‹ Pages choisies des grands écrivainsChapitre 11 sur 82 · LA NUIT · texte numérisé non relu

LA NUIT

Tandis que le soleil s'abaisse à l*horiioii, Tiburce semble attendre, an seuil de sa maison» L*heure où dans TOcéan Tastre va disparaître. A travers les vitraux de la sombre fenêtre, Les dernières lueurs d'un beau jour qui s'enftiit Percent encore de loin le voile de la nuit.

Quelques groupes épars d'oisifs, de jeunes fîUes, De joyeux villageois regagnant la cité, Se distinguent encor malgré Tobscurilé.

Sous le cbaumo habité par de pauvres familles, Des feux de loin en loin enfument les vieux toits Noircis par Teau du ciel dont dégouttent les bois. Tandis que des enfants la voix fratche et sonore. Montant avec l'encens de la maison de Dieu, Au bruit confus des mers au loin se mêle encore Et fait frémir au vent les vitraux du saint lieu. Quelques refrains grossiers que Ton entend à peine Rappellent au passant le jour du. samedi.

Le buveur nonchalant a laissé loin de lui L'artisan de la veille, obsédé par la gène, Qui, baignant de sueur chaque morceau de pain Travaillant pour le jour, doute du lendemain. L'oubli, ce vieux remède à l'humaine misère, Semble avec la rosée être tombé des cieux.

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Se souvenir, hélas! — oublier, — c'est sur terre Ce qui, selon les jours, nous fait jeunes ou vieux!

Tiburce contemplait cette bizarre scène; Son œil sous les vapeurs apercevait à peine Les fantômes mouvants qui passaient devant lui. • Dieu juste 1 sous ces toits que d'humbles destinées S'achevant en silence, ainsi qu'elles sont nées! — Et Tiburce pensa qu'il était pauvre aussi.

Ah! Pauvreté, marâtre! à qui donc est utile Celui qui d'un sein maigre a bu ton lait stérile? A quoi ressemble l'homme, ignoré du destin, Qui, reprenant le soir son sentier du matiii, Marchant à pas comptés dans sa vie inconnue, S'endort quand sur son toit la nuit est descendue; Peut-être est-ce le sage ; — un moins pesant fardeau Courbe plus lentement son front jusqu'au tombeau. Mais celui qu'un fatal essor de son génie Livre dans l'ombre épaisse à la pâle Insomnie, Celui qui, pour souffrir ne se reposant pas, Vit d'une double vie, — oh! qu'est-il ici-bas? Pareille à l'ange armé du saint glaive de flamme. L'invincible Pensée a dû seuil de son âme Chassé le doux sommeil, comme un hôte étranger. Seule elle y règne, — • et n'est pas longue à la changer En une solitude immense, et plus profonde Que les déserts perdus sur les bornes du monde!

Pâle étoile du soir, messagère lointaine.

Dont le front sort brillant des voiles du couchant. De ton palais d'azur, au sein du firmament.

Que regardes-tu dans la plaine?

La tempête s'éloigne, et les vents sont calmés La forêt, qui frémit, pleure sur la bruyère; Le phalène doré, dans sa course légère, Traverse les prés embaumés.

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