VIT
Une croix t et ton nom écrit sur une pierre.
Non pas même le tien, mais celui d'un époux.
Voilà ce qu'après toi tu laisses sur la terre; Et ceux qui t'iront voir à ta maison dernière, fPy trouvant pas ce nom qui fat aimé de nous, Ne sauront pour prier où poser les genoux.
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5â PAGES CHOISIES D'ALFRED DE MUSSET
O Ninettel où sont-ils, belle muse adorée,
Ces accents pleins d'amour, de charme et de terreur,
Qui voltigeaient le soir sur ta lèvre inspirée,
Comme un parfum léger sur Taubépine en fleur?
Où vibre maintenant cette voix éplorée,
Cette harpe vivante attachée à ton cœurt...
N'était-ce pas hier qu'à la fleur de ton âge Tu traversais l'Europe, une lyre à la main; Dans la mer, en riant, te jetant à la nage, Chantant la tarentelle au ciel napolitain.
Cœur d'ange et de lion, libre oiseau de passage, Espiègle enfant ce soir, sainte artiste demain?
N'était-ce pas hier qu'enivrée et bénie Tu traînais à ton char un peuple transporté, Et que Londre et Madrid, là France et l'Italie, Apportaient à tes pieds cet or tant convoité, Cet or deux fois sacré qui payait ton génie»
Et qu'à tes pieds souvent laissa la charité?
Qu'as-tu fait pour mourir, 6 noble créature, Belle image de Dieu, qui donnais en chemin Au riche un peu de joie, au malheureux du pain? Ah ! qui donc frappe ainsi dans la mère nature. Et quel faucheur aveugle, affamé de pâture, Sur les melUeurs de nous ose porter la main?
Ne suffit-il donc pas à l'ange des ténèbres
Qu'à peine de ce temps il nous reste un grand nom?
Que Géricault, Cuvier, Schiller, Goethe et Byron
Soient endormis d*hier sous les dalles funèbres, Et que nous ayons vu tant d*autres morts célèbres Dans Tabîme entr'ouvert suivre Napoléon?
XIÏI
Nous faut-il perdre encor nos tètes les plus chères, Et venir en pleurant leur fermer les paupières, Dès qu*un rayon d*espoir a brillé dans leurs yeux? Le ciel de ses élus devient-il envieux?
Ou faut-il croire, h^as! ce que disaient nos pères, Que lorsqu^on meurt si jeune on est aimé des dieux?
Ah 1 combien, depuis peu, sont partis pleins de vie!
Sous les cyprès anciens que de saules nouveaux!
La cendre de Robert à peine refroidie,
Bellini tombe et meurt I — Une lente agonie
Traîne Garrel sanglant à Téternel repos.
Le seuil de notre siècle est pavé de tombeaux..
Que nous restera-t-il si Tombre insatiable.
Dès que nous bâtissons, vient tout ensevelir? Nous qui sentons déjà le sol si variable.
Et, sur tant de débris, marchons sur Tavenir, Si le vent, sous nos pas, balaye ainsi le sable, De quel deuil le Seigneur veut-il donc nous vêtir?
Hélas! Marietta, tu nous restais encore.
Lorsque, sur le sillon, Toiseau chante à Taurore, Le laboureur s*arréte, et, le front en sueur. Aspire dans Pair pur un souffle de bonheur.
Ainsi nous consolait ta voix fraîche et sonore, Et tes chants dans les deux emportaient la douleur.
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Ce qu'il nous faut pleurer sur ta tombe hûtive, Ce n'est pas Fart divin, ni ses savants secrets : Quelque autre étudiera cet art que tu créais; C'est ton âme, Ninette, et ta grandeur naïve, C'est cette voix du cœur qui seule au cœur arrive, Que nul autre, après toi, ne nous rendra jamais.
Ah! tu vivrais encor sans cette ftme indomptable.
Ce fut là ton seul mal, et le secret fardeau
Sous lequel ton beau corps plia comme un roseau.
Il en soutint longtemps la lutte inexorable.
C'est le Dieu tout-puissant, c'est la Muse implacable
Qui dans ses bras en feu t'a portée au tombeau.
Que ne l'étouffais-tu, cette flamme brûlante Que ton sein palpitant ne pouvait contenir!
Tu vivrais, tu verrais te suivre et t'applaudir De ce public blasé la foule indifférente, Qui prodigue aujourd'hui sa faveur inconstante A des gens dont pas un, certes, n'en doit mourir.
Connaissais-tu si peu l'ingratitude humaine?
Quel rêve as-tu donc fait de le tuer pour eux! Quelques bouquets de fleurs te rendaient-ils si vaine Pour venir nous verser de vrais pleurs sur la scène, Lorsque tant d'histrions et d'artistes fameux. Couronnés mille fois, n'en ont pas dans les yeux?
Que ne détournais-tu la tète pour sourire.
Comme on en use ici quand on feint d'être émut Hélas ! on t'aimait tant, qu'on n'en aurait rien vu.
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A LA BIAUBRAN itt
Quand In chantais le SauU, au lieu de ce délira, Que ne Toccupaie-tu de bien porter la lyre?
La Paata fait ainsi : que ne Fimitais-tot
Ne savais -tu donc pas, comédienne imprudente» Que ces cris insensés qui te sortaient du cœur De ta joue amaigrie augmentaient la pftleurt Ne savais-tu donc pas que, sur ta tempe ardente. Ta main de jour en jour se posait plus tremblante, Et que c*est tenter Dieu que d'aimer la douleur?
Ne sentais-tu donc pas que ta belle jeunesse De tes yeux fatigués s*écoulait en ruisseaux, Et de ton noble cœur s'exbalait en sanglots?
Quand de ceux qui t'aimaient tu voyais la tristesse, Ne sentais-tu donc pas qu'une fatale ivresse Berçait ta vie errante à ses derniers rameaux?
Oui, oui, tu le savais, qu*au sortir du théâtre, Un 8oir4ans ton linceul il faudrait te coucher. Lorsqu'on te rapportait plus froide que Falbâtre, Lorsque le médecin, de ta veine bleufttre, Regardait goutte à goutte un sang noir s'épancher. Tu savais quelle main venait de te toucher.
Oui, oui, tu le savais, el que, dans cette vie.
Rien n'est bon que d'aimer, n'est vrai que de souffrir.
Chaque soir dans tes chants tu te sentais pâlir.
Tu connaissais le monde, et la foule, et l'envie,
Et, dans ce corps brisé concentrant ton génie,
Tu regardais aussi la Malibran mourir.
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Meurs donc! ta mort est douce et ta tâche est remplie. Ce que Fhomme ici-bas appelle le génie, Cest le besoin d'aimer; hors de là tout est vain. Et, puisque tôt ou tard Tamour humain s'oublie, Il est d'une grande ftme et d'un heureux destin D'expirer comm^ toi pour un amour divin 1
Octobre J83é.
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