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Pages choisies des grands écrivains

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BALZAC d'après sa correspondance*

Honoré de Balzac est né à Tours le 20 mai 1799. Il est mort à Paris le 20 août 1850. Élevé au collège de Vendôme, puis dans deux pensions de Paris, un instant clerc de notaire, puis imprimeur, il a des dettes, il travaille à les payer et commence, en 1829, à publier les études qui composent la Comédie humaine. Il coupe ce labeur par quelques voyages, en France, en Suisse, en Sardaigne, en Allemagne et en Pologne. Après seize ans d'un attachement passionné, il épouse, en mars 1850, madame Hanska, née comtesse Rzewuska. Cinq mois après, une maladie de cœur l'emportait.

Celle vie sans événements extraordinaires intéresse par les sentiments et le caractère qu'elle met en jeu.

1. Correspondance, 1 vol. in-S», t. XXIV des Œuvres complètes, Oxi 2 vol. in-18. — Lettres à C Étrangère, Revue de Paris, i" et 15 février, ler mars et !«' décembre 1894; l»"" janvier, l«r février, !•' mars 1895.

H BALZAC d'après SA CORRESPONDANCE

Ea lisant les lettres où Balzac écrit au jour le jour tous les incidents de son existence, nous obtenons aisément en portrait de l'écrivain qui éclaire et explique l'œuvre : à mesure que nous feuilletons la Correspondance, tous les aspects du tempérament littéraire qui a créé la Comédie humaine se découvrent à nous.

La première lettre est du 19 avril 1819. Balzac vient de s'installer en garçon rue de Lesdiguières, n" 9. Il a laissé sa famille établie a Villeparisis, en Seine-et-Oise ; son père, toujours de bonne humeur, lent à s'émouvoir; sa mère, malade imaginaire, extrêmement nerveuse et vive, susceptible, pas facile à vivre ; sa sœur Laure, la bonne amie, la confidente, une sage et droite nature ; et puis une bonne-maman, qu'on entrevoit tendre pour son petit-fils. Honoré, pour tenir sa garçonnière, a pris un domestique. Cela ne veut pas dire qu'il soit riche ; DU aveu du 6 septembre 1819 nous donne à réfléchir sur la modicité de ses ressources :

« J'ai mangé deux melons, il faudra les payer à force ie noix et de pain sec. »

Il rêve la gloire, la fortune, le pouvoir. Il prend le chemin de la littérature, mais il compte bien que les succès d'écrivain lui ouvriront la carrière politique.

Il ne sait pas trop au juste ce qu'il fera ; il ne connaît pas ses facultés et il n'a pas de goût arrêté. Admirateur de Kenilworth, qui est « la plus belle chose du monde », il médite un roman dans le genre antique : et il commence une tragédie de Cromwell, quoiqu'il estime très difficile de « rendre un moderne intéressant v . Cepen-

BALZAC d'après SA CORRESPONDANCE III

dant, dès 18^0, il prend l'habilude de se promener au Père-Lacliaise ; il s'y meuble la mémoire de noms vrais, et il y fait « des études de douleurs », comme sa sœur faisait « des études d ecorché ».

M. Bourget, considérant la façon dont Balzac avait réglé sa vie pour suffire au labeur écrasant de la composition de la Comédie humaine et de la correction des épreuves, remarquait combien dans cette existence l'observation directe avait tenu peu de place. Ce grand peintre de la réalité s'enfermait chez lui, et inventait la vie sans la regarder. Mais il avait regardé dans ses années de jeunesse ; et c'est entre la vingtième et la trentième année que nous le voyons ramasser de toutes parts l'expérience que plus tard il saura coordonner, féconder, utiliser.

Sa sœur Laurc se marie en mai 1820 à l'ingénieur Surville; le jeune ménage va habiter Bayeux; aussitôt Baizauî demande à sa sœur des renseignements sur « l'habillement des indigènes, leur parler, leurs mœurs, leurs usages ». Tout pique sa curiosiié ;

« Je veux savoir pourquoi la rue où tu demeures s'appelle rue Teinture. »

Et sur les réponses de madame Surville son imaginalion de romancier s'excite. « Oh I le beau pays à exploiter que ce Bayeux tout plein de dévotes 1 » Il voit l'œuvre à faire : elle le tente.

Mais en attendant, il écrivait V Héritière de Dirague ou le Vicaire des Ardennes. Ne soyons pas trop sévères pour les œuvres de jeunesse. Souvenons-nous que Balzac

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les a nommées ucs inepties, au temps même où il les composait. Il ne voulait « que devenir libre à coup de romans ». — o Et quels romans! Ah! Laure, quelle chute de nos projets de gloire 1 »

Il ne s'agissait pas de gloire : il s'agissait de vivre. Les éditeurs commandaient des aventures extraordinaires; ils payaient huit cents francs ÏHéntière de Birague, et on leur en donnait pour leur argent, cachots et poisons, mystère et terreur. Mais à l'occasion, subrepticement, comme dans le Vicaire des Ardennes, le romancier satisfait à son instinct par quelque scène tout à fait réelle, par une conversation bien vulgaire de notables de village attendant un nouveau curé.

Le rêve de Balzac est alors bien bourgeois. « Le jour où mes romans vaudront deux mille francs, je prendrai épouse sage et fidèle, si faire se peut. » Pourtant il essayait de ne pas se laisser aplatir par la vie. U tentait l'industrie et le commerce ; il s'associait avec un imprimeur. Il entreprenait de publier les classiques en éditions illustrées, à bon marché. En 1827, il revendait à perte son imprimerie de la rue des Marais-Saint. Germain. Le seul résultat do sa tentative est de l'avoir fourni de documents sur les imprimeurs et libraires pour les romans à venir : c'est un coin du monde où. il ne reste pas d'inconnu pour lui.

3a situation est misérable :

0 Un port de lettre, un omnibus sont des dépenses que je ne puis me permettre ; et je m'abstiens de sortir pour ne pas user d'habits. »

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