‹ Pages choisies des grands écrivainsChapitre 54 sur 82 · A MON FRÈRE · texte numérisé non relu

A MON FRÈRE

Mon pauvre cœur, Tas-tu trouvé Sur le chemin, soub un pavé,

Au fond d'un verre?

Ou dans ce grand palais Nani, Dont tant de soleils ont jauni

La noble pierre?

L*as-tu vu sur les fleurs des prés, Ou sur les raisins empourprés

D'une tonnelle?

Ou dans quelque frêle bateau, Glissant à Tombre et fendant Peau

A tire-d'aile?

L'as-tu trouvé tout en lambeaux Sur la rive où sont les tombeaux?

Il y doit être.

Je ne sais qui l'y cherchera, ^ Mais je crois bien qu'on ne pourra

L'y reconnaître.

Il était gai, jeune et hardi ; Il se jetait en étourdi

A l'aventure.

Librement il respirait l'air, Et parfois il se montrait fier

D'une blessure.

Il fut crédule, étant loyal,

Se défendant de croire au mal

Comme d'un crime.

Puis tout à coup il s'est fondu Ainsi qu'un glaciel* suspendu

Sur un abîme...

Mais de quoi vais-je ici parler?

Que ferais-je à me désoler, Quand toi, cher ft*ère.

byGoogk

iOO PAGES CHOISIES D'ALFRED DE MUSSET

Ces lieux où j*ai failli mourir

Tu t'en viens de les parcourir

Pour te distraire?

Tu rentres tranquille et content; Tu tailles ta plume en chantant

Une romance, Tu rapportes dans notre nid Cet espoir qui toujours finit

Et recommence.

Le retour fait aimer Fadieu ; Nous nous asseyons près du feu,

Et tu nous contes Tout ce que ton esprit a vu, Plaisirs, dangers, et l'imprévU,

Et les mécomptes.

Et tout cela sans te fâcher, Sans te plaindre, sans y toucher

Que pour en rire; Tu sais rendre grftce au bonheur, Et tu te railles du malheur

Sans en médire.

Ami, ne t'en va pas plus loin.

D'un peu d'aide j'ai grand besoin.

Quoi qu'il m'advienne.

Je ne sais où va mon chemin, Mais je marche mieux quand ma main

Serre la tienne.

Mars 1844.

byGoogk

Page 1