‹ Pages choisies des grands écrivainsChapitre 5 sur 54 · X INTRODUCTION · texte numérisé non relu

X INTRODUCTION

esprit, et y créa le couple Bouvard et Pécuchet, symbole de la bêtise bourgeoise : la vie et les pensées de ses deux bonsbommes furent le grand, le dur travail de ses dernières années : l'œuvre resta inachevée. Il s'en détacha pendant quelques semaines en 1875 et 1876 pour écrire Saint Julien V Hospitalier, Un cœur simple, Ilérodias : ce sont les Trois contes qui parurent en 1877. 11 avait en 1873 abordé le théâtre, avec une comédie, le Candidat, qui fut, écrit Fauteur, un « four » éclatant au Vaudeville.

En sa jeunesse, Flaubert avait eu le goût de voyager. En 1840, il vit les Pyrénées, la Provence, la Corse; en 1845, il suivit en Italie son père, et sa sœur nouvellement mariée, qui faisait son voyage de noces : il passa par Lyon, Gênes, Milan, Genève. En mai 1847, il partit pour la Bretagne, sac au dos avec Maxime Du Camp. En octobre 1849, le même Du Camp l'emmena en Egypte ; ils remontèrent le Nil jusqu'aux cataractes d'Assouan; ils revinrent par Jérusalem, la Syrie, Constantinople, la Grèce, Tltalie, et rentrèrent à Paris en mai 1851.

Tous ces voyages se placent dans la période des essais et des tâtonnements. Après son grand voyage, malgré ses nostalgies et ses rêves d'Orient, Flaubert se fait casanier : son œuvre d'artiste l'absorbe et le fixe. Ses déplacements sont des recherches, des vérifications, des études pour le roman en cours d'exécution : courses rapides, où l'écrivain ramasse en hâte des matériaux, et s'empresse de retourner à son cabinet de travail pour les utiliser. Pour Salammbô, il va en Tunisie; en rloux mois il est revenu (avril-juin 1858) : à la griserie près, dont il n'a pu se défendre, il est allé là-bas comme il ira à la Bibliothèque Nationale pour feuilleter un bouquin, ou k Fontainebleau pour recueillir le détail réel d'une description. Il ne pouvait plus quitter sa tâche. Et ce n'est pas une mince preuve de son amitié pour George Sand et pour Tourguéneff qu'il se soit décidé au printemps de 1873 à s'en aller jusqu'à Nohant chez l'une en compagnie de l'autre.

Il mourut le 8 mai 1880, à sa maison de Croisset.

Z.NTRODUCTION XI

'« Jo crois à la iiuo jilus (ju'à rt'tlucilidu, ('rrivait un jtuii- Flaubert : ou emporte, (juoi (ju'.iil dit Danton, la pairie à la semelle de ses souliers, et Ton jiorte au conir, sans le savoir, la poussière de ses aneèlres morts... /Je retrouve toutes mes origines dans le livre que je savais par cœur avant de savoir lire, Don Quichotte ; et il y a de plus par-dessus l'écume ai^ùlée des mers normandes, la maladie anj^'laise, le brouillard puant *. » Demi-Cliampenois, demi-Normand, il trouvait en lui le mélange et parfois le conllit des deux races : il y avait un Latin en lui, il y avait aussi un liomme du Nord.

Dans le physique et le tcmpérnmp.nt, rhommejlji Nord doniimiiL.

« Je suis un Barbare, écrivait-il; j'en ai l'apathie musculaire, les langueurs nerveuses, les yeux verls et la haute taille ; mais j'en ai aussi Télan, rentêlemcnt, l'irascibilité. Normands tant que nous sommes, nous avons quehpic peu de cidre dans les veines; c'est une boisson aigre et ïermenlée et qui quelquefois fait sauter la bonde '. »

Maxime Du Camp nous le montre à vingt et un ans, € avec sa peau blanche légèrement rosée sur les joues, ses longs cheveux lins et flottants, sa haute stature large des épaules, sa barbe abondante et d'un blond doré, ses yeux énormes, couleur vert de mer, abrités sous des sourcils noirs, avec sa voix retentissante comme un son de trompette, ses gestes excessifs, et son rire éclatant' »... Toute la beauté des races du Nord était en lui : elle en fit un objet de curiosité, d'étonnement pendant son voyage d'hgypte. Les Arabes l'appelaient Ahen- Schenepj « le Père aux moustaches ».

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