ai sonné son enterrement.

I. Bien que nous n'ayons plus, grâce à Dieu, à pleurer la perte de l'Alsace et de la Lorraine, la Jeune Fille en deuil s'impose cependant encore dans ce recueil. L'énergie farouche et poignante, le ton résolu, à la fois féminin et cornélien, ne font-ils pas de ce poème l'un des premiers chefs-d'œuvre du chansonnier ?

— « Sonneur, si tu vois Marguerite Dans le couvent de Noirmoutier, Dis-lui que je la félicite

Et que je vais me marier.

— « Sonneur, si tu vois Madeleine Dans la maison de son époux, Dis-lui que je suis capitaine

Et que je fais la chasse aux loups.

— u Sonneur, quand tu verras ma mère.

Va la saluer chapeau bas ;

Dis-lui que je suis à la guerre, Et que je ne reviendrai pas. »

LE FOU GUILLEAU

Un soir on frappe à la cabane Que Jacque, avec sa femme Jeéinne Habite seul au fond des bois :

« Entrez ! » répondent les deux voix.

Sur la porte un vieillard se penche ; Il a longue moustache blanche ; Ses habits tombent en lambeaux ; Il tient à la main ses sabots.

Il dit : « C'est ici la chaumière Qu'habitait du temps de la guerre, Jean Guilleau ; qu' est-il devenu ?

— Nous ne l'avons jamais connu.

— Mais sa femme... Elle était si bonne ! On l'appelait la Bourguignonne ;

Vous vous la rappelez ? — Mais non ; Nous ne connaissons pas ce nom.

— Deux enfants formaient leur famille : Jeanne-Marie était leur fille.

Serait-elle partie aussi ?

— On ne l'a jamais vue ici.

Mais vous avez entendu dire Qu'autrefois, du temps de l'Empire, Le garçon Guilleau s'enrôla ?

— On ne nous a pas dit cela.

— Eh bien, Guilleau, c'était mon père La Bourguignonne était ma mère ; Jeanne-Marie était ma sœur, Et j'ai servi sous l'Empereur.

J'ai bien souffert pour ma patrie J'arrive de la Sibérie, Et je retrouve ma maison Après quarante ans de prison.

Mais ma maison n'est plus la même.

Elle a perdu tout ce que j'aime.

Mon Dieu, que vais-je devenir ?

Mieux valait ne pas revenir.

— Allez-vous-en jusqu'à la ville Là, vous trouverez un asile.

Il ne sied pas aux indigents De venir déranger les gens.

Là, vous vous ferez reconnaître On saura qui vous pouvez être.

Et, quand vous serez reconnu.

L'hôpital est fort bien tenu. » -

Le lendemain, près de l'église, Un mendiant à tête grise Tendait la main au voyageur.

En lui parlant de l'Empereur.

Il contait toujours des histoires De batailles et de victoires.

Et tous les enfants du hameau L'ont appelé le fou Guilleau.

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