‹ Pages choisies des grands écrivainsChapitre 41 sur 82 · TRISTESSE · texte numérisé non relu

TRISTESSE

J*ai perdu ma fwœ et ma vio, Et mes amis et ma gaîté ; J'ai perdu jusqu*à la fierté Qui faisait croire à mon génie

Quand j'ai connu la Vérité, J'ai cru que c'était une amie; Quand je l'ai comprise et sentie, J'en étais déjà dégoûté.

Et pourtant elle est éternelle, Et ceux qui se sont passés d'elle Ici-bas ont tout ignoré. .

Dieu parle, il faut qu'on lui réponde.

Le seul bien qtii me reste au monde Est d'avoir quelquefois pleuré.

Bury, 14 juin 1840.

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SOUVENIR r

J*espérai8 bien pleurer, mais je croyais souffrir En osant te revoir, place à jamais sacrée, O la pins chère tombe et la plus ignorée Où dorme un souvenir!

Que redoutiez-vous donc de cette solitude, Et pourquoi, mes amis, me preniez-vous la main? Alors qu'une si douce et si vieille habitude Me montrait ce chémiii?

Les voilà, ces coteaux, ces bruyères fleuries, Et ces pas argentins sur le sable muet, Ces sentiers amoureux, remplis de causeries, Où son bras m'enlaçait.

Les voilà, ces sapins à la sombre verdure, Cette gorge profonde aux nonchalants détours, Ces sauvages amis, dont Tantique murmure A bercé mes beaux jours.

Les voilà, ces buissons où toute ma jeunesde, • Comme un essaim d'oiseaux chante au bruit de mes pas. Lieux charmants, beau désert où passa ma maîtresse, Ne m'attendiez- vous pas?

Ah! laissez-les couler, elles me sont bien chères, Ces larmes que soulève un cœur encor blessé ! Ne les essuyez pas, laissez sur mes paupières Ce voile du passé!

Je ne viens point jeter un regret inutile DansTécho de ces bois témoins de mon bonheur. F|ère est cette forêt dans sa beauté tranquille, Et fier aussi mon cœur.

Que celui-là se livre à des plaintes amères, Qui s'agenouille et prie au tombeau d*un ami. Tout respire en ces lieux; les fleurs des cimetières Ne poussent point ici.

Voyez 1 la lune monte à travers ces ombrages. Ton regard tremble encor, belle reine des nuits; Mais du sombre horizon déjà tu te dégages Et tu t*épanouis.

Ainsi de cette terre, humide encor de pluie.

Sortent, sous tes rayons, tous les parfums dii jour, Aussi calme, aussi pur, de mon âme attendrie Sort mon ancien amour. .

Que sont-ils devenus, les chagrins de ma vie? Tout ce qui m*a fait vieux est bien loin maintenant; Et rien qu'en regardant cette vallée amie.

Je redeviens enfant.

G puissance du temps! ô légères années!

Vous emportez nos pleurs, nos cris et nos regrets : Mais la pitié vous prend, et sur nos fleurs fanées Vous ne marchez jamais.

Tout mon cœur te bénit, bonté consolatrice!

Je n'aurais jamais cru que Ton pût tant souffrir D'une telle blessure, et que sa cicatrice Fût si douce à sentir.

byGoogk

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