‹ Pages choisies des grands écrivainsChapitre 4 sur 59 · SAVOIR · texte numérisé non relu

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données nécessaires pour répondre au"x questions qu'il s'adresse ; qu'importe? Il y supplée de lui-même. De là les religions primitives, solutions improvisées d'un problème qui exigeait de longs siècles de recherches, mais pour lequel il fallait sans délai une réponse. La science méthodique sait se résoudre à ignorer ou du moins h supporter le délai; la science primitive du premier bond voulait avait avoir la raison des choses. C'est qu'à vrai dire, demander à l'homme d'ajourner certains problèmes et de remettre aux siècles futurs de savoir ce qu'U est, quelle place il occupe dans le monde, quelle est la cause du monde et de lui-même, c'est lui demander l'impossible. Alors même qu'U saurait l'énigme insoluble, on ne pourrait l'empôcLej de s'agacer et de s'user autour d'elle.

A mesure que l'humanité avance dans sa marche, le problème de sa destinée devient plus compliqué : car il faut combiner plus de données, balancer plus de motifs, conciUer plus d'antinomies. L'humanité va ainsi, d'une main serrant dans les plis de sa robe les conquêtes du passé, de l'autre tenant l'épée pour des conquêtes nouvelles.

Autrefois, la question était bien simple : l'opinion la plus avancée, par cela seul qu'elle était la plus avancée, pouvait être jugée la meilleure. Il n'en est plus de la sorte. Sans doute il faut toujours prendre le plus court chemin, et je n'approuve nullement ceux qui soutiennent qu'U faut marcher, mais non courir. Il faut toujours faire le meilleur, et le faire le plus "vite possible. Mais l'essentiel est de découvrir le meilleur, et ce n'est pas chose facile. Il y a à peine cinquante ans que l'humanité a aperçu le but qu'elle avait jusque-là poursui"vi sans conscience. C'est un immense progrès, mais aussi un incontestable danger.

Le voyageur qui ne regarde que l'horizon de la plaine risque de ne pas voir le précipice ou la fondrière qui est à ses pieds. De même l'humanité, en ne considérant que le but éloigné, est comme tentée d'y sauter, sans égard pour les obstacles intermédiaires, contre lesquels elle pourrait se briser.

Le plus remarquable caractère des utopistes est de n'être pas historiques, de ne pas tenir compte de ce à quoi nous avons été amenés par les faits. En supposant que la société qu'ils révent fût possible, en supposant même qu'elle fût absolument la meilleure, ce ne serait pas encore la société véritable, celle qui a été créée par tous les antécédents de l'humanité. Le problème est donc plus compliqué qu'on ne pense ; la solution ne peut être obtenue que par le balancement de deux ordres de considérations ■ d'une part, le but à atteindre, de l'autre l'état actuel, le terrain qu'on foule aux pieds. Quand l'humanité se conduisait instinctivement, on pouvait se fier au génie divin qui la dirige ; mais on frémit en pensant aux redoutables alternatives qu'elle porte dans ses mains, depuis qu'elle est arrivée à l'âge de la conscience, et aux incalculables conséquences que pourrait avoir désormais une bé^'ue, un caprice.

En face de ces grands problèmes, les philosophes pensent et attendent ; parmi ceux qui ne sont pas philosophes les uns nient le problème et prétendent qu'il faut maintenir à tout prix l'état actuel, les autre? s'imaginent y satisfaire par des solutions trop simples et trop apparentes. Inutile de dire qu'ils ont facile-

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ment raison les uns des autres : car les novateurs opposent aux conservateurs des misères évidentes, auxquelles il faut absolument un remède, et les conservateurs n'ont pas de peine à démontrer aux novateurs qu'avec leur système il n'y aurait plus de société. Ur, mieux vaut une société défectueuse qu'une so- (ùété nulle.

Je crois avoir puisé dans l'étude comparée des littératures une idée beaucoup plus large de la nature humaine que celle qu'on se forme d'ordinaire. Sans doute il y a de l'universel et des éléments communs dans la nature humaine. Sans doute on peut dire qu'il n'y a qu'une psychologie, comme on peut dire qu'il n'y a qu'une littérature, puisque toutes les littératures vivent sur le même fond commun de sentiments et d'idées. Mais cet universel n'est pas où l'on pense, et c'est fausser la couleur des faits que d'appliquer une théorie raide et inflexible à l'homme des difFércntcs époques.

Ce qui est universel, ce sont les grandes divisions et les grands besoins de la nature; ce sont, si j'ose le dire, les casiers naturels, remplis successivement par ces formes diverses et variables, religion, poésie, morale, etc. A n'envisager que le passé de l'humanité, la religion, par exemple, semblerait essentielle à la nature humaine ; et pourtant la religion dans les

formes anciennes est destinée à disparaître. Ce qui restera, c'est la place qu'elle rempKssait, le besoin auquel elle correspondait, et qui sera satisfait un jour par quelque autre chose analogue.

La morale euC-môme, en attachant à ce mot l'acception complète et quasi évangélique que nous lui donnons, a-t-elle été une forme de tous les temps? Une analyse peu délicate, peu soucieuse de la différente physionomie des faits, pourrait l'affirmer. La vraie psychologie, qui prend soin de ne pas désigner par le môme nom des faits de couleur différente quoique analogues, ne peut pas s'y décider. Le mot morale est-il applicable à la forme que revêtait l'idée du bien dans les vi.eilles civilisations arabe, hébraïque, chinoise, qu'il revêt encore chez les peuples sauvages, etc.? Je ne fais pas ici une de ces objections banales, tant de fois répétées depuis Montaigne et Bayle, et où l'on chercb.e à établir, par quelques divergences ou quelques équivoques que certains peuples ont mamiué du sens moral. Je reconnais que le sens moral ou ses équivalents sont de l'essence de l'humanité ; mais je maintiens que c'est parler inexactement que d'appliquer la même dénomination à des faits si divers. Il y a dans l'humanité une faculté ou un besoin, une capacité, en un mot, qui esj; comblée de nos jours par la morale, et qui l'a toujours été et le sera toujours par quelque chose d'analogue. Je conçois de môme pour l'avenir que le mot morale devienne impropre et soit remplacé par un autre. Pour mon usage particulier, j'y substitue de préférence le nom d'esthétique. En face

d'une action, je me demande plutôt si elle est belle ou laide, que bonne ou mauvaise, et je crois avoir là un bon critérium; car avec la simple morale qui fait l'boiinête homme, on peut encore mener une assez mesquine vie. Quoi qu'il en soit, l'immuable ne doit être cherché que dans les divisions mômes de la nature humaine, dans ses compartiments, si j'ose le dire, et non dans les formes qui s'y ajustent et peuvent se remplacer par des succédanés. C'est quelque chose d'analogue au fait des substitutions cMmiques, où des corps analogues peuvent tour à tour remplir les mêmes cadres.

La Chine m'offre l'exemple le plus propre à éclaircir ce que je viens de dire. Il serait tout à fait inexact de dire que la Chine est une nation sans morale, sans religion, sans mythologie, sans Dieu ; elle serait alors un monstre dans l'humanité, et pourtant U est certain que la Chine n'a ni morale, ni rehgion, ni mythologie, ni Dieu, au sens où nous l'entendons. La théologie et le surnaturel n'occupent aucune place dans l'esprit de ce peuple, et Confucius n'a fait que se conformer à l'esprit de sa nature en délournaut ses disciples de l'étude des choses divines. Tel est le vague des idées des Chinois sur la Divinité que, depuis saint François- Xavier, les missionnaires ont été dans le plus grand embarras pour trouver un terme cliinois signifiant Dieu.

Une étude attentive des diverses zones affectives de l'espèce humaine révélerait partout non pas l'identité des éléments, mais la composition analogue, le

même plan, la même disposition des parties, en proportions diverses. Tel élément, principal dans telle race, n'apparaît dans telle autre que rudimentaire. Le mythologisme, si dominant dans l'Inde, se montre à peine en Chine, et pourtant y est reconnaissable sur une échelle infiniment réduite. La philosophie, élément dominant des races indo-germaniques, semble complètement étrangère aux Sémites, et pourtant, en y regardant de près, on découvre aussi chez ces derniers non la chose même, mais le germe rudimentaire.

Au début de la carrière scientifique, on est porté à se figurer les lois du monde psychologique et physique comme des formules d'ime rigueur absolue : mais le progrés de l'esprit scientifique ne tarde pas îi modifier ce premier concept. L'indi^âduaUsme apparaît partout : le genre et l'espèce se fondent presque sous l'analyse du naturaliste ; chaque fait se montre comme iui generis; le plus simple phénomène apparaît comme irréductible ; l'ordre des choses réelles n'est plus qu'un vaste balancement de tendances produisant par leurs combinaisons infiniment variées des apparitions sans cesse diverses. La raison est la seule loi du monde ; il est aussi impossible de réduire en formules les lois des choses que de réduire à un nombre déterminé de schèmes les tours de l'orateur, que d'énumérer les préceptes sur lesquels l'homme moral dirige sa conduite vers le bien. « Sois beau, et alors fais à chaque instant ce que t'inspirera ton cœur, » voilà toute la morale. Toutes les autres rè-

gles sont fautives et mensongères dans leur forme absolue. Les règles générales ne sont que des expédients mesquins pour suppléer à l'absence du grand sens moral, qui suffit h lui seul pour révéler en toute occasion à l'homme ce qui est le plus beau. C'est vouloir suppléer par des instructions préparées d'avance à la spontanéité intime. La variété des cas déjoue sans cesse toutes les prévisions. Rien, rien ne remplace l'âme : aucun renseignement ne saurait suppléer chez l'homme à l'inspiration de S3 nature.

Quand le scepLicisiiiô est devenu de mode, il ne suppose ni pénétration d'esprit ni finesse de critique, mais bien plutôt hébétude et incapacité de comprendre le vrai. « Il est commode, dit Fichle, de couvrir du nom ronflant de scepticisme le manque d'intelligence. Il est agréable de faire passer aux yeux des hommes ce manque d'intelligence qui. nous empoche de saisir la vérité pour une pénétration merveilleuse d'esprit, qui nous révèle des motifs de doute inconnus et inaccessibles au reste des hommes. » En se posant au delà de tout dogme, on peut à bon marché jouer l'homme avancé, qui a dépassé son siôclo, et les sots, qui ne craignent rien tant que de paraître dupes, renchérissent sur ce ton facile. De même qu'au xvm* siècle il était de mode de ne pas croire à l'honneur des femmes, de même il n'est pas de provir jial quelque peu leste qui. Je nos jours, ne se fasse un genre de n'avoir aucune foi poUtique et de ne pas se laisser prendre à la probité des gouvernants. C'est uns

manière de prendre sa revanche, et aussi de faire croire qu'il est initié aux hauts secrets.

L'honneur de la philosophie est d'avoir eu toujours pour ennemis les hommes frivoles et immoraux, qui, ne trouvant point en eux l'instinct des helles choses, déclarent hardiment que la nature humaine est laide et mauvaise, et emhrassent avec une sorte de frénésie toute doctrine qui humilie l'homme et le tient fortement sous la dépendance.

Il m'est impossihle d'exprimer l'efîet physiologique et psychologique que produit sur moi ce genre de parodie niaise devenu si fort à la mode en province depuis quelques années. C'est l'agacement, c'est l'irritation, c'est l'enfer. 11 est si facile de tourner ainsi toute chose sérieuse et originale. Ah! barbares, oubliez-vous que nous a^^^ons eu Voltaire, et que nous pourrions encore vous jeter à la face le père Nicodcmc, Abraham Chaumeix, Sabathier et Nonotte ? Nous ne le faisons pas; car vous nous avez dit que c'était déloyal. Mais pourquoi donc employer contre nous une arme que vous nous avez reprochée?

Il est temps que tous les partis qui ont à cœur la vérité renoncent à ce moyen si peu scientifique. Il y a, je le sais, un rire philosophique, qui ne saurait être banni sans porter atteinte à la nature humaine; c'est le rire des Grecs, qui aimaient ù, pleurer et à rire sur le même sujet, à voir la comédie après la tragédie, et souvent la parodie de la pièce même à laquelle ils venaient d'assister. Mais la plaisanterie, en matière scientifique, est toujours fausse ; car elle est

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l'exclusion de la haute critique. Rien n'est ridicule parmi les œuvres de l'humanité; pour donner ce tour aux choses sérieuses, il faut les prendre par un côté étroit et négliger ce qu'il y a en elles de majestueux et de vrai. Voltaire se moque de la Bible, parce qu'U n'a pas le sens des œuvres primitives de l'esprit humain. Il se serait moqué de même des Védas, et aurait dû se moquer d'Homère. La plaisanterie obUge à n'en^isager les choses que par leur grossière apparence; elle s'interdit les nuances déUcates. Le premier pas dans la carrière philosophique est de se cuirasser contre le ridicule. Si l'on s'assujetit à la tyrannie des rieurs vulgaires, si l'on tient compte de leurs fadaises, l'on se défend toute beauté morale, toute haute aspiration, toute élévation de caractère; car tout cela peut être ridiculisé. Le rieur a l'immense avantage d'être dispensé de fournir ses preuves : il peut, selon son humeur, déverser le ridicule sur ce qui lui plait, et cela sans appel, dans les pays du moins où, comme en France, sa tyrannie est acceptée pour une autorité légitime. Les seules choses qui échappent au ridicule sont les choses médiocres et \'nlgaires, en sorte que celui qui a la faiblesse de s'interdire tout ce qui peut y prêter, s'in'cidit par là même tout ce qui est élevé. Les siècles de réflexion sont exposés à voir les plus nobleir sentiments et les états les plus sublimes de l'âme contrefaits par de sots plagiaires, dont le ridicule retombe parfois sur les types qu'ils prétendent imiter. Il faut un certain courage pour résister à la réaction que ces fats provoquent chez les esprits

droits. C'est trop de condescendance que de ss résigner à la vulgarité bourgeoise, parce qu'en poursuivant un type élevé, on risque de ressembler aux grands hommes manques et aux aspirants malheureux du génie. On peut regretter le temps où le grand homme se formait sans y penser et sans se regarder lui-même; mais les déportements ridicules de quelques faibles têtes ne sauraient faire condamner la volonté réfléchie et délibérée de viser à quelque chose de grand et de beau. Les faux René et les faux Werther ne doivent pas faire condamner les Werther et les René sincères. Combien d'âmes timides et pudiques la crainte de leur ressembler a reculées du beau! Vive le penseur olympien qui, poursuivant en toute chose la vérité critique, n'a pas besoin de se faire rêveur pour échapper à la platitude de la \ie bourgeoise, ni de se faire bourgeois pour éviter le ridicule des rêveurs.

Tout est également risible, tout porte également sur une appréciation, et s'il y a quelque chose de sérieux, c'est le penseur critique, qui se pose dans Tobjecti^ité des choses : car les choses sont sérieuses. Qui n'a senti, en face d'une fleur qui s'épanouit, d'un ruisseau qui murmure, d'un oiseau qui veille sur sa couvée, d'un rocher au milieu de la mer, que cela est sincère et vrai? Qui n'a senti, à certains moments de calme, que les doutes qu'on élève sur la moralité humaine ne sont que façons de s'agacer soi-même, de chercher au delà de la raison ce qui est en deçà, et de se placer dans une fausse hypothèse, pour le plai-

sir de se torturer? Le scepticisme seul a le droit de rire, car il n'a pas à craindre les représailles. Par quoi le prendrait-on, puisqu'il rit le premier do toutes choses? Mais comment un croyant qui se moque d'un autre croyant ne voit-il pas qu'il s'expose, par ce qu'il croit, au même ridicule? Laissons donc à la négation et à la frivolité le triste p^i^dlège d'ôtre inattaquable, etglorifions-nous de prêter, par notre con\iction et notre sérieux, au rire des sceptiques.

L'extrême réflexion amène ainsi fatalement une sorte d'afTadissement et de scepticisme léger, qui serait la mort de l'humanité, si elle y trempait tout entière. De tous 1ns états intellectuels, c'est le plus dangereux et le plus incurable. Ceux qui en sont atteints n'ont qu'à mourir. Comment en sortiraient-ils, en effet, ces misérables qui doutent du sérieux, et qui, à chaque effort qu'ils feraient pour sortir de cette paralysie intellectuelle, seraient arrêtés par l'arrière.-pensée qu'eux aussi vont se mettre au nombre de ces badauds dont ils ont ri jadis? On ne guérit pas du raffinement. Mais l'humanité a des procédés de rajeunissement et d'oubli impossibles aux individus. Des générations jeunes et vives, et parfois des races nouvelles \'iennent sans cesse lid donner de la sève, et d'ailleurs ce mal, par sa nature même, ne saurait durer plus de quelques années comme mal social. Car, son essence étant de prendre les choses par des points de vue tout arbitraires, ceux qui viennent les seconds ne se croient pas obligés par les vues des premiers ; au contraire, tout ce qui est conventionnel provoque une

réaction en sens contraire : U est impossible qu'une jHode soit durable.

Les rieurs ne régneront jamais. Le jour n'est pas loin où tous ces prétendus délicats se trouveront si nuls devant l'immensité des événements, si incapables de produire, qu'ils tomberont comme une bourse vide. L'éternel seul a du prix; or ces frivoles ne s'attachent qu'aux floraisons successives, sachant bien qu'ils passeront comme elles. Semblables aux estomacs usés qui se dégoûtent vite et pour lesquels il faut tenter de nouvelles combinaisons culinaires, ils attachent tout leur intérêt àla succession des manières qui toutes les dix années se supplantent les unes les autres. Littérature d'épicuriens, bien faite pour plaire à une classe riche et sans idéal, mais qui ne sera jamais celle du peuple : car le peuple est franc, fort et vrai; littérature au petit pied, renonçant de gaieté de cœur à la grande manière de traiter la nature humaine, où tout consiste en un certain mirage de pensées et d'arrière-pensées : nulle assise, uu miroitement continuel. Il ne s'agit plus de vérité, mais de bon ton.

Nous rejetons également le scepticisme frivole et le dogmatisme scolastique : nous sommes dogmatiques critiques. Nous croyons à la vérité, bien que nous ne prétendions pas posséder la vérité absolue. Nous ne voulons pas enfermer à jamais l'humanité dans nos formules; mais nous sommes religieux, en ce sens que nous nous attachons fermement à la croyance du présent et que nous sommes prêts à souffrir pour elle en vue de l'avenir. L'enthousiasme et la critique sont

loin de s'exclure. Nous ne nous imposons pas à l'avenir, pas plus que nous n'acceptons sans contrôle l'héritage dupasse. Nous aspirons à cette haute impartiahté philosophique, qui ne s'attache exclusivement à aucun parti, non parce qu'elle leur est indifférente mais parce qu'elle voit dans chacun d'eux une part de vérité à côté d'une part d'erreur ; qui n'a pour personne ni exclusion, ni haine, parce qu'elle voit la nécessité de tous ces groupements divers et le droit qu'a chacun d'eux, en vertu de la vérité qu'il possède, de faire son apparition dans le monde. L'erreur n'est pas sympathique à l'homme; une erreur dangereuse est une contradiction comme une vérité dangereuse. Le raisonnement de Gamaliel est invincible. Si une doctrine est vraie, il ne faut pas la craindre; si elle est fausse, encore moins, car elle tombera d'elle-même. Ceux qui parlent de doctrines dangereuses devraient toujours ajouter dangereuses pour moi. Cabet n'a, j'en suis sûr, provoqué la colère de personne. L'erreur pure ne provoquerait dans la nature humaine, qui après tout est bien faite, que le dégoût ou le sentiment du ridicule.

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