PROFESSION DE FOI
pouvant servir à plus d'un candidat ^.
Mes chers concitoyens, j'aspire A l'honneur de représenter L'arrondissement de l'Empire Que j'ai le bonheur d'habiter.
Vous me connaissez, je l'espère :
Étant de mil huit cent vingt-six.
Pour les jeunes je suis un père.
Pour les anciens, je suis un fils.
Je ne ferai pas les promesses Dont abuse tel candidat.
Qui ne fait valoir ses richesses Que pour leur devoir son mandat.
J'ai sur lui ce grand avantage Que vos intérêts sont les miens :
Les connaissant, je les partage ; Les partageant, je les soutiens.
Vos pavés, vos canaux, vos routes. Auront droit à mes premiers soins ; Vos doctrines, je les ai toutes, Je sais par cœur tous vos besoins.
Je respecte la loi française Qui fait envie à l'étranger Mais si vous la trouvez mauvaise, Je suis tout prêt à la changer.
Je veux, pour sortir de la crise.
Trouver ce qu'on a tant cherché :
La hausse de la marchandise Avec la vie à bon marché ;
Je veux les libertés entières Avec un gouvernement fort, L'élargissement des frontières Sans guerre et d'un commun accord
I. A la différence des autres chansons, celle-ci porte une date : 1869. Les Commentaires inédits des Chansons ne renferment sur ce morceau que cette brève observation, pleine d'à propos : « Bonne sous tous les gouvernements. »
L'instruction obligatoire, Sans contraindre qui que ce soit Je veux la paix avec la gloire, Et le sabre à côté du droit :
L'agriculture, l'industrie, Les foins, les lins, les vins, les blés. Et la grandeur de la patrie...
Je veux tout ce que vous voulez.
Faut-il maintenant que je dise Mes principes les plus secrets ?
Dût-on accuser ma franchise.
Je suis un homme de progrès.
De progrès. Messieurs, c'est-à-dire. D'amour, de lumière et de foi.
Si ce rude aveu peut me nuire.
Qu'au moins les bons votent pour moi !
Si j'en connaissais un plus juste Qui se présentât aujourd'hui A l'instar de Philippe-Auguste, Je m'effacerais devant lui.
D'après cela n'est-il pas juste Que tous mes concurrents, en chœur, A l'instar de Philippe-Auguste, Se désistent en ma faveur ?
Un mot, un seul mot pour la femme Dont les droits ne sont pas écrits ; Ils sont écrits dans mon programme A l'égal de ceux des maris.
J'attends, avec quelque espérance, Vos vœux librement exprimés.
Puisque vous avez l'assurance Qu'en me nommant, vous vous nommez.
LE MÉDECIN PHILOPATHOS.
J'expose le système D'un médecin que j'aime Et qui n'a jamais accepté Que des clients pleins de santé Mais il leur dit : « J'estime Que vous devez souffrir.
Et je vais vous guérir Suivez donc mon régime Pendant un jour ou deux, Je le veux, Je le veux. Et dès le troisième,
Vous verrez Comme, par degrés.
Vous guérirez Et respirerez Et ressusciterez Selon le système Du médecin Philopathos, Petit-fils du docteur Pangloss. •>
Il dit : « Mon camarade.
Vous n'êtes pas malade.
Vous avez un bon estomac, Vous aimez le vin, le tabac ?
Je vous mets à la diète.
Ne prenez que du lait.
Pas un blanc de poulet, Pas une cigarette...
Pendant un jour ou deux, Je le veux, Je le veux.
Et dès le troisième.
Vous verrez Comme, par degrés, Vous mangerez Et digérerez Et vous enfumerez Selon le système Du médecin Philopathos, Petit-fils du docteur Pangloss.
« Vous aimez l'exercice, Vous marchez comme un Suisse, Vous montez souvent à cheval.
Vous courez la chasse et le bal ?
Vous garderez la chambre.
Au retour de l'été, Restez empaqueté Comme au mois de décembre, Pendant un jour ou deux.
Je le veux, Je le veux, Et dès le troisième.
Vous verrez Comme, par degrés.
Vous marcherez.
Et voyagerez.
Et vous fatiguerez.
Selon le système Du médecin Philopathos, Petit-fils du docteur Pangloss.
« Vous avez bonne vue.
Votre oreille est pourvue D'un timbre juste et délicat.
Vous avez le goût, l'odorat.
De toutes ces merveilles Êtes-vous curieux ?
Bandez- vous les deux yeux.
Bouchez vos deux oreilles.
Pendant une heure ou deux ; Je le veux, Je le veux, Et dès la troisième.
Vous verrez Comme, par degrés.
Vous entendrez Et regarderez Et tout admirerez, Selon le système Du médecin Philopathos, Petit- fils du docteur Pangloss.
« Mais non je voulais rire.
Il devra vous sufiire.
En vous éveillant le matin.
De réfléchir que le destin
Aurait bien pu vous faire Muets, perclus ou sourds, Sans amis, sans amours.
Songez à la misère...
Une minute ou deux.
Je le veux.
Je le veux,
Et dès la troisième,
Vous verrez Comme par degrés Vous revivrez Et me comprendrez Et Dieu remercierez, Selon le système Du médecin Philopathos, Petit- fils du docteur Pangloss,