‹ Pages choisies des grands écrivainsChapitre 12 sur 59 · LA BONNE POLITIQUE · texte numérisé non relu

LA BONNE POLITIQUE

la tradilioii de la vertu ; ne pas dire au pauvre : « Enrichis-toi, 'j mais lui dire : « Console-toi ; tu travailles pour l'humanité et la patrie ; » lui prêcher le bonheur par la simplicité du cœur et la poésie du sentiment ; persuader à l'homme du peuple que ce qui le rend intéressant, c'est d'être respectueux pour les grandes choses morales auxquelles il coopère sans pouvoir toujours les comprendre; à la femme que ce qui fait son charme, c'est d'être dévouée et de servir ; mais se comporter en même temps de telle sorte que l'inférieur sente bien que celui qui commande remplit un devoir et est animé d'un haut sentiment philosophique ; présenter comme des choses funestes l'acrimonie, l'envie, la défiance systématique, qui rendent tout gouvernement impossible; faire comprendre que l'on devient un aristocrate par le mépris de ce qui est bas et vil ; décourager de toutes les manières le mauvais goût public, ce fade genre d'esprit, cette basse httérature de turlupins qui est devenue à la mode ; opposer une digue au charlatanisme qui nous envahit de toutes parts ; respecter hautement le sentiment religieux, mais ne pas attacher la destinée morale de l'humanité à des formes confessionnelles qui peuvent périr, tandis que la foi vraie ne périra pas ; par-dessus tout, respecter la liberté, condition essentielle de tout bien: voilà ce qui serait la bonne poHtique. Le reste ne sera qu'expédient d'une médecine aux abois.

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