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CE QUE LEIBNIZ REGRETTAIT EN LOGIQUE

Lui. Enfin, il y a un troisième monde qui est Lui-même, Lui ^ seuL et dans le sein duquel il ne cesse de nous attirer.

Ce que Ton ne sait pas assez, non plus, c'est que ihomme a le sens de ces trois mondes^L'homme a le v» -''ns du monde des corps, le sens du monde intelligible, et le sens de Dieu mème^Pourquoi dit-on parfois que Ihomme n'a que le sens du monde des corps? Pourquoi roux qui connaissent le sens du monde intelligible iLTuorent-ils d'ordinaire le sens divin du monde suprême? Pourquoi veut-on détruire ainsi la racine même de lame, et par la racine tout l'ensemble ?

Ce que l'on ne sait pas assez, c'est qu'en elle-même, (toute impression venant de l'un de ces trois mondes est ^ une impression de la vérité, de la vérité qui est Dieu ;)et qu'il nous suffirait de ne point gâter la semence de Dieu, pour rester dans la vérité ; que dès lors cette première donnée intellectuelle, qu'on désigne parfois en Logique sous le nom de simple appréhension, n'est pas sujette à l'erreur. Tout philosophe doit l'avouer.

Ce que l'on ne sait pas assez, c'est que pour bien recevoir de Dieu les semences, la première condition est une disposition morale. (Ce qu'il faut appliquer ^ d'abord aux données de la vérité que Dieu ne cesse de semer dans notre ûme, ce n'est pas notre esprit, mais notre volonté,)et, selon la parole éternelle du maître des hommes, parole beaucoup trop peu comprise encore, (il faut faire en soi-même la vérité avant de la connaître. ^ Qui facit veritatem vcnit ad liicem.) Il semble que la lumière se sème dans la volonté, et se recueille dans l'intelligence. Que serait donc l'art de penser et d'arriver au vrai, s'il omettait d'initier l'homme à cette fondamentale et première condition de toute pensée menant au vrai?

Ce que l'on ne sait pas assez, c'est que (l'intelligence, v dans l'homme, est orientée par la volonté, la raison par la liberté.^ La raison, comme la vie, comme l'amour, s'ajtplique à tout ce que Ihonime veut. L'homme peut appliquer toutes ses forces à Dieu, ou bien au monde et

à lui-même, et il peut appliquer ses forces à ce qui n'est pas Dieu de deux manières, ou bien avec tendance ultérieure vers Dieu, — voie de justice et de vérité, — ou bien avec dégoût, oubli, mépris de Dieu, — voie de ténèbres et d'iniquité. Dans Fun des cas, la tendance est vers l'infini : dans Fautre, vers le néant. La raison, comme Tamour, souffre ces deux tendances; seulement, elle sait tirer une éclatante vengeance de ceux qui la profanent dans sa tendance vers le néant. Nous le verrons.

Une vérité bien inconnue encore, c'est que le travail pratique de la volonté, pour couver la semence du vrai, et la développer comme Dieu la donne, consiste à préférer toujours, en toute impression des créatures, impression où Dieu est toujours cause première et la créature cause seconde, à préférer Dieu qui parle la créature, à la créature que Dieu parle; et de même, dans toutes les impressions venant de Dieu, à préférer Dieu même à l'impression. C'est-à-dire, en un mot, queQa loi de la volonté, pour ne pas gâter la semence, est de préférer toujours Dieu à soi-même et au monde) Et cette sorte de renoncement à soi-même et au monde, pour préférer Dieu, c'est la mort philosophique dont parlent Socrate et Platon; et c'est l'imitation morale du sacrifice évangélique. Puis à son tour l'intelligence, pour avancer dans la recherche de la vérité, pour acquérir ce qu'elle n'a pas, doit procéder comme la volonté, et opérer aussi l'imitation du sacrifice évangélique. Oui, il y a dans les données intellectuelles, telles qu'elles nous apparaissent d'abord, des limites et des accidents à sacrifier, pour arriver aux pures et simples idées marquées du caractère de l'infini.

La raison ne doit pas seulement ranger et compai'er les données brutes du monde des corps et du monde des esprits, mais elle doit les ouvrir, et entrer jusqu'au centre du germe.(La raison doit savoir employer les données des deux mondes, créées de Dieu comme point d'appui, comme bases d'élan, pour s'élancer en Dieu^ L'àme s'élance ainsi par ses ailes; mais, dans ces siècles

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si peu philosophiques, les ailes de la raison sont bien moins connues que ses pieds, ses pieds fatigués à outrance pour avancer si peu.

Une autre vérité encore trop peu connue, c'est l'importance et l'influence du corps de la raison, la parole. Le Verbe divin, comme lumière nalurelle éclairant tous les hommes, s'est en quelque sorte incarné dans la parole articulée comme il s'est incarné plus tard, dune manière plus entière et plus haute, dans ces éternelles paroles révélées qu'un saint docteur appelle « un autre corps du Christ ». On méprise quelquefois le corps de la pensée, comme on méprise le corps de Tâme. composé de chair et de sang. On l'appelle une prison, un obstacle. C'est une erreur manichéenne. (Le corps, créature de ^ Dieu, est partout un appui, un moyen, voulu de Dieu, qui peut devenir obstacle par accident mais qui subsistera glorifié, même après notre exil terrestre^Or il en est de même des mots.

Ijifin, ce que Ton méconnaît surtout, c'est celte fin dernière et suprême de la raison, que saint Augustin et Platon appellent le terme du procédé, ou la raison parvenant à sa fin [ratio perveniens ad finem suum). Même ceux qui croient à cette fin dernière de la raison, laquelle consiste, dès cette vie, en quelque commencement de rapport direct avec Dieu, en attendant la vue directe et immédiate de la substance de Dieu, les croyants, dis-je, cherchent parfois à repousser de la Logique comme un affreux mélange, toute mention de cette fin dernière. Mais, pourrait dire ici la raison, que m'importe Tart d'arriver à ma fin. si cet art ne m'apprend pas à marcher vers ma fin dernière? Pourquoi donc tenez-vous à séparer la double idée de mon double but, l'idée de mon but terrestre et l'idée de mon but céleste, l'idée de mon but temporel et l'idée de mon but éternel? Certes ces idées sont distinctes, et si je ne les distinguais pas, je prendrais la terre pour le ciel et le temps pour l'éternité. Mais pourquoi les mettre toujours à part, et ne les jamais conqiarer, et n'en point saisir les rapports pour

(embellir mon but terrestre par la sainte perspective du ciel; et aussi, pour m'apprendre à savoir à propos m'élancer au delà de mon terme moyen jusqu'à mon but suprème?)Et voilà ce que quelquefois l'on voudrait

V refuser à la raison !(Mais comment ne pas voir qu'un des plus grands obstacles qui empêchent d'arriver la raison à son but terrestre, c'est qu'elle ignore ou méconnaît son but céleste?) Eh quoi, notre raison comme notre cœur seront incessamment sollicités par la bonté de Dieu, attirés à monter jusqu'à Dieu, jusqu'à Dieu

V rédempteur, jusqu'à Dieu béatificateur :(la raison, comme le cœur, aura reçu de Dieu quelques désirs naturels de l'éternelle lumière pour laquelle Dieu nous a créés^l'ame portera en elle l'instinct béatifique, comme s'exprime sainte Catherine de Gênes, et la raison pourrait impunément s'abstraire et de ce désir naturel, et des continuelles excitations surnaturelles qui la poussent à sa fin dernière? Qu'arrive-t-il donc au cœur quand il ne se laisse pas attirer sans cesse vers ce but souverain? On lésait. Il est repoussé; repoussé vers le sens réprouvé dont nous parle saint Paul; repoussé non vers la nature, mais contre la nature, et au-dessous de la nature. De

y mème,(pour la raison ne pas tendre à sa fin dernière, malgré le désir naturel et les attraits surnaturels, cest résister; résister, c'est être repoussé, c'est aller en arrière, non pas vers la saine raison naturelle, mais audessous de la raison et contre la raison, vers les abîmes sans fin et de la perversité sophistique.")Oh! puisse-ton bien comprendre ceci et ne jamais refuser à la raison, surtout à la flexible raison des jeunes hommes, à qui l'on parle pour la première fois de la sagesse, l'ensemble des données de Dieu et le double flambeau des deux lumières! Puisse-t-on ne jamais tenir la meilleure de ces deux lumières, pendant une longue année, sous le boisseau!

Enfin, ce qui est encore ignoré, c'est que le passage de la moindre des deux lumières à la plus grande, du but terrestre au but céleste de la raison, s'opère, avec

l'aide de DieiK par une imitation à la fois intellectuelle et morale du sacrifice. Oui, pour passer des fantômes divins à Dieu même, et des idées de l'infini à l'Être qui est l'Infini, il faut un acte de la raison et de la liberté, analogue à celui par lequel la raison s'élance de toute donnée finie à l'Infini, et s'élève de la vue du monde à la notion de Dieu. Oui. la raison doit savoir critiquer, sacrifier cet état spéculatif pur. ces fantômes et ces ombres, au goût et au désir d'un plus haut état, qui atteigne la substance de Dieu et vive au sein du monde réel de Dieu. Ceci n'est plus seulement l'imitation du sacrifice évangélique, mais l'union véritable au très saint et sublime sacrifice de la croix. De sorte que tout l'itinéraire de l'âme et de la raison, depuis le premier commencement qui reçoit les germes sans les gâter, jusqu'à sa fin dernière où elle arrive à posséder Dieu même, est toujours, ou l'imitation, soit morale soit logique du sacrifice, ou l'union intellectuelle et morale au sacrifice du Verbe crucifié. De sorte enfin que saint Paul aurait dit tout le secret de la vérité, en s'écriant : « Je ne veux savoir qu'une seule chose : Jésus-Christ, et Jésus- Christ crucifié! » En paraissant sacrifier toute science, saint Paul aurait posé la formule de toute science! Oui, il en est ainsi. Oui, par ces solennelles paroles, saint Paul donne la méthode pour arriver à la lumière et à la vérité. Ce mot est l'épigraphe de la logique vivante. Daigne le Verbe crucifié nous éclairer, pour qu'il nous soit donné d'entrevoir ces sublimités et d'en transmettre à quelques-uns l'intelligence.

La première question qui se pose en Logique, quand on pose les questions oiseuses, est celle-ci : Pouvonsnous être certains de quelque chose?

Cette question, nous ne la poserons pas; c'est l'affaire des sophistes. Mais nous dirons ce qu'est la certitude, et quel en est le fondement.

(La certitude est un état d'âme qui en exclut le doute. Cet état suppose la possession de la vérité. Il ne peut y avoir certitude de ce (jni n'est pas vrai.) La certitude d'une affirmation mixte, mêlée d'erreur et de vérité, ne porte que sur la vérité renfermée dans l'affirmation. La certitude apparente, qui affirme le faux, n'est qu'un acte de volonté, exécuté malgré l'incertitude de l'esprit, malgré les réticences et les oppositions de la conscience.

^L'homme a la certitude de sa propre existence. En présence du monde extérieur, l'homme a la certitude de l'existence et de la réalité de ce monde. Les idées nécessaires, auxquelles l'esprit s'élève à la vue du monde et de l'âme, nous donnent la certitude de l'existence de Dieu)

Le fait de la certitude n'est point contesté. La véracité de la certitude ne peut l'être que par un jeu d'esprit. L'homme qui a la certitude de l'existence du monde, a-t-il raison d'en être certain? Le monde existe-t-il? Chacun comprend qu'ici commence la sophistique. La véracité de la certitude est et doit être immédiatement . acceptée, comme la vérité des axiomes; l'évidence des axiomes n'est elle-même qu'un cas particulier de la certitude.

(La certitude est la preuve dernière de la vérité; il ne saurait y en avoir d'autre. Comment prouver que la certitude nous donne la vérité, sinon par la certitude même? /

(La démonstration de l'existence individuelle ne se donne point, parce que notre existence est, pour nous, toujours et immédiatement certaine^La démonstration de l'existence du monde consiste à mettre l'homme en rapport, par ses sens, avec les objets mêmes; et les démonstrations de l'existence de Dieu consistent à mettre la raison en présence même de la lumière de Dieu, de l'être nécessaire, toujours présent, comme excitateur permanent de la raison créée à son image; d'où rcsulte(la certitude, qui est le but de la démonstration'!) Si aucun homme n'a jamais douté de sa propre existence, on peut du moins concevoir qu'un homme doute

de l'existence du monde s'il n'a pas l'usage de ses sens. De même si, par le fait, quelques hommes doutent de l'existence de Dieu, lors même que la démonstration en est donnée, c'est qu'ils n"ont pas l'usage entier des facultés de leur esprit. En eux, l'àme n'est développée que partiellement, et la pensée, dans son action, ne porte pas jusqu'à ses limites naturelles. Que ce soit une altération réelle de la raison, ou un travers habituel dans l'exercice de la raison, (ce vice qui consiste à dou- ^ ter, là où les hommes rencontrent naturellement la certitude, est rare dans la pratique!) Il est fréquent dans la spéculation. (Le doute facticef' Templit l'histoire de la philosophie^ L'origine de ce vice, dans la spéculation, est celle-ci : l'homme qui pense et déploie toutes ses forces, dans l'exercice de la raison, la déprave souvent par excès. Ne voyant plus que sa pensée, il place, contrairement à la nature, le point d'appui unique de la raison dans le raisonnement seul, ou dans l'évidence rationnelle. Pour lui, le but n"est plus la certitude, mais la démonstration. Il demande la démonstration, là oîi il tient la certitude. Un tel esprit est donc faussé; il est hors de sa loi. C'est en ce sens qu'on eût pu dire : c L'homme qui pense est un animal dépravé. » Ce vice ^ se nomme rationalisme. Quand le rationalisme, qui consiste principalement à vouloir démontrer ce qui est déjà certain, nie en outre la vérité de tout ce qui ne lui est pas démontré comme il veut, il devient scepticisme. Voici comment procède le scepticisme : La vue du monde ne prouve pas l'existence du monde. Cela posé, vous ne pouvez démontrer l'existence du monde, et devez en douter. L'idée de Dieu en présence du monde, son ouvrage, ne prouve pas l'existence de Dieu. Cela posé, vous ne pouvez démontrer Dieu et devez en douter. La conscience de votre existence n'en prouve pas la réalité. Cela posé, vous ne pouvez démontrer votre propre existence et devez en douter.

Mais pourquoi ne pas dire aussi (quelques sceptiques ont été jusque-là) : L'évidence d'une identité logique ne

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prouve pas cette identité ; l'évidence d'une démonstration ne prouve pas la vérité de la proposition. Cela posé, vous ne pouvez rien démontrer.

Il est clair que de telles assertions sont des jeux de l'esprit. Elles partent d'une majeure contradictoire et dénuée de sens, savoir :(la vue du monde ne prouve pas l'existence du monde. Mais la vue du monde n'étant autre chose que le monde même ^ en présence de l'homme et vu par lui, implique nécessairement, ou plutôt manifeste directement son existence : de même que l'évidence actuelle d'un axiome n'étant autre chose que la vue de la vérité implique la vérité.

Et cependant le scepticisme est, depuis l'origine, l'entrave et le fléau de la philosophie. Une trop grande partie des efforts de la philosophie jusqu'à présent se tourne à établir, contre le scepticisme, la véracité de nos moyens de connaître, et à chercher le caractère de la vérité. Mais le scepticisme semble un inévitable ennemi que la philosophie entraîne avec elle comme son ombre. Cherchons donc à montrer quelle est l'erreur du scepticisme, et ce qu'est en lui-même ce vice originel de Fesprit humain.

(L'erreur du scepticisme consiste à demander la démonstration de ce qui n'est pas démontrable, et à ignorer qu'il y a dans l'esprit humain des données aussi indémontrables que certaines.')

Prenons une science certaine et infaillible de l'aveu de tous, les mathématiques. Il y a en mathématiques une étrange singularité . Il s'y rencontre ce qu'on appelle des (quantités irrationnelles, c'est-à-dire des quantités réellement existantes, mais qui ne sauraient être exprimées par aucun nombre, entier ou fractionnaire^ Telle est, par exemple, la racine carrée de deux. C'est une quantité qui ne peut être représentée par aucun nombre, entier ou fractionnaire.

Cette quantité existe néanmoins; j'entends qu'elle a sa grandeur précise. Car le côté d'un carré étant un, la diagonale de ce même carré est la racine carrée de deux.

Voilà celle quantité visible aux yeux, ou, si Ton veut, visible à la raison.

La géométrie nous montre donc clairement la racine carrée de deux; mais larithmétique ne possède aucun nombre pour la représenter. Cette racine est irrationnelle.

Donc, la géométrie saisit des quantités que l'arithmétique ne peut saisir. La science mathématique obtient par l'un de ses instruments ce que l'autre ne peut atteindre.

De même, disons-nous, /dans la logique générale, l'esprit saisit, par la vue ou lintuition immédiate, des données que le raisonnement ne peut atteindre.")

Mais ce n'est pas ici seulement une comparaison; c'est un exemple dans l'espèce. En effet les nombres sont des mots qui expriment les grandeurs; les formes géométriques sont l'image ou plutôt la vue même des grandeurs. Il y a donc, dans l'esprit, des données que la vue peut atteindre, mais que sa logique ne saurait exprimer. I-lUes sont irrationnelles, quoique visibles, et certaines, quoique indémontrables.

C'est là le point qu'ignore le scepticisme; et dans celte ignorance, il demande la démonstration de ce qui est indémontrable par nature. Il rejette comme n'existant pas, ou comme n'étant pas de son domaine, toutes les données que le raisonnement n'analyse pas d'une manière adéquate. Et pourtant l'arithmétique repoussetelle les grandeurs irrationnelles comme chimériques? Les repousse-telle du moins comme n'étant pas de son domaine? En aucune sorte. Elle les adm.et; elle les enq:)loie et les calcule. Elle les calcule, et ses grandeurs en dehors du nombre, multipliées entre elles, produisent des nombres. Elles ne sont pas des nombres, mais des racines de nombres. Ce sont des données pour l'arithmétique, quoique incommensurables à l'arithmétique.

Il en est de même en philosophie pour les données premières. L'âme les voit par les sens, ou par la raisoii quoique la Logique ne les explique pas. Ce sont y^^e$ HEQj/Jpî"

données nécessaires à la raison, quoiqu'elles ne soient pas elles-mêmes commensurables à la logique de la raison.

Irrationnelles elles-mêmes, elles sont des bases de propositions rationnelles. Les rejeter, malgré la nature et le sens commun, soit comme chimériques, soit comme ne pouvant être admises dans le domaine de la raison pure, c'est l'enfance de la philosophie. C'est l'erreur sophistique d'une science inepte ; c'est une manie d'école, un prétexte de tournoi logique; c'est rejeter la raison pour raisonner; c'est chercher ce qu'on tient, et le perdre pour l'ombre; c'est se fuir en se cherchant. Et l'on pourrait appliquer à la philosophie ainsi faite le mot d'un philosophe : « La philosophie est l'Odyssée de l'esprit qui, merveilleusement déçu, se fuit en se cherchant lui-même. »

Telle est l'erreur des sceptiques ; et le tort de la philosophie, c'est de ne point passer outre; c'est de faire une large place à ces questions mal posées, insolubles, contradictoires: de donner du temps et des forces à un travail stérile et faux, et de ne pas excommunier nettement les sophistes qui cherchent, par mauvaise volonté, à lui faire perdre un temps précieux.

Que de temps n"a-t-on pas perdu, en mathématiques, à chercher le rapport de la circonférence au diamètre, pour arriver à la quadrature du cercle? Aujourd'hui, il est directement démontré que ce rapport n'est expri- '^ mable par aucun nombre. De même, (la philosophie doit directement démontrer l'insolubilité des questions insolubles!)

Or, cette démonstration a été donnée par les sceptiques pour en conclure qu'il fallait rejeter l'autorité de nos moyens de connaître; elle a été donnée par les dogmatiques pour établir que cette autorité devait être immédiatement acceptée. Acceptons-la des deux côtés, V pour en conclure, (comme Aristote, que les points de départ sont indémontrables en même temps qu'infailliblesVCe sont les données mêmes de la vérité,na vue du

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