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Pages choisies des grands ecrivains

Votre idée de recueillir et de mettre en un plus grand jour les meilleures pages du P. Gratry me semble très heureuse et particulièrement opportune.

Vous en féliciter, c'est me féliciter moi-même d'avoir autrefois contribué à infuser dans votre âme les germes de votre culte pour lui.

C'est un mérite aujourd'hui peu ordinaire de consentir à laisser dans l'ombre les résultats de ses propres études et de ses réflexions personnelles pour s'employer à rehausser l'éclat d'une lumière supérieure.

Dans un temps où l'exubérance tapageuse et encombrante de la presse nous provoque à en maudire les excès, votre travail, inspiré par un zèle intelligent et modeste, nous en fera bénir les utiles services.

Oui, qu'il nous parle encore, celui que le souverain Pontife Léon XIII appelait « un grand esprit et un grand cœur » !

Vt LETTRE-PREFACE

A ce double litre, il mérite d'être proposé comme modèle aux hommes de pensée et aux hommes d'action , et c'est bien un tel chef qu'il faut de nos jours, pour réveiller dans les âmes, comme il l'a tant souhaité, « le goût de la sagesse, la passion de la vérité, l'effort moral ».

De même que ie vieux roi biblique refaisant sa santé au contact de la jeunesse, nous aurons proht, nous aussi, les fatigués de la vie, les anémiques d'intelligence et de volonté, à retremper notre énergie au contact de la foi forte et inébranlable de ce fier croyant, à spirituallser notre organisme au souffle de celte ame jeune et vigoureuse, toute imprégnée de lumière et de feu.

Trop longtemps certains maîtres de la pensée, les « négatifs », ont exercé sur la masse des esprits leur lyrannique empire. Il est temps de balayer de notre ciel les nuages de doutes et de négations qu'ils y ont amoncelés et de rendre à notre atmosphère intellectuelle la vitalité de son oxygène réclamée par nos poumons affaiblis.

Pour ceux qui observent les signes des temps, il devient manifeste que de nouveaux élans vont succéder à l'atonie de nos intelligences et de nos cœurs.

Les cigognes symboliques dont nous parle M. de Vogué dans ses Heure?, d'histoire vont cesser de tournoyer sur place et enfin, à la suite de quelque chef résolu, s'élancer dans une direction déterminée des plaines de l'air.

L'humanité, dans son ensemble, n'a pas le temps de s'attarder aux délicates analyses, au discernement des « nuances multicolores du cou de la colombe » auxquelles Renan compare la vérité.

Doublement déterminée par les expériences de son passé et les pressentiments de son avenir, elle veut,

LETTRR-PRKFACE VU

dans la simplicité de son coup d'œil, qui ne Ta jamais trompée sur les choses essentielles, se plonger dans le raj'onnement de son éternel idéal, celui d'hier qui sera celui de demain.

Notre esprit ne peut se plaire dans tous les tours et détours qu'on voudrait lui faire parcourir pour envisager les divers côtés de la vérité. Dans le nombre infini de rayons qui émanent d'elle, de même que dans le nombre infini de points de vue d'où l'on peut la conlempler, il a depuis longtemps fixé son choix, et il entend s'y tenir.

L'un des rêves les plus chers au cœur du P. Gratry était précisément de voir se réaliser de plus en plus cette unité de direction, dans les vues et les aspirations de l'humanité, par la pacification des idées et la fraternité intellectuelle et morale. Sa belle imagination se plaisait à concevoir et à décrire cette « bienheureuse vision de paix, cette Jérusalem céleste » si magnifiquement dépeinte par Tapôtre saint Jean.

Assurément nous sommes loin encore de cet avènement sur la terre du « Royaume de Dieu » que tant de belles âmes y ont appelé de leurs vœux. Longtemps sans doute, pour traiter de rêveries et d'utopies les vues et les désirs de cette famille d'esprits, on aura des apparences de raisons. Mais qui dira si, des excès mêmes de cet individualisme à outrance, de cette pulvérisation des idées, de cette théorie égoïste du (( chacun pour soi » dont nous constatons partout les funestes conséquences, ne va pas surgir, par une réaction inévitable, un immense besoin de synthèse et d'association qui constituera, pour l'humanité, une phase, une étape de plus dans sa marche vers le Royaume de Dieu ?

Au sein des tempêtes intérieures, des malaises et des angoisses qui agitent actuellement les masses

Vm LETTRE-PREFACE

populaires, dans ces revendications passionnées qui menacent plus ou moins justement l'ordre établi, ne pourrait-on pas démêler certaines tendances inspirées d'en haut, vers un ordre meilleur?

C'est ce que l'un de nos plus grands prophètes modernes, Lamartine, nous donne suffisamment à entendre :

C'en est fait; la parole a soufflé sur les mers, Le chaos bout et couve un second univers,

Aux giganlcsques flolsqui croulent sur nos têtes, On sent que l'homme aussi double un cap des tempêtes Et passe, sous la foudre et dans l'obscurité, Le tropique orageux d'une autre humanité.

Un esprit d'une autre trempe, mais également prophète à ses heures, Louis Veuillot, nous dit de même : « Si l'on ose jeter les yeux dans l'avenir, par delà les longues fumées du combat et de l'écroulement, on entrevoit une construction gigantesque et inouïe, œuvre de l'Église, qui répondra par des créations plus belles et plus merveilleuses au génie infernal de la destruction. On entrevoit l'organisation chrétienne et catholique de la démocratie. Sur les débris des empires infidèles, on voit renaître plus nombreuse la multitude des nations, égales entre elles, libres, formant une confédération universelle dans l'unité de la foi, sous la présidence du Pontife romain, également protégé et protecteur de tout le monde; un peuple saint comme il y eut un Saint-Empire. Et cette démocratie baptisée et sacrée fera ce que les monarchies n'ont pas su et n'ont pas voulu faire : elle abolira partout les idoles; elle fera régner universellement le Christ : Et pet unum ovile et unus pastor. »

Un tel langage, il faut l'avouer, n'est pas aujour-

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