‹ Pages choisies de NadaudChapitre 81 sur 146 · SINON, JAMAIS · texte numérisé non relu

SINON, JAMAIS

Mon fils, tu veux venger ta mère, N'est-il pas vrai, tu l'as juré ?

Par ta défaillance éphémère N'es-tu point assez éclairé ?

Crois-en qui te blâme et qui t'aime Tu vaincras, je te le promets, Si tu sais te vaincre toi-même ; Sinon, jamais, jamais, jamais !

Tu jetteras ce don futile.

Cette vanité du succès,

Cet esprit sans corps et sans style,

Plus parisien que français.

Élève ton intelligence ;

Gravis à de plus fiers sommets :

Il faut placer haut la vengeance ;

Sinon, jamais, jamais, jamais !

Tu quitteras cette manie De médire et de critiquer.

Ce n'est pas preuve de génie Que l'ardeur de politiquer.

Sobre de tenue et de geste.

Tu sentiras que désormais La France doit être modeste ; Sinon, jamais, jamais, jamais !

Tu n'iras plus aux tabagies.

Aux théâtres abrutissants.

Où le rire fait des orgies Du sens commun et du bon sens.

La débauche, c'est l'ennemie.

Ouvre les yeux que tu fermais, Réveille la fibre endormie ; Sinon, jamais, jamais, jamais !

Tu n'auras plus qu'une pensée, Enfant, jeune homme ou citoyen :

Relever ta mère abaissée ; Tu n'as pas le choix du moyen.

Indépendance, honneur, patrie.

Tels sont maintenant les seuls mets Dont ton âme sera nourrie ; Sinon, jamais, jamais, jamais !

Mais si tu traites de chimère Cet appel d'un cœur déchiré.

Si tu n'écoutes pas ta mère, Fils impie et dénaturé, O pays qui veux ta défaite, O Dieu puissant qui la permets, Que votre volonté soit faite !

Alors, jamais, jamais, jamais !

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