‹ Pages choisies des grands écrivainsChapitre 66 sur 82 · UN GOUVERNEUR ET UNE GOUVERNANTE · texte numérisé non relu

UN GOUVERNEUR ET UNE GOUVERNANTE

comment cela s^appelle en latin; et quand il fait du vent ou qu*il pleut, il vous dit tout clairement pourquoi. Vous ouvrirez des yeux grands comme la porte ique voilà, de le voir dérouler un des parchemins qu*il a coloriés d'encres de toutes couleurs, de ses propres mains et sans en rien dire à personne. Enfin c'est un diamant fin des pieds à la tète, et voilà ce que je viens annoncer à M. le baron. Vous sentez que cela me fait quelque honneur, à moi, qui suis son gouverneur depuis rage de quatre ans; ainsi donc, mes bons amis, apportez^ une chaise que je descende un peu de cette mule-ci sans me casser le cou ; la bête est tant soit peu rétive, et je ne serais pas fâché de boire encore une gorgée avant d'entrer.

Lb Choeur. Buvez, mattre Blazius, et réprenez vos esprits. Nous avons vu nattre le petit Perdican, et il n'était pas besoin, du moment qu'il arrive, de nous en dire si long. Puissions-nous retrouver l'enfant dans le cœur de l'homme I

Mattre Blazius. Ma foi, Técuelle est vide; je ne croyais pas avoir tout bu. Adieu; j'ai préparé, en trottant sur la route, deux ou trois phrases sans prétention qui plairont à monseigneur; je vais tirer la cloche.

(Ssort.)

Le Ghosui^. Durement cahotée sur son âne essoufQé, dame Pluche gravit la colline; son écuyer transi gourdine à tour de bras le pauvre animal, qui hoche la tète un chardon entre les dents. Ses longues jambes maigres trépignent de colère, tandis que de ses mains osseuses elle égratigne son chapelet. Bonjour donc, dame Pluche; vous arrivez comme la fièvre, avec le vent qui fait jaunir les bois.

Dame Pluche. Un verre d'eau, canailles que vous ètest un verre d'eau et un peu de vinaigre t

Le Chœur. D'où venez-vous, Plqche ma mie? Vos faux cheveux sont couverts de poussière, voilà un toupet de gâté, et votre chaste robe est retroussée jusqu'à vos vénérables jarretières.

Damb Plughe. Sachez, manants, que la belle Camille^ la nièce de votre maître, arrive aujourd'^hui an château. Elle a quitté le couvent sur Tordre exprès de monseigneur, pour venir en temps et lieu recueillir, comme faire se doit, le bon bien qu'elle a de sa mère. Son éducation, Dieu merci, est terminée, et ceux qui la verront auront la joie de respfrer une glorieuse fleur de sagesse et de dévotion. Jamais il n'y a rien eu de si pur, de si ange, de si agneau et de si colombe que cette chère nonnain ; que le Seigneur Dieu du ciel la conduise! Ainsi soit-il! Rangez-vous, canaiUe; il me semble que j*ai les jambes enflées.

Le Ghgeur. Défripez-vous, honnête Plnche, et quand vous prierez Dieu, demandez la pluie; nos blés sont secs comme vos tibias.

Dame Plughe. Vous m'avez apporté de l'eau dans une écuelle qui sent la cuisine; donnez-moi la main pour descendre; vous êtes des butors et des malappris. (EUe

sort.)

Le Chœur. Mettons nos habits du dimanche, et attendons que le baron nous fasse appeler. Ou je me trompe fort, ou quelque joyeuse bombance est dans l'air aujourd'hui, (ns sortent.)

(Extrait de : On ne badine pas a^e l* Amour.)

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