TOUT EST BIEN
Qu'ont-ils donc tous à se plaindre ?
Je rougis, en vérité, D'entendre crier et geindre Cette pauvre humanité.
Moi, lorsque je suis à table, Je trouve tout admirable.
Tout est bien ;
Tout va bien ; Mes amis, ne changeons rien !
J'entends parler de misère.
De gens qui meurent de faim...
Dirait-on pas que la terre
Ne nous donne plus de pain ?
Quoi qu'en disent les avares.
Les truffes ne sont pas rares...
Tout est bien ;
Tout va bien ; Mes amis, ne changeons rien !
Voudra-t-on me faire accroire Que le vin manque ici-bas ?
Je suis fatigué d'en boire.
Mais si vous n'en avez pas.
Allez donc à la rivière, L'eau ne manque pas, j'espère.
Tout est bien ;
Tout va bien ; Mes amis, ne changeons rien !
Quoi ? me dira-t-on encore.
Vous êtes Malthusien ?
Malthus... Pour le coup j'ignore Quel était ce citoyen ; Mais s'il enseigne à bien vivre, Je veux acheter son livre.
Tout est bien ;
Tout va bien ; Mes amis, ne changeons rien !
— Voyez-vous tous ces nuages ?
— Je vois le soleil qui luit.
— L'avenir est plein d'orages.
— Le présent me réjouit.
— Vite, cherchez un refuge !
— Baste ! après nous le déluge !
Tout est bien ; Tout va bien ; Mes amis, ne changeons rien !
Ainsi chantait un bon diable, Voilà trois mille ans de ça :
Et, comme il était à table, Le déluge commença.
C'est une terrible histoire !
Qu'on nous verse donc à boire !
Tout est bien ;
Tout va bien ; Mes amis, ne changeons rien !