VIEILLE HISTOIRE
Mes enfants, au coin du feu
Quand chacun de nous se presse.
Laissez-moi penser un peu
Au vieux -temps de ma jeunesse;
Laissez-moi rêver toujours
Au souvenir séculaire
Qui berça mes premiers jours...
— Vieille histoire, ma grand'mère.
I. « Le Voyage aérien, est-il dit dans les Commentaires, fut dédié à Jules Lefort qui avait une fort belle voix et paraissait l'homme du morceau. Un an ou deux après, je rencontrai le même Jules Lefort qui me dit : « Eh ! bien, votre éditeur et vous êtes deux drôles de pistolets ! Anatole Lionnet chante avec grand succès un morceau qu'on croirait
Si VOUS saviez, mes enfants, Comme alors nous étions belles.
Avec nos flots de rubans.
Avec nos fines dentelles !
C'était le temps des amours ; Les hommes cherchaient à plaire ; Les femmes plaisaient toujours...
— Vieille histoire, ma grand'mère.
Loin de nos salons, alors,
On laissait la politique ;
Point de pianos discords.
Et point de thé britannique ;
Mais un compliment bien dit,
Une épigramme légère
De la grâce et de l'esprit...
— Vieille histoire, ma grand'mère.
Alors nous avions, enfants,
Des écrivains de génie ;
Ils étaient beaucoup plus grands
Avec plus de modestie ;
Ils avaient moins de procès ;
Ils apprenaient la grammaire ;
Ils écrivaient en français...
— Vieille histoire, ma grand'mère.
Mes enfants, si vous saviez !
Nous avions toutes les gloires :
Les poétiques lauriers Et la palme des victoires.
Tout s'inclinait devant nous.
Et les peuples de la terre Nous admiraient à genoux...
— Vieille histoire, ma grand-mère ^.
écrit pour moi, et vous ne me l'avez même pas envoyé ! — Quel morceau ? — Le Voyage aérien. »
Alors je pris Lefort par le beau et je lui mis sous les yeux : « Le Voyage aérien, à Jules Lefort. » Il fut confondu et prit sa revanche en la chantant bien.
Mais personne n'égala Anatole Lionnet.
Il fut fait plusieurs parodies du Voyage aérien. Celle du Vicomte de Richemont eut une certaine vogue.
Cette chanson est datée de Paris, 7-9 avril 1852. »
I. « Les types les plus sympathiques, chez Nadaud, ce sont les vieux, à écrit le P. Delaporte dans les Études, — les bons vieux (ils sont tous bons), gais, se souvenant des jours heureux et joignant aux souvenirs un brin de philosophie. »
Il ajoute ensuite cette autre observation très vraie : « En chantant les vieilles choses, le bon Nadaud y mêle discrètement une pointe d'émotion. L'émotion, dans les œuvres de Nadaud est toujours discrète, et d'autant plus délicate : une larme au coin de la paupière, tout au plus un demi-sanglot. »