‹ Pages choisies des grands écrivainsChapitre 23 sur 31 · IV. — DEUX I LORirUX DÉBRIS · texte numérisé non relu

IV. — DEUX I LORirUX DÉBRIS

[Le baron Hulot d'Ervy intendant général, directeur au ministère de la guerre, a été entraîné par de pressants besoins d'argent à commettre des malversations ; il a volé l'État dans les fournitures militaires en Algérie. Un scandale éclate pour une affaire de fourrages. La scène qu'on va lire est celle où le maréchal Cottin, prince de Wissembourg, ministre de la guerre, révèle à son vieux compagnon d'armes le maréchal Hulot, comte de Forzheim, l'infamie de son frère. Cette révélation tuera le maréchal : il ne verra pas la fm de l'année 1841.]

Obligé de prendre un appartement en harmonie avec la première dignité militaire, le maréchal Hulot s'était logé dans un magnifique hôtel, situé rue du Mont- Parnasse, où il se trouve deux ou trois maisons princières. Quoiqu'il eût loué tout Ihôtel, il n'en occupait que le rez-de-chaussée. Lorsque Lisbeth * vint tenir la maison, elle voulut aussitôt sous-louer le premier étage, qui, disait-elle, payerait toute la location, le

1. Lisbeth Fischer, une parente pauvre de la baronne Uulot née Fischer, manœuvrait pour se faire épouser par le maréchal.

comte serait alors logé pour presque rien ; mais le vieux soldai s'y refusa. Depuis quelques mois, le maréchal était travaillé par de tristes pensées. Il avait deviné la gêne de sa belle-sœur, il en soupçonnait les malheurs sans en pénétrer la cause. Ce vieillard d'une sérénité si joyeuse devenait taciturne ; il pensait qu'un jour sa maison serait l'asile de la baronne et de sa fille, il leur réservait ce premier étage. La médiocrité de fortune du comte de Forzheim était si connue, que le ministre de la guerre, le prince de Wissembourg, avait exigé de son vieux camarade qu'il acceptât une indemnité d'installation. Hulot employa cette indemnité à meubler le rez-de-chaussée, où tout était convenable, car il ne voulait pas, selon son expression, du bâton de maréchal pour le porter à pied. L'hôtel ayant appartenu sous l'empire à un sénateur, les salons du rez-de-chaussée avaient été établis avec une grande magnificence, tout blanc et or, sculptés, et se trouvaient bien conservés. Le maréchal y avait mis de beaux vieux meubles analogues. 11 gardait sous la remise une voiture, où sur les panneaux étaient peints les deux bâtons en sautoir, et il louait des chevaux quand il devait aller m fiocchi, soit au ministère, soit au château, dans une cérémonie ou à quelque fête. .\yant pour domestique, depuis trente ans, un ancien soldat âgé de soixante ans, dont la sœur était sa cuisinière, il pouvait économiser une dizaine de mille francs qu'il joignait k un petit trésor destine à Hortense. Tous leo jours le vieillard venait A pied de la rue du .Monl-Panvisse à lu rue Plumet p:.r le boulevard ; chaque invalide, en le voyant venir, ne man

quait jamais à se mettre en ligne, à le saluer, et le maréchal récompensait le vieux soldat par un sourire.

— Qu'est-ce que c'est que celui-là pour qui vous vous alignez? disait un jour un jeune ouvrier à un vieux capitaine des invalides. — Je vais te le dire, gamin, répondit l'officier. Le gamin se posa comme un homme qui se résigne à écouter un bavard. — En 1809, dit l'invalide, nous protégions le flanc de la Grande Armée, commandée par l'empereur, qui marchait sur Vienne. Nous arrivons à un pont défendu par une triple batterie de canons étages sur une manière de rocher, trois redoutes l'une sur l'autre, et qui enfilaient le pont. Nous étions sous les ordres du maréchal Masséna. Celui que tu vois était alors colonel des grenadiers de la garde, et je marchais avec. . . Nos colonnes occupaient un côté du fleuve, les redoutes étaient de l'autre. On a trois fois attaqué le pont, et trois fois on a boudé. — Qu'on aille chercher Hulot ! a dit le maréchal, il n'y a que lui et ses hommes qui puissent avaler ce morceau-là. Nous arrivons. Le dernier général qui se retirait de devant ce pont arrête Hulot sous le feu pour lui dire la manière de s'y prendre, et il embarrassait le chemin. Il ne me faut pas de conseils, mais la place pour passer, a dit le général en franchisssant le pont en tête de sa colonne. Et rrrran! une charge de trente canons sur nous. — Ah ! non d'un petit bonhomme ! s'écria l'ouvrier, ça a dû en faire de ces béquilles 1 — Si tu avais entendu dire paisiblement ce mot-là, comme moi, petit, tu le saluerais cet homme jusqu'à terre ! Ce n'est pas si connu que le pont d'Arcolc, c'est peut-être plus beau. Et nous sommes

arrivés avec Ilulot à la course dans les batteries. Honneur à ceux qui y sont restés 1 fit l'ofTicier en ôtant son chapeau. Les Kaiserliclis ont été étourdis du coup. Aussi l'empereur a-t-il nommé comte le vieux que tu vois ; il nous a honoré tous dans notre chef, et ceux-ci ont eu grandement raison de le faire maréchal. — Vive le maréchal I dit l'ouvrier. — Oh I tu peux crier, va, le maréchal est sourd à force d'avoir entendu le canon.

Celle anecdote peut donner la mesure du respect avec lequel les invalides traitaient le maréchal Hulot, à qui ses opinions républicaines invariables conciUaient les sympathies populaires dans tout le quartier.

L'affliction, enlrée dans cette âme si calme, si pure, si noble, était un spectacle désolant. La baronne ne pouvait que mentir et cacher à son beau-frère, avec l'adresse des femmes, toute l'affreuse vérité. Pendant cette désastreuse malinée, le maréchal, qui dormait peu, comme tous les vieillards, avait obtenu de Lisbcth des aveux sur la situation de son frère, en lui promettant de l'épouser pour prix de son indiscrétion. Chacun comprendra le plaisir qu'eut la vieille fille à se laisser arracher des confidences que, depuis son entrée au logis, elle voulait faire à son futur ; car elle consolidait ainsi son mariage.

— Votre frère est incurable 1 disait Lisbeth dans la bonne oreille du maréchal.

La voix forte et claire de la Lorraine lui permellail de causer avec le vieillard. Elle fatiguait ses poumons, tant elle tenait à démontrer à son futur qu'il ne serait jamais sourd avec elle.

— Si vous voulez m'écouter, cria Lisbeth, vous pro-

ie

fiterez de votre influence auprès du prince de Wissembourg pour obtenir à ma cousine une place honorable ; elle en aura besoin, car le traitement du baron est engagé pour trois ans,

— Je vais aller au ministère, répondit-il, voir le maréchal, savoir ce qu'il pense de mon frère, et lui demander son active protection pour ma sœur. Trouvez une place digne d'elle...

— Les dames de charité de Paris ont formé une association de bienfaisance d'accord avec l'archevêque ; elles ont besoin d'inspectrices honorablement rétribuées, employées à reconnaître les vrais besoins. De telles fonctions conviendraient à ma chère Adeline, elles seraient selon son cœur.

— Envoyez demander des chevaux I dit le maréchal, je vais m habiller. J'irai s'il le faut, à Neuilly 1

— Comme il l'aime ! Je la trouverai donc toujours et partout, dit la Lorraine.

Lisbeth trônait déjà dans la maison, mais loin des regards du maréchal. Elle avait imprimé la crainte aux trois serviteurs. Elle s'était donné une femme de chambre, et déployait son activité de vieille fille en se faisant rendre compte de tout, examinant tout, et cherchant, en toute chose, le bien-être de son cher maréchal. Aussi républicaine que son futur, Lisbeth lui plaisait beaucoup par ses côtés démocratiques, elle le flattait d'ailleurs avec une habileté prodigieuse ; et depuis deux semaines, le maréchal, qui vivait mieux, qui se trouvait soigné comme l'est un enfant par sa mère, avait fini par apercevoir en Lisbeth une partie de son rêve.

— Mon cher maréchal 1 criait-elle en l'accompagnant au perron, levez les glaces, ne vous mettez pas entre deux airs, faites cela pour moi !

Le maréchal, ce vieux garçon qui n'avait jamais été dorloté, partit en souriant à Lisbeth, quoiqu'il eût le cœur navré.

En ce moment même, le baron Hulot quittait les bureaux de la guerre et se rendait au cabinet du maréchal, prince de Wissembourg, qui l'avait fait demander. Quoiqu'il n'y eût rien d'extraordinaire à ce que le ministre mandât un de ses directeurs généraux, la conscience de Hulot était si malade, qu'il trouva je ne sais quoi de sinistre et de froid dans la figure de Milouflet,

— Mitouflet, comment va le prince? demanda-t-il en fermant son cabinet et rejoignant l'huissier qui s'en allait en avant.

— Il doit avoir une dent contre vous, monsieur le baron, répondit l'huissier, car sa voix, son regard, sa figure sont à l'orage...

Hulot devint blême et garda le silence ; il traversa l'antichambre, les salons et arriva, les pulsations du cœur troublées, à la porte du cabinet. Le maréchal, alors âiié de soixante-dix ans, les cheveux entièrement blancs, la figure tannée comme celle des vieillards de cet âge, se recommandait par un front d'une ampleur telle, que l'imagination y voyait un champ de bataille. Sous celte coupole grise, chargée de neige, brillaient, assombris par la saillie très prononcée des deux arcades sourcillières, des yeux d'un bleu napoléonien, ordinairement tristes, pleins de pensci's amèrcs et de regrets. Ce rival de Bernadotte avait espéré se reposer

sur un trône. Mais ses yeux devenaient de formidables éclairs lorsqu'un grand sentiment s'y peignait. La voix, presque toujours caverneuse, jetait alors des éclats stridents. En colère, le prince redevenait soldat, il parlait le langage du sous -lieu tenant Cottin; il ne ménageait plus rien. Hulot d'Ervy aperçut ce vieux lion, les cheveux ëpars comme une crinière, debout à la cheminée, les sourcils contractés, le dos appuyé au chambranle et les yeux distraits en apparence.

— Me voici à l'ordre, mon prince I dit Hulot gracieusement et d'un air dégagé.

Le maréchal regarda fixement le directeur sans mot dire pendant tout le temps qu'il mit à venir du seuil de la porte à quelques pas de lui. Ce regard de plomb fut comme le regard de Dieu, Hulot ne le supporta pas, il baissa les yeux d'un air confus. Il sait tout, pcnsa-t-il.

— Votre conscience ne vous dit-elle rien? demanda le maréchal de sa voix sourde et grave.

— Elle me dit, mon prince, que j'ai probablement tort de faire, sans vous en parler, des razzias en Algérie. A mon âge et avec mes goûts, après quarantecinq ans de services, je suis sans fortune. Vous connaissez les principes des quatre cents élus de la France. Ces messieurs envient toutes les positions, ils ont rogné le traitement des ministres, c'est tout dire!... allez donc leur demander de l'argent pour un vieux serviteur !.,. Qu'attendre de gens qui payent aussi mal qu'elle l'est la magistrature? qui donnent trente sous par jour aux ouvriers du port de Toulon, quand il y a impossibilité matérielle d'y vivre à moins de quarante sous pour une famille ? qui ne réfléchissent pas à l'atro-

cité des traitements d'employés à six cents, à mille et à douze cents francs dans Paris, et qui pour eux veulent nos places quand les appointements sont de quarante mille francs?... enfin, qui refusent à la couronne un bien de la couronne confisqué en 1830 à la couronne, et un acquêt fait des deniers de Louis XVI encore ! quand on le leur demandait pour un prince pauvre !... Si vous n'aviez pas de fortune, on vous laisserait très bien, mon prince, comme mon frère, avec votre traitement tout sec, sans se souvenir que vous avez sauvé la Grande Armée, avec moi, dans les plaines marécageuses de la Pologne.

— Vous avez volé l'État, vous vous êtes mis dans le cas d'aller en cour d'assises, dit le maréchal, comme ce caissier du trésor, et vous prenez cela, monsieur, avec cette légèreté?...

— Quelle différence, monseigneur! s'écria le baron Hulot. Ai-je plongé les mains dans une caisse qui m'était confiée !...

— Quand on commet de pareilles infamies, dit le maréchal, on est deux fois coupable. V^ousavez compromis ignoblement notre haute administration, qui jusqu'à présent est la plus pure de l'Kurope !... Et cela, monsieur, pour deux cent mille francs... dit le maréchal d'une voix terrible. Vous êtes conseiller d'Etat, et l'on punit de mort le simple soldat qui vend les effets du régiment. Voici ce (juc m'a dit un jour le colonel Poulin, du 2" lanciers : A Savernc, un de ses hommes aimait une petite Alsacienne qui désirait un chàle ; la drôlesse fit tant, que ce pauvre diable de lancier, qui devait être promu maréchal des logis chef, après vingt

ans de services, l'honneur du régiment, a vendu, pour donner ce châle, des effets de sa compagnie... Savezvous ce qu'il a fait, le lancier, baron d'Ervy? Il a mangé les vitres d'une fenêtre après les avoir pilées, et il est mort de maladie, en onze heures, à l'hôpital... Tâchez, vous, de mourir d'une apoplexie pour que nous puissions vous sauver l'honneur.

Le baron regarda le vieux guerrier d'un œil hagard, et le maréchal, voyant cette expression qui révélait un lâche, eut quelque rougeur aux joues, ses yeux s'allumèrent.

— M'abandonneriez- vous?... dit Hulot en balbutiant. En ce moment, le maréchal Hulot, ayant appris que

son frère et le ministre étaient seuls, se permit d'entrer; et il alla, comme les sourds, droit au prince.

— Oh 1 cria le héros de la campagne de Pologne, je sais ce que tu viens faire, mon vieux camarade 1... Mais tout est inutile...

— Inutile?... répéta le maréchal Hulot, qui n'enten dit que ce mot.

— Oui, tu viens me parler pour ton frère, mais sais-tu ce qu'est ton frère?...

— Mon frère?... demanda le sourd.

— Eh bien I cria le maréchal, c'est un j... f... indigne de loil...

Et la colère du maréchal lui fit jeter par les yeux ces regards fulgurants qui, semblables à ceux de Napoléon, brisaient les volontés et les cerveaux.

— Tu en as menti, Cottin ! répliqua le maréchal Hulot, devenu blême. Jette ton bâton comme je jette le mien I... je suis à tes ordres

Le prince alla droit à son vieux camarade, le regarda fixement, et lui dit dans l'oreille en lui serrant la main :

— Es-tu un homme?

— Tu le verras...

— Eh bien ! tiens-toi ferme I il s'agit de porter le plus grand malheur qui pût t'arriver.

Le prince se retourna, prit sur la table un dossier, le mit entre les mains du maréchal Hulot en lui criant :

— Lis !

[Le maréchal lit deux lettres accablantes pour son frère : aucun doute n'est plus possible.]

— Je vous demande pardon, dit avec une touchante fierté le maréchal Hulot au prince de Wissembourg.

— Allons, tutoie-moi toujours, Hulot ! répliqua le ministre en serrant la main de son vieil ami. — Le pauvre lancier n'a tué que lui, dit-il en foudroyant Hulot d'Ervy d'un regard.

— Combien avez-vous pris 1 dit sévèrement le comte de Forzheim à son frère.

— Deu.x cent mittc francs.

— Mon cher ami, dit le comte en s'ad ressaut au ministre, vous aurez les deux cent mille francs sous quarante-huit heures. On ne pourra jamais dire qu'un homme portant le nom de Hulot a fait tort d'un denier à la chose publique...

— Quel enfantillage! dit le marécbal. Je sais où sont les deux cent mille francs, et je vais les faire restituer. Donnez vos démissions et demandez votre retraite ! reprit-il en taisant voler une double feuille de papier telUùre jusqu'à l'endroit où s'était assis à la table le

conseiller d'État, dont les jambes flageolaient. Ce serait une honte pour nous tous, que ce procès ; aussi ai-je obtenu du conseil des ministres la liberté d'agir comme je le fais. Puisque vous acceptez la vie sans l'honneur, sans mon estime, une vie dégradée, vous aurez la retraite qui vous est due. Seulement, faites-vous bien oublier.

Le maréchal Hulot, qui était resté debout, immobile, pâle comme un cadavre, examinant son frère à la dérobée, alla prendre la main du prince et lui répéta :

— Dans quarante-huit heures, le tort matériel sera réparé ! mais l'honneur I Adieu, maréchal ! c'est le dernier coup qui tue... Oui, j'en mourrai, lui dit-il à l'oreille.

— Pourquoi diantre es-tu venu ce matin? répondit le prince ému.

— Je venais pour sa femme, répliqua le comte en montrant Hector; elle est sans pain 1 surtout maintenant.

— Il a sa retraite !

— Elle est engagée !

— Il faut avoir le diable au corps I dit le prince en haussant les épaules. Comment pouviez-vous, demandat-il à Hulot d'Ervy, vous qui connaissez la minutieuse exactitude avec laquelle l'administration française écrit tout, verbalise sur tout, consomme des rames de papier pour constater l'entrée et la sortie de quelques centimes, vous qui déploriez qu'il fallût des centaines de signatures pour des riens, pour libérer un soldat, pour acheter des étrilles, comment pouviez-vous donc espérer de cacher un vol pendant longtemps? Et les journaux 1 et les envieux 1 et les gens qui voudraient voler !...

— Promels-moi de t'occuper d'elle, Collin ?... demanda le comte de Forzheim, qui n'entendait rien et qui ne pensait qu'à sa belle-sœur.

— Sois tranquille ! dit le ministre.

— Eh bien! merci, et adieu! — Venez, monsieur, dit -il à son frère.

Le prince regarda d'un œil en apparence calme les deux frères, si différents d'attitude, de conformation et de caractère, le brave et le lâche, l'honnête et le concussionnaire, et il se dit : « Ce lâche ne saura pas mourir, et mon pauvre Hulot, si probe, a la mort dans son sac, lui ! » Il s'assit dans son fauteuil et reprit la lecture des dépèches d'Afrique par un mouvement qui peignait à la fois le sang-froid du capitaine et la pitié profonde que donne le spectacle des champs de bataille ! car il n'y a rien de plus humain en réalité que les militaires, si rudes en apparence, et à qui l'habitude de la guerre communique cet absolu glacial, si nécessaire sur les champs de lialaillc...

Le maréchal Hulot ramena son frère, qui se tint sur le devant de la voiture, en laissant respectueusement «on aîné dans le fond. Les deux frères n'échangèrent pas une parole, Hector était anéanti. Le maréchal resta concentré, comme un homme qui rassemble ses forces et qui les bande pour soutenir un poids écrasant. Rentré dans son hôtel, il amena, sans dire un mot et par des gestes impératifs, son frère dans son cabinet. Le comte avait reçu de l'empereur Napoléon une magnifique paire de pistolets de la manufacture de Versailles; il tira la boite, sur laquelle était gravée l'inscription: Donnée par l'empereur Napoléon au général Ilulot, du secrétaire où

il la mettait, et la montrant à son frère, il lui dit :

— Voilà ton médecin.

Lisbeth, qui regardait par la porte entre-bâillée, courut à la voiture, et donna l'ordre d'aller au grand trot rue Plumet. En vingt minutes à peu près, elle amena la baronne...

Sans s'occuper de son frère, le vieillard revint dans son cabinet, prit une clef cachetée dans un secrétaire, et ouvrit une cassette en malacliite plaquée sur acier, présent de l'empereur Alexandre... Les armes impériales de Russie étaient en or sur le couvercle de cette boîte garnie tout en or. Le maréchal possédait cent cinquantedeux mille francs ! Il laissa échapper un mouvement de satisfaction. En ce moment, madame Hulot entra...

(La Cousine Belle] ,

[Elle emmène son triste mari, qui n'avait au reste nulle envie de se tuer].

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