XXXVI INTRODUCTION
mais il faut qu'il la peigne pour„amortir son^ exubérance Ijrigue. Il n'y a rien, d'ailleurs, qui ne contfênne la poésie et la beauté : seulement l'extraction est plus dure quand on s'attaque à la plate vie contemporaine. Mais qu'importe la peine de l'ouvrier? Il s'enfonce donc dans sa Bovary, mais au sortir de cette répugnante réalité bourgeoise il se fait une fête de se baîgnèF""dâns la belle lumière d'Afrique : Orient et antiquité tout à la fois, cette Afrique phénicienne de Salammbô. Cependant il a bien éteint son feu romantique : u va garder dans cette griserie de couleur et de forme la sévère méthode de la Bovary. Il continuera ainsi, toujours ramené du modèle moderne au modèle ancien ou exotique, du modèle ancien ou exotique au modèle moderne, faisant VÉducation après Salammbô, retournant à Saint Antoine après VÉducation, trouvant le Cœur simple entre Saint Julien et Eérodias, comme s'il accordait X son imagination mortifiée entre deux dures études de réalités grises la^ satisfaction d'un sujet éclatant, mais sans pou§sfiriâ,£Lonaplaisajice plus loin que le clioix diëTaTocalité. Car il n'écrit pas plus pour se satisfaire dans Salammbô que dans Bovary : il écrit toujours pour forcer une vérité esthétique à trouver, coûte que coûte, sa forme, la forme qui ne passe pas.
On peut sourire de certaines apparences : je suis plus tenté d'admirer ce mépris farouche de l'aise et du bonheur, cette foi en un beau absolu, comme il y en a qui croient à un bien absolu, cette haute conception, presque janséniste, qui dévoue la vie à un idéal, qui s'y achemine en saignant, qui aboutit enfin à mettre le bonheur dans la souffrance. -Flaubert a conçu la créatiqn artistique comme un effort moral, et chacune de ses~phrases est à lô" rigueur un sacrifice du plaisir au dev.air/
G. Lanson.