‹ Pages choisies des grands ecrivainsChapitre 37 sur 39 · LE JOUR ET LA N'UIT · texte numérisé non relu

LE JOUR ET LA N'UIT

céleste, dans cette alternative du soir et du matin, de la nuit et du jour; tout ce qu'il y a de divinement calculé dans réclat de Tétincelant midi, heure de l'extrême développement; dans le repos du silencieux minuit, heure de Textrème recueillement; et dans ces deux mouvements contraires du soir et du matin excitateur et conducteur des deux mouvements de la vie?

Qui a remercié Dieu de tout ce qu'il met de joie dans nos cœurs par léclat du midi, de tout ce qu'il y met de mystérieux instincts par Tinfluence des nuits? Oui lui rend grâce de la douce espérance que le matin éveille en nous et de la pieuse mélancolie que nous inspire le couchant du jour?

Par rinfluence du soleil de midi, quand l'astre, au milieu de sa course, s'arrête et plane sur la terre, Dieu nous attache au présent de ce monde pour que nous consentions à y vivre et à y travailler. Par linfluence solennelle de la nuit qui voile à nos yeux la nature et nous isole en face du ciel, il nous rattache à l'éternel présent d'en haut.

Par la mobilité vivante du soir et du matin il excite la marche de notre vie vers l'avenir du monde nouveau. Il donne à notre esprit l'élan ou pour répandre sur la nature l'influence des vertus d'en haut, ou pour ramener toute chose vers la source divine où tout doit revenir.

^'homme n'a point encore fait de ces dons tout l'usage qu'il en devait faire. Ces instructions et ces exhortations divines que les grands mouvements du ciel et de la terre ne cessent de nous transmettre, ces vérités que le jour annonce au jour et la nuit à la nuit, n'ont fait encore qu'effleurer notre àme et n'ont point encore subjugué notre vie.

L'homme s'est laissé attacher au monde terrestre pour y vivre et pour y travailler; mais, abusant de linipulsion divine, il s'y est enfoncé pour en jouir: il a enfoui dans la terre le talent que Dieu lui donnait.

Des races entières, soumises au soleil du midi, vivent,

travaillent et se multiplient sur la terre avec rapidité; leur âme s'est détachée du ciel.

Si trop souvent l'homme n'écoute la grande exhortation du jour que pour en abuser, comment comprendrat-il l'austère enseignement de la nuit? Au lieu de s'y livrer au doux sommeil, à ce sommeil dans le sein du Père, qui nous laisse au réveil un cœur brûlant d'amour et ferme de pureté, comme la poitrine douce et chaude d'un enfant dans un berceau, l'homme, par sa faute, n'y trouve, le plus souvent qu'un sommeil triste et mauvais. Après avoir abusé du jour, suivi avec ardeur de vains et criminels désirs, quand la nuit vient, il tombe fatigué sur la terre et ne s'y repose pas. L'homme se repose peu ou presque point, dit l'Écriture. Les faux biens qu'il a poursuivis, l'inquiétude, la jalousie, la colère, troublent les pensées dans le lit même pendant les heures de la nuit qui lui ont été données pour prendre son repos : les fantômes qu'il voit en son âme, l'inquiètent et tiennent son esprit en suspens, et il est, dans son sommeil même, comme une sentinelle pendant le jour. Et ce grave pressentiment de la mort que la nuit fait planer sur son âme, s'il en ressent quelque influence, c'est une terreur qu'il repousse, un rêve sinistre qu'il cherche à fuir.

Cette vie terrestre dont il devrait apprendre chaque nuit à se détacher, pour s'élever vers l'autre vie, il s'y concentre tout entier, c'est là que s'accomplissent les ténébreuses opérations du mal, l'homme enfouissant sa vie dans la chair et dans le sang, répandant toute son âme vers la terre.

Que de cœurs dans lesquels le doux matin n'éveille que des espoirs grossiers! que d'âmes pour qui la sainte mélancolie du soir, passage d'une espérance qui tombe à une espérance qui va naître, se change en une tristesse aride qui cherche une vaine ressource dans un éclat factice, à l'heure oii nous échappe la lumière et la beauté du jour! Et cependant les impulsions divines ne peuvent être stériles; l'homme en abuse beaucoup, en diminue

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