LES VOEUX STÉRILES
Je suis jeune; j'arrive. A moitié de ma route, Déjà las de marcher, je me suis retourné.
La science de Fhomme est le mépris sans doute; Ces! un droit de vieillard qui ne m*est pas donné. Mais qu*en dois-je penser? Il n'existe qu'un être Que je puisse en entier et constamment connattre, Sur qui mon jugement puisse au moins faire foi, Un seuil... je le méprise. — Et cet être, c'est moi.
Qu'ai-je foit? qu'ai-je appris? — Le temps est si rapide! L'enfant marche joyeux, sans songer au chemin; Il le croit infini, n'en voyant pas la fin.
Tout à coup il rencontre une source limpide, Il s'arrête, il se penche, il y voit un vieillard. Que me dirai-je alors? Quand j'aurai fait mes peines, Quand on m'entendra dire : Hélas 1 il est trop tard; Quand ce sang, qui bouillonne aujourd'hui dans mes Et s'irrite en criant contre un lâche repos, [veines S'arrêtera, glacé jusqu'au fond de mes os...
vieillesse! à quoi donc sert ton expérience?
Que te sert, spectre vain, de te courber d'avance Vers le commun tombeau des hommes, si la morf Se tait en y rentrant, lorsque la vie en sort? N'existait-il donc pas à cette loterie Un joueur par le sort assez bien abattu
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Pour que, me rencontrant sur le seuil de la vie, U me dit en sortant : N^entrez pas, j*ai perdu t
Grèce, 6 mère des arts, terre d*idolfttrie, De mes vœux insensés éternelle patrie, J*étais né pour ces temps où les fleurs de ton front Couronnaient dans les mers Tazur de THellespont. Je suis un citoyen de tes siècles, antiques ; Mon âme avec Tabeille erre sous tes portiques. La langue de ton peuple, 6 Grèce, peut mourir; Nous pouvons oublier le nom de tes montagnes ; Mais qu'en fouillant le sein de tes blondes campagnes Nos regards tout à coup viennent à découvrir Quelque dieu de tes bois, quelque Vénus perdue... La langue que parlait le cœur de Phidias Sera toujours vivante et toujours entendue; Les marbres Font apprise et ne Toublieront pas. Et toi, vieille Italie, où soi^t ces jours tranquilles Où sous le toit des cours Rome avait abrité Les arts, ces dieux amis, fils de Toisiveté?
Quand tes peintres alors s'en allaient par les villes Élevant des palais, des tombeaux, des autels, Triomphants, honorés, dieux ptarmi les mortels; Quand tout à leur parole enfantait des merveilles, Quand Rome combattait Venise et les Lombards, Alors c'étaient des temps bienheureux pour les arts! Là, c'était Michel-Ange, affaibli par les veilles, Pftle au milieu des morts, un scalpel à la main, Cherchant la vie au fond de ce néant humain.
Levant de temps en temps sa tête appesantie Pour jeter un regard de colère et d'envie Sur les palais de. Rome, où, du pied de l'autel, A ses rivaux de loin souriait Raphaël.
Là, c'était le Corrége, homme pauvre et modeste. Travaillant pour son cœur, laissant à Dieu le reste Le Giorgione, superbe, au jeune Titien Montrant du sein des mers son beau ciel vénitien ; Bartholomé, pensif, le front dans la poussière.
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LES VGEUX STÉRILES 15
Brisant son jeune cœur sur un autel de pierre, Interrogé tout bas sur Part par Raphaël Et bornant sa réponse à lui montrer le dei... [être, Temps heureux, temps aimés t Mes mains alors peut- Mes lâches mains, pour vous auraient pu s'occuper; Mais aujourd'hui pour qui? dans quel but? sous quel
[mattre?
L'artiste est un marchand et Tart est un métier. Un pftle simulacre, une vile copie, Naissent sons le soleil ardent de ritalie...
Nos œuvres ont un an, nos gloires ont un jour; Tout est mort en Europe, — oui, tout, — jusqu'à
[l'amour.
Ah ! qui que vous soyez, vous qu'un fatal génie Pousse à ce malheureux métier de poésie, Rejetez loin de;irous, chassez-moi hardiment Toute sincérité; gardez que l'on ne voie Tomber de votre cœur quelques gouttes de sang, Sinon,, vous apprendrez que la plus courte joie Coûte cher, que le sage est ami du repos, Que les indifférents sont d'excellents bourreaux.
Heureux, trois fois heureux, l'homn^e dont la pensée Peut s'écrire au tranchant du sabre ou de l'épée! Ah! qu'il doit mépriser ces rêveurs insensés Qui, lorsqu'ils ont pétri d'une fange sans vie Un vil fantôme, un songe, une froide effigie. S'arrêtent pleins d'orgueil, et disent : C'est assez! Qu'est la pensée, hélas! quand l'action commence? L'une, recule où l'autre intrépide s'avance.
Au redoutable aspect de la réalité.
Celle-ci prej^d le fer, et, s'apprête à combattre; Celle-là, frêle idole, et qu'un rien peut abattre, . Se détourne en voilant son front inanimé.
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