A MON FRÈRE
Mon pauvre cœur, Tas-tu trouvé Sur le chemin, soub un pavé,
Au fond d'un verre?
Ou dans ce grand palais Nani, Dont tant de soleils ont jauni
La noble pierre?
L*as-tu vu sur les fleurs des prés, Ou sur les raisins empourprés
D'une tonnelle?
Ou dans quelque frêle bateau, Glissant à Tombre et fendant Peau
A tire-d'aile?
L'as-tu trouvé tout en lambeaux Sur la rive où sont les tombeaux?
Il y doit être.
Je ne sais qui l'y cherchera, ^ Mais je crois bien qu'on ne pourra
L'y reconnaître.
Il était gai, jeune et hardi ; Il se jetait en étourdi
A l'aventure.
Librement il respirait l'air, Et parfois il se montrait fier
D'une blessure.
Il fut crédule, étant loyal,
Se défendant de croire au mal
Comme d'un crime.
Puis tout à coup il s'est fondu Ainsi qu'un glaciel* suspendu
Sur un abîme...
Mais de quoi vais-je ici parler?
Que ferais-je à me désoler, Quand toi, cher ft*ère.
byGoogk
iOO PAGES CHOISIES D'ALFRED DE MUSSET
Ces lieux où j*ai failli mourir
Tu t'en viens de les parcourir
Pour te distraire?
Tu rentres tranquille et content; Tu tailles ta plume en chantant
Une romance, Tu rapportes dans notre nid Cet espoir qui toujours finit
Et recommence.
Le retour fait aimer Fadieu ; Nous nous asseyons près du feu,
Et tu nous contes Tout ce que ton esprit a vu, Plaisirs, dangers, et l'imprévU,
Et les mécomptes.
Et tout cela sans te fâcher, Sans te plaindre, sans y toucher
Que pour en rire; Tu sais rendre grftce au bonheur, Et tu te railles du malheur
Sans en médire.
Ami, ne t'en va pas plus loin.
D'un peu d'aide j'ai grand besoin.
Quoi qu'il m'advienne.
Je ne sais où va mon chemin, Mais je marche mieux quand ma main
Serre la tienne.
Mars 1844.
byGoogk