‹ Pages choisies de NadaudChapitre 98 sur 146 · SARAH LA GRISE · texte numérisé non relu

SARAH LA GRISE

Lorsque Sarah, ma jument grise.

Solide encore à dix-neuf ans.

Est attelée au char-à-bancs.

Que croyez-vous qu'elle se dise ?

« Mon maître n'est pas inhumain ;

Sans doute Nous nous reposerons demain.

En route ! »

(Parlé) Eh bien ! qu'est-ce à dire, Sarah ? Ne savez-vous pas votre route ?

Non, dit Sarah, Je vais où mon maître voudra. »

Tout en trottant elle raisonne :

« Où me conduit-il aujourd'hui ? Volontiers j'irais avec lui.

S'il faisait route courte et bonne.

Modérons-nous ; ne peut-on pas.

Sans honte.

Aller de temps en temps au pas ?

Ça monte.

(Parlé) Eh bien ! qu'est-ce à dire, Sarah ? Vous trouvez que la route monte ?

Oui, dit Sarah, Tout à l'heure elle descendra.

I. Cette chanson est bien loin d'avoir eu la vogue d'un bon nombre d'autres chefsd'œuvre de Nadaud. Et cependant quelle verve et quel entrain dans ces strophes ! Quelle variété à la fois originale et bien classique dans le rythme ! Et quelle rare perfection aussi que de garder le genre « bon enfant « pour amener à une conclusion grave et toute morale !

Sully-Prudhomme s'adressant à Nadaud, en avril 1882, lui écrivait : « Dans ces chansons célèbres, l'esprit le plus gai et le plus fin est toujours au service d'une philosophie noble ou attendrie. Donner toujours à penser en faisant ou rire ou sourire, c'est le rare mérite de toutes vos compositions. » Cette appréciation si élogieuse s'applique bien, à coup sûr, au Médecin Philopathos.

« Sur la droite, ici près, demeure Un vieil ami de la maison.

L'amitié n'est plus de saison :

Nous la négligeons à cette heure.

Allons, mon maître, par pitié.

Je boite.

Un sacrifice à l'amitié :

A droite !

(Parlé) Eh bien ! qu'est-ce à dire, Sarah ? Vous voulez donc tourner à droite ?

Oui, dit Sarah :

Le vieil ami nous oubliera.

« A gauche est notre métairie, Voilà toute une éternité Que nous n'avons rien visité.

Grange, grenier, ni bergerie.

Allons voir notre nouveau foin

Qu'on fauche.

Tournons ici ; ce n'est pas loin :

A gauche.

(Parlé) Eh bien ! qu'est-ce à dire, Sarah ? Vous voulez donc aller à gauche ?

Oui, dit Sarah :

Notre fermier nous trompera.

Allons, poursuivons notre course, Mais seulement si je pouvais Souffler, car je sais où je vais.

Et je n'ai plus qu'une ressource :

C'est le cabaret aux rideaux

De serge, Oii s'arrêtent les lourds chevaux

D'auberge.

(Parlé) Eh bien ! qu'est-ce à dire, Sarah ? Vous vous arrêtez à l'auberge ?

Non, dit Sarah, On ira tant que l'on pourra.

« Ah ! c'est toujours la même histoire. Pour un fils, quel énorme tour !

On ne pense pas au retom".

Le père ici chante victoire;

Voici la maison, je la dois connaître Vous y venez souventes fois.

Mon maître.

(Parlé) Eh bien ! arrêtez- vous, Sarah ! Attendez ici votre maître. —

Oui dit Sarah :

Je sais qui le ramènera. ^ »

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