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V. — UN PARENT PAUVRE

Vers trois heures de l'après-midi, dans le mois d'octobre de l'année 1844, un homme âgé d'une soixantaine d'années, mais à qui tout le monde eût donné plus que cet âge, allait le long du boulevard des Italiens, le nez à la piste, les lèvres papelardes, comme un négociant qui vient de conclure une excellente affaire, ou comme un garçon content de lui-même au sortir d'un boudoir. C'est à Paris la plus grande expression connue de la satisfaction personnelle chez l'homme...

En conservant dans quelques détails de sa mise une fidélité quand même aux modes de l'an 1806, ce passant rappelait l'empire sans être par trop caricature. Pour les observateurs, cette finesse rend ces sortes d'évocations extrêmement précieuses. Mais cet ensemble de petites choses voulait l'attention analytique dont sont doués les connaisseurs en flânerie; et, pour exciter le rire à distance, le passant devait offrir une de ces énormités à crever les yeux, comme on dit, que les acteurs recherchent pour assurer le succès de leurs entrées. Ce vieillard, sec et maigre, portait un spencer couleur

noiselle sur un habit verdâtre à boutons de métal blanc I... Un homme en spencer, en 1841, c'est, voyezvous, comme si Napoléon eût daigné ressusciter pour deux heures.

Le spencer fut inventé, comme son nom l'indique, par un lord sans doute vain de sa jolie taille. Avant la paix d'Amiens, cet Anglais avait résolu le problème de couvrir le buste sans assommer le corps par le poids de cet affreux carrick qui finit aujourd'hui sur le dos des vieux cochers de fiacre; mais comme les fines tailles sont en minorité, la mode du spencer pour homme n'eut en France qu'un succès passager, quoique ce fût une invention anglaise. A la vue du spencer, les gens de quarante à cinquante ans revêtaient par la pensée ce monsieur de bottes à revers, d'une culotte de casimir vert-pislache à nœud de rubans, et se revoyaient dans le costume de leur jeunesse !...

Le chapeau mis en arrière découvrait presque tout le front avec cette espèce de crânerie par laquelle les administrateurs et les pékins essayèrent alors de répondre à celle des militaires. C'était d'ailleurs un horrible chapeau de soie à quatorze francs, aux bords intérieurs duquel de hautes et larges oreilles imprimaient des marques blanchâtres, vainement combattues par la brosse. Le tissu de soie mal appliqué, comme toujours, sur le carton delà forme, se phssait en quelques endroits, et semblait être attaqué de la lèpre, en dépit de la main qui le pansait tous les matins.

Sous ce chapeau, qui paraissait près de tomber, s'étendait une de ces figures falotes et drolatiques, comme les Giinois seuls en savent inventer pour leurs magots. Ce

vaste visage percé comme une écumoire, où les trous produisaient des ombres, et refouillé comme un masque romain, démentait toutes les lois de l'anatomie. Le regard n'y sentait point de charpente. Là où le dessin voulait des os, la chair offrait des méplats gélatineux, et là où les figures présentent ordinairement des creux, celle-là se contournait en bosses flasques. Celte face grotesque, écrasée en forme de potiron, attristée par des yeux gris surmontés de deux lignes rouges au lieu de sourcils, était commandée par un nez à la Don Quichotte, comme une plaine est dominée par un bloc erratique. Ce nez exprime, ainsi que Cervantes avait dû le remarquer, une disposition native à ce dévouement, aux grandes choses qui dégénère en duperie. Cette laideur, poussée tout au comique, n'excitait cependant point le rire. La mélancolie excessive qui débordait par les yeux pâles de ce pauvre homme atteignait le moqueur et lui glaçait la plaisanterie sur les lèvres. On pensait aussitôt que la nature avait interdit à ce bonhomme d'exprimé/ la tendresse, sous peine de faire rire une femme ou de l'affliger. Le Français se tait devant ce malheur, qui lui paraît le plus cruel de tous les malheurs : ne pouvoir plaire !

Cet homme si disgracié parla nature était mis comme le sont les pauvres de la bonne compagnie, à qui 2es riches essayent assez souvent de ressembler. Il portait des souliers caciiés par des guêtres faites sur le modèle de celles de la garde impériale, et qui lui permettaient sans doute de gaider les mêmes chaussclles pendant un certain temps. Son pantalon en drap noir présentait des reflets rougeàlres, et sur les plis des lignes blanches ou

luisantes qui, non moins que la façon, assignaient à trois ans de date l'acquisition. L'ampleur de ce vêtement déguisait assez mal une maigreur provenue plutôt de la constitution que d'un régime pythagoricien ; car le bonhomme, douée d'une bouche sensuelle à lèvres lippues, montrait en souriant des dents blanches dignes d'un requin. Le gilet à châle, également en drap noir, mais doublé d'un gilet blanc sous lequel brillait en troisième hgne le bord d'un tricot rouge, vous remettait en mémoire les cinq gilets de Garât. Une énorme cravate en raoussehne blanche, dont le nœud prétentieux avait été cherché par un Beau pour charmer les femmes charmantes de 1809, dépassait si bien le menton que la figure semblait s'y plonger conune dans un abîme. Un cordon de soie tressée, jouant les cheveux, traversait la chemise et protégeait la montre contre un vol improbable. L'habit verdàtre, d'une propreté remarquable, comptait quelque trois ans de plus que le pantalon ; mais le collet en velours noir et les boutons en métal blanc récemment renouvelés trahissaient les soins domestiques poussés jusqu'à la minutie.

Ce vieillard singulier tenait de sa main droite un objet évidemment précieux, sous les deux basques gauches de son double habit, pour le garantir des chocs imprévus...

[Cet objet était un bibelot que le bonhomme venait de conquérir. Sylvain Pons, musicien médiocre, avait le génie du collectionneur. Pendant quarante ans, avec une patience et un flair admirables, il avait formé une collection unique de chefs-d'œuvre, tableaux, porcelaines, tabatières, miniatures, etc. Il avait dépensé deux mille francs par an, et les

mille neuf cent sept numéros de son cabinet valaient vingt fois ce qu'ils lui avaient coûté. Mais pour son malheur, le pauvre musicien ne se contentait pas des émolions et des jouissances du collectionneur : il était gourmand.]

Son peu de fortune et sa passion pour le bric-à-brac lui commandaient un régime diététique tellement en horreur avec sa gueule fine, que le célibataire avait tout d'abord tranché la question en allant dîner tous les jours en ville. Or, sous l'empire, on eut bien plus que de nos jours un culte pour les gens célèbres, peut-être à cause de leur petit nombre et de leur peu de prétentions politiques. On devenait poète, écrivain, musicien à si peu de frais 1 Pons, regardé comme le rival probable des ISicolo, des Paër et des Bcrton, reçut alors tant d'invitations, qu'il fut obligé de les écrire sur un agenda, comme les avocats écrivent leurs causes. Se comportant d'ailleurs en artiste, il offrait des exemplaires de ses romances à tous ses amphitryons, il touchait le for lé chez eux, il leur apportait des loges à Feydeau, théâtre pour lequel il travaillait ; il y organisait des concerts : il jouait même quelquefois du violon chez ses parents en impro- ▼isant un petit bal...

Pendant cette période, qui dura six ans environ, de 1810 à 1816, Pons contracta la funeste habitude de bien dîner, de voir les personnes qui l'invitaient se mettant en frais, se procurant des primeurs, débouchant leurs meilleurs vins, soignant le dessert, le café, les liqueurs, et le traitant de leur mieux, comme on traitait sous l'empire, où beaucoup de maisons imitaient les splendeurs des rois, des reines, des princes dont regorgeait Paris...

Lorsqua, d'invité perpétuel, Pons arriva par sa décadence comme artiste, à l'état de pique-assiette, il lui fut impossible de passer de ces tables si bien servies au brouet lacédémonien d'un restaurant à quarante sous. Hélas I il lui prit des frissons en pensant que son indépendance tenait à de si grands sacrifices, et il se sentit capable des plus grandes lâchetés pour continuer à bien vivre, à savourer toutes les primeurs à leur date, enfin à gobichonner (mot populaire, mais expressif) de bons petits plats soignés. Oiseau picoreur, s'enfuyant le gosier plein, et gazouillant un air pour tout remercîment, Pons éprouvait d'ailleurs un certain plaisir à bien vivre aux dépens de la société qui lui demandait, quoi? de la monnaie de singe. Habitué, comme tous les célibataires, qui ont le chez soi en horreur et qui vivent chez les autres, à ces formules, à ces grimaces sociales par lesquehes on remplace les sentiments dans le monac, il se servait des compliments comme ae menue monnaie ; et, à l'égard des personnes, il se contentait des étiquettes, sans plonger une main curieuse dans les sacs.

Cette phase assez supportable dura dix années ; mais quelles années 1 Ce fut un automne pluvieux. Pendant tout ce temps. Pousse maintint gratuitement à table, en se rendant nécessaire dans toutes les maisons où il allait. 11 entra dans une voie fatale en s'acquitta nt d'une multitude de commissions, en remplaçant les portiers et les domestiques dans mainte et mainte occasion. Préposé de bien des achats, il devint l'espion honnête et innocent détaché d'une famille dans une autre; mais on ne lui sut aucun gré de tant de courses et de tant de

lâchetés. « Pons est un garçon, disait-on, il ne sait que faire de son temps, il est trop heureux de trotter pour nous... Que deviendrait-il? »

Bientôt se déclara la froideur que le vieillard répand autour de lui. Cette bise se communique, elle produit son effet dans la température morale, surtout lorsque le vieillard est laid et pauvre. IN'est-ce pas être trois fois vieillard ? Ce fut l'hiver de la vie, l'hiver au nez rouge, aux joues hâves, avec toutes sortes d'onglées.

De 1836 à 1843, Pons se vit invité rarement. Loin de rechercher le parasite, chaque famille l'acceptait comme on accepte un impôt ; on ne lui tenait plus compte de rien, pas môme de ses services réels. Les familles où le bonhomme accomplissait ses évolutions, toutes sans respect pour les arts, en adoration devant les résultats, ne prisaient que ce qu'elles avaient conquis depuis 1830: des fortunes ou des positions sociales éminentos. Or, Pons n'ayant pas assez de hauteur dans l'esprit ni dans les manières pour imprimer la crainte que l'esprit oii le génie cause au bourgeois, avait naturellement fini par devenir moins que rien, sans être néanmoins tout à fait méprisé. Quoiqu'il éprouvât dans ce monde de vives souffrances, comme tous les gens timides, il les taisait. Puis, il s'était habitué par degrés à comprimer ses sentiments, à se faire de son cœur un sanctuaire où il se retirait. Ce phénomène, beaucoup de gens superficiels le traduisent par le mot égoïsme. La ressemblance est assez grande entre le solitaire et l'égoïste pour que les médisants paraissent avoir raison contre l'homme de cœur, surtout à Paris, où personne dans le

monde n'observe, où tout est rapide comme le flot, où tout passe comme un ministère !

Le cousin Pons succomba donc sous un acte d'accusation d'égoïsme porté en arrière contre lui, car le monde finit toujours par condamner ceux qu'il accuse. Sait-on combien une défaveur imméritée accable les gens timides? Qui peindra jamais les malheurs de la Timidité ! Cette situation, qui s'aggravait de jour en jour davantage, explique la tristesse empreinte sur le visage de ce pauvre musicien, qui vivait de capitulations infâmes. Mais les lâchetés que toute passion exige sont autant de liens ; plus la passion en demande, plus elle vous attache ; elle fait de tous les sacrifices comme un idéal trésor négatif où l'homme voit d'immenses richesses. Après avoir reçu le regard insolemment protecteur d'un bourgeois riche de bêtise, Pons dégustait comme une vengeance le verre de vin de Porto, la caille au gratin qu'il avait commencé de savourer, se disant à lui-môme : « Ce n'est pas trop payé ! »

[En octobre IS-i't-, Pons ne dînait plus que chez des parents plus ou moins éloignés : une dizaine de maisons en tout.]

De ces dix maisons, celle où l'artiste devait être le mieux accueilli, la maison du président Camusot était l'objet de ses plus grands soins. Mais, hélas! la présidente, fille du feu sieur Thirion, huissier du cabinet des rois Louis XVIII et Charles X, n'avait jamais bien traité le petit-cousin de son mari. A tâcher d'adoucir cette terrible parente, Pons avait perdu son temps, car après avoir donné gratuitement des leçons à mademoiselle

Camusot, il lai avait été impossible de faire une musicienne de cette fille un peu rousse. Or, Pons, la main sur l'objet précieux, se dirigeait en ce moment chez son cousin le président, où il croyait en entrant, être aux Tuileries, tant les solennelles draperies vertes, les tentures couleur carmélite et les tapis en moquette, les meubles graves de cet appartement où respirait la plus sévère magistrature, agissaient sur son moral...

Le président de Marville demeurait rue de Hanovre, dans une maison achetée depuis dix ans par la présidente, après la mort de son père et de sa mère, les sieurs et dame Thirion, qui lui laissèrent environ cent cinquante mille francs d'économies. Celte maison, d'un aspect assez sombre sur la rue où la façade est à l'exposition du nord, jouit de l'exposition du midi sur la cour, ensuite de laquelle se trouve un assez beau jardin. Le magistrat occupe tout le premier étage qui, sous Louis XV, avait logé l'un des plus puissants financiers de ce temps. Le second étant loué à une riche et vieille dame, cette demeure présente un aspect tranquille et honorable qui sied à la magistrature...

Arrivé rue Choiseul et sur le point de tourner la rue de Hanovre, Pons éprouva cette inexplicable émotion qui tourmente les consciences pures, qui leur inflige les supplices ressentis par les plus grands scélérats àl'aspect d'un gendarme, et causé uniquement par la question de savoir comment le recevrait la présidente. Ce grain de sable, qui lui déchirait les fibres du cœur, ne s'était jamais arrondi ; les angles en devenaient de plus en plus aigus et les gens de cette maison en ravivaient inces-

samment les arêtes. En effet, le peu de cas que les Camusot faisaient de leur cousin Pons, sa démonétisation au sein de la famille, agissait sur les domestiques, qui, sans manquer d'égards envers lui, le considéraient comme une variété du Pauvre.

L'ennemi capital de Pons était une certaine Madeleine Vivet, vieille fille sèche et mince, la femme de chambre de madame C. de Marville et de sa fille... Madeleine s'écriait très bien : « Ah ! voilà le pique-assiette ! » en entendant le bonhomme dans l'escalier, et en tâchant d'être entendue par lui. Si elle servait à table, en l'absence du valet de chambre, elle versait peu de vin et beaucoup d'eau dans le verre de sa victime, en lui donnant la tâche difficile de conduire à sa bouche, sans en rien verser, un verre près de déborder. Elle oubliait de servir le bonhomme, se le faisait dire par la présidente (de quel ton?... :ousin en rougissait), ou elle lui renversait de la sauce sur s habits. C'était enfin la guerre de l'inférieur qui se s? impuni contre un supérieur malheureux...

— Madame, voilà votre monsieur Pons, et en spencer encore! vint dire Madeleine à la présidente. Il devrait bien me dire par quel procédé il le conserve depuis vingt-cinq ans 1

En entendant un pas d'homme dans le petit salon qui se trouvait entre son grand salon et sa chambre à coucher, madame Camusot regarda sa fille et haussa les épaules.

— Vous me prévenez toujours avec lantd'inlelligence, Madeleine, que je n'ai plus le temps de prendre un parti, dit la présidente.

— Madame, Jean est sorti, j'étais seule, monsieur Pons a sonné, je lui ai ouvert la porte, et comme il est presque de la maison, je ne pouvais pas l'empêcher de me suivre; il est là qui se débarrasse de son spencer.

— Ma pauvre Minette, dit la présidente à sa fille, nous sommes prises ; nous devons maintenant dîner

— Voyons, reprit-elle en voyant à sa chère ]\Iinette une figure piteuse, faut-il nous débarrasser de lui pour toujours?

— Oh ! pauvre homme ! répondit mademoiselle Camusot, le priver d'un de ses dîners !

Le petit salon retentit de la fausse tousserie d'un homme qui voulait dire ainsi : Je vous entends.

— Eh bien, qu'il entre 1 dit madame Camu-ot à Madeleine en faisant un geste d'épaules.

— Vous êtes venu de si bonne heure, mon cousin, dit Cécile Camusot en prenant un petit air câlin, que vous nous avez surprises au moment où ma mère allait s'habiller

L.C cousin Pons, à qui le mouvement d'épaules de la présidente n'avait pas échappé, fut si cruellement atteint, qu'il ne trouva pas un compliment à dire, et il se contenta de ce mot profond :

— Vous êtes toujours charmante, ma petite cousine! Puis, se tournant vers la mère et la saluant :

— Chère cousine, reprit-il, vous ne sauriez m'en vouloir de venir un peu plus tôt que de coulume; je vous apporte ce que vous m'avez fait lo plaisir de me demander...

Et le pauvre Pons, qui sciait eu deux le président, la présidente et Cécile chaque fois qu'il les appelait cousin ou cousine, tira de la poche de côté de son habit une ravissante petite boîte oblongue en bois de Sainte-Lucie, divinement sculptée.

— Ah ! je l'avais oublié 1 dit sèchement la présidente.

Cette exclamation n'élait-elle pas atroce ? n'ôtait-elle pas tout mérite au soin du parent dont le seul tort était d'être un parent pauvre ?

— Mais, reprit-elle, vous êtes bien bon, mon cousin. Vous dois-je beaucoup d'argent pour cette petite bêtise?

Cette demande causa comme un tressaillement intérieur au cousin ; il avait la prétention de solder tous ses dîners par l'offrande de ce bijou.

— J'ai cru que vous me permettiez de vous l'offrir, dit-il d'une voix émue.

— Comment ! comment I reprit la présidente ; mais, entre nous, pas de cérémonies, nous nous connaissons assez pour laver notre linge ensemble. Je sais que vous n'êtes pas assez riche pour faire la guerre à vos dépens. N'est-ce pas déjà beaucoup que vous ayez pris la peine de perdre votre temps à courir chez les marchands?...

— Vous ne voudriez pas de cet éventail, ma chère cousine, si vous deviez en donner la valeur, répliqua le pauvre homme, offensé, car c'est un chef-d'œuvre de Watteau, qui l'a peint des deux côtés ; mais soyez tranquille, ma cousine, je n'ai pas payé la centième partie du prix d'art.

Dire à un riche : « Vous êtes pauvre 1 a c'est dire à l'archevêque de Grenade que ses homélies ne valent

rien. Madame la présidente était beaucoup trop orgueilleuse de la position de son mari, de la possession de la terre de Mar ville et de ses invitations aux bals de la cour pour ne pas être atteinte au vif par une semblable observation, surtout partant d'un misérable musicien vis-à-vis de qui elle se posait en bienfaitrice.

— Ils sont donc bien bêtes les gens à qui vous achetez ces choses-là?... dit vivement la présidente.

— On ne connaît pas k Paris de marchands bêtes, répliqua Pons presque sèchement.

— C'est alors vous qui avez beaucoup d'esprit, dit Cécile pour calmer le débat.

— Ma petite cousine, j'ai l'esprit de connaître Lancret, Pater, Watteau, Greuze ; mais j'avais surtout le désir de plaire à votre chère maman.

Ignorante et vaniteuse, madame de Marville ne voulait pas avoir l'air de recevoir la moindre chose de son pique-assiette, et son ignorance la servait admirablement, elle ne connaissait pas le nom de Watteau. Si quelque chose peut exprimer jusqu'où va l'amourpropre des collectionneurs, qui, certes, est un des plus vifs, car il rivalise avec l'amour-proprc d'auteur, c'est l'audace que Pons venait d'avoir en tenant tête à sa cousine pour la première fois depuis vingt ans. Stupéfait de sa hardiesse, Pons reprit une contenance pacifique en détaillant à Cécile les beautés de la fine sculpture des branches de ce merveilleux éventail...

— Où donc avez- vous trouvé cela? demanda Cécile, en examinant le bijou.

— Rue de Lappe, chez un brocanteur qui venait de le rapporter d'un chàtoau qu'on a dépecé près do

Dreux, Aulnay, un château que madame de Pompadour habitait quelquefois, avant de bâtir Ménars ; on en a sauvé les plus splendides boiseries que l'on connaisse ; elles sont si belles que Liénard, notre célèbre sculpteur en bois, en a gardé, comme nec plus ultra de l'art, deux cadres ovales pour modèles... Il y avait là des trésors. Mon brocanteur a trouvé cet éventail dans un bnnhcur-du-jour en marqueterie que j'aurais acheté, si je faisais collection de ces œuvres-là; mais c'est inabordable! un mxeuble de Reisencr vaut de trois à quatre mille francs... Vous comprenez que je me suis mis en chasse, dès que votre chère maman m'a fait l'honneur de me demander un éventail, reprit Pons. J'ai vu tous les marchés de Paris, sans y rien trouver de beau ; car, pour la chère présidente, je voulais un chef-d'œuvre, et je pensais à lui donner l'éventail de Marie-Antoinette, le plus beau de tous les éventails célèbres. Mais hier, je fus ébloui par ce divin chef-d'œuvre, que Louis XV a bien certainement commandé. Pourquoi suis-je allé chercher un éventail rue de Lappe ? chez un Auvergnat 1 qui vend des cuivres, des ferrailles, des meubles dorés? Moi, je crois à l'intelligence des objets d'art, ils connaissent les amateurs, ils les appe^ ent, ils leur font : Chit! chit!...

La présidente haussa les épaules en regardant sa fille, sans que Pons pût voir cette mimique rapide.

— Je les connais tous, ces rapiats-là ! « Qu'avez-vous de nouveau, papa Monistrol? Avez- vous des dessus de porte? )) ai-je demandé à ce marchand, qui me permet de jeter les yeux sur ses acquisitions avant les grands marchands. A cette question, Monistrol me

raconte comment Liénard, qui sculptait dans la chapelle de Dreux de fort belles choses pour la liste civile, avait sauvé à la vente d'Auluay les boiseries sculptées des mains des marchands de Paris, occupés de porcelaines et de meubles incrustés. « Je n'ai pas eu grand'chose, me dit-il, mais je pourrai gagner mon voyage avec cela. » Et il me montra le bonheur-dujour, une merveille! c'est des dessins de Boucher, exécutes en marqueterie avec art... C'est à se mettre à genoux devant ! « Tenez, monsieur, me dit-il, je viens de trouver dans un petit tiroir fermé, dont la clef manquait, et que j'ai forcé, cet éventail ! vous devriez bien me dire à qui je peux le vendre... » Et il me tire cette petite boîte en bois de Sainte-Lucie sculpté. « Voyez ! c'est de ce Pompadour qui ressemble au gothique fleuri. — Oh ! lui ai-je répondu, la boîte est jolie, elle pourrait m'aller, la boîte ! car, l'éventail, mon vieux Monislrol, je n'ai point de madame Pons à qui donner ce vieux bijou ; d'ailleurs, on en fait de neufs, bien jolis. On peint aujourd'hui ces vélins-là d'une manière miraculeuse et assez bon marché. Savez-vous qu'il y a deux mille peintres à Paris! » Et jo dépliais négligemment l'éventail, contenant mon admiration, regardant froidement ces deux petits tableaux, d'un laisser-aller, d'une exécution à ravir. Je tenais l'éventail de madame de Pompadour ! ^Valtoau s'est exterminé à composer cela! « Combien voulez- vous du meuble? — Oh 1 mille francs, on me les donne déjà ! » Je lui dis un prix de l'éventail, qui correspondait aux frais présumés de son voyage. Nous nous regardons alors dans le blanc des yeux, et je vois que je tiens mon homme. Aussitôt

je remets l'éventail dans sa boîte, afin que l'Auvergnat ne se mette pas à l'examiner, et je m'extasie sur le travail de cette, boîte qui, certes, est un vrai bijou. « Si je l'achète, dis-je à Monistrol, c'est à cause de cela, voyez-vous, il n'y a que la boîte qui me tente. Quant à ce bonheur-du-jour, vous en aurez plus de mille francs, voyez donc comme ces cuivres sont ciselés! c'est des modèles... On peut exploiter cela... ça n'a pas été reproduit, on faisait tout unique pour madame de Pompadour... » Et mon homme, allumé pour son bonheur-du-jour, oublie l'éventail ; il me le laisse à rien pour prix de la révélation que je lui fais de la beauté de ce meuble de Riesener. Et voilà ! mais il faut bien de la pratique pour conclure de pareils marchés I C'est des combats d'œil à œil, et quel œil que celui d'un juif ou d'un Auvergnat 1

L'admirable pantomime, la verve du vieil artiste qui faisaient de lui, racontant le triomphe de sa finesse sur l'ignorance du brocanteur, un modèle digne du pinceau hollandais, tout fut perdu pour la présidente et pour sa fille qui se dirent, en échangeant des regards froids et dédaigneux : « Quel original!... »

— Ça vous amuse donc ? demanda la présidente. Pons, glacé par celte question, éprouva l'envie de

battre la présidente.

— Mais, ma chère cousine, reprit-il. c'est la chasse aux chefs-d'œuvre I Et on se trouve face à face avec des adversaires qui défendent le gibier! c'est ruse contre ruse! Un chef-d'œuvre doublé d'un Normand, d'un juif ou d'un Auvergnat ; mais c'est comme dans les contes de fées, une princesse gardée par des enchanteurs!

— Et comment savez-vous que c'est de Wat... comment dites- vous ?

— Watteau 1 ma cousine, un des plus grands peintres français du xvui® siècle 1 Tenez, ne voyez-vous pas la signature? dit-il en montrant une des bergeries qui représentait une ronde dansée par de fausses paysannes et par des bergers grands seigneurs. C'est d'un entrain ! Quelle verve ! quel coloris I Et c'est fait 1 tout d'un trait ! comme un paraplie de maître d'écriture ; on ne sent plus le travail 1 Et de l'autre côté, tenez I un bai dans un salon I C'est l'hiver et l'été I Quels ornements I et comme c'est conservé I Vous voyez, la virole est en or, et elle est terminée de chaque côté par un tout petit rubis que j'ai décrassé 1

— S'il eu est ainsi, je ne pourrais pas, mon cousin, accepter de vous un objet d'un si grand prix. Il vaut mieux vous en faire des rentes, dit la présidente, qui ne demandait cependant pas mieux que de garder ce magnifique éventail.

— Il est temps que ce qui a servi au Vice soit aux mains de la Vertu I dit le bonhomme en retrouvant de l'assurance. Il aura fallu cent ans pour opérer ce miracle. Soyez sûre qu'à la cour aucune princesse n'aura rien de comparable à ce chef-d'œuvre ; car il est malheureusement dans la nature humaine de faire plus pour une Pompadour que pour une vertueuse reine I

— Eh bien, je l'accepte 1 dit en riant la présidente. Cécile, mon petit ange, va donc voir avec iMadeleine à ce que le dîner soit digne de noire cousin...

La présidente voulait balancer le compte. Cette

recommandation faite à haute voix, contrairement aux rr^glcs du bon goût, ressemblait si bien à l'appoint d'un payement, que Pons rougit comme une jeune fille prise en faute. Ce gravier un peu trop gros lui roula pendant quelque temps dans le cœur. Cécile, jeune personne très rousse, dont le maintien, en lâché de pédantisme, affectait la gravité judiciaire du président et se sentait de la sécheresse de sa mère, disparut en laissant le pauvre Pons aux prises avec la terrible présidente.

— Elle est bien gentille, ma petite Lili, dit la présidente en employant toujours l'abréviation enfantine donnée jadis au nom de Cécile.

— Charmante ! répondit le vieux musicien en tournant ses pouces.

— Je ne comprends rien au temps où nous vivons, répondit la présidente. A quoi cela sert-il donc d'avoir pour père un président à la Cour royale de Paris, et conmiandeur de la Légion d'honneur, pour grand-père un député millionnaire, un futur pair de France, le plus riche des marchands de soieries en gros ?

Le dévouement du président à la dj-nastie nouvelle lui avait valu récemment le cordon de commandeur, faveur attribuée par quelques jaloux à l'amitié qui l'unissait à Popinot. Ce ministre, malgré sa modestie, s'était, comme on le voit, laissé faire comte.

— A cause de mon fils, dit-il à ses nombreux amis.

— On ne veut que de l'argent aujourd'hui, répondit le cousin Pons, on n'a d'égards que pour les riches, et...

— Que serait-ce donc, s'écria la présidente, si le ciel m'avait laissé mon pauvre petit Charles?...

— Oh ! avec deux enfants, vous seriez pauvre ! reprit le cousin. C'est l'effet du partage égal des biens ; mais soyez tranquille, ma belle cousine, Cécile unira par bien se marier. Je ne vois nulle part de jeune fille si accomplie.

Voilà jusqu'où Pons avait ravalé son esprit chez ses amphitryons ; il y répétait leurs idées, et il les leur commentait platement, à la manière des chœurs antiques. Il n'osait pas se livrer à l'originalité qui dislingue les artistes et qui dans sa jeunesse abondait en traits fins chez lui, mais que l'habitude de s'effacer avait alors presque abolie, et qu'on rembarrait comme tout à l'heure quand elle reparaissait.

— Mais je me suis mariée avec vingt mille francs de dot, seulement...

— En 1819, ma cousine? dit Pons interrompant. Et c'était vous, une femme de tête, une jeune fille protégée par le roi Louis XVIII !

— Mais enfin ma fille est un ange de perfection, d'esprit ; elle est pleine de cœur, elle a cent mille francs en mariage, sans compter les plus belles espérances, et elle nous resle sur les bras...

Madame de Marville parla de sa fille et d'elle-même pendant vingt minutes, en se livrant aux doléances particulières aux mères qui sont en puissance de filles à marier. Depuis vingt ans qu • le vieux musicien dînait chez son unique cousin Camusot, le pauvre homme attendait encore un mot sur ses affaires, sur sa vie, sur sa santé. Pons était d'ailleurs partout une espèce d'égout aux confidences domestiques, il offrait les plus grandes garanties dans sa discrétion connue et néces-

saire, car un seul mot hasardé lui aurait fait fermer la porte de dix maisons ; son rôle d'écouteur était donc doublé d'une approbation constante ; il souriait à tout, il n'accusait, il ne défendait personne ; pour lui, tout le monde avait raison. Aussi ne comptait-il plus comme un homme, c'était un estomac ! Dans cette longue tirade, la présidente avoua, non sans quelques précautions, à son cousin, qu'elle était disposée à prendre pour sa fille presque aveuglément les partis qui se présenteraient. Elle alla jusqu'à regarder comme une bonne affaire un homme de quarante-huit ans, pourvu qu'il eût vingt mille francs de rente.

— Cécile est dans sa vingt-troisième année, et si le malheur voulait qu'elle atteignît à vingt-cinq ou vingt-six ans, il serait excessivement difficile de la marier. Le monde se demande alors pourquoi une jeune personne est restée si longtemps sur pied. On cause déjà beaucoup trop dans notre société de cette situation. Nous avons épuisé les raisons vulgaires : « Elle est bien jeune ! — Elle aime trop ses parents pour les quitter. — Elle est heureuse à la maison. — Elle est difficile, elle veut un beau nom 1 » Nous devenons ridicules, je le sens bien. D'ailleurs, Cécile est lasse d'attendre, elle souffre, pauvre petite...

— Et de quoi ? demanda sottement Pons.

— Mais, reprit la mère d'un ton de duègne, elle est humiliée de voir toutes ses amies mariées avant elle.

— Ma cousine, qu'y a-t-il donc de changé depuis la dernière fois que j'ai eu le plaisir de dîner ici, pour que vous songiez à des gens de quarante-huit ans? dit humblement le pauvre musicien.

— Il y a, répliqua la présidente, que nous devions avoir une entrevue chez un conseiller à la cour, dont le fils a trente ans, dont la fortune est considérable, et pour qui M. de Marville aurait obtenu, moyennant finance, une place de référendaire à la Cour des comptes. Le jeune homme y est déjà surnuméraire. Et l'on vient de nous dire que ce jeune homme avait fait la folie de partir pour l'Italie. C'est un refus déguisé. On ne veut pas nous donner un jeune homme dont la mère est morte, et qui jouit déjà de trente mille francs de rente, en attendant la fortune du père. Aussi, devez-vous nous pardonner notre mauvaise humeur, cher cousin : vous êtes arrivé en pleine crise.

Au moment où Pons cherchait une de ces complimenteuses réponses qui lui venaient toujours trop tard chez les amphitryons dont il avait peur, Madeleine entra, remit un petit billet à la présidente et attendit une réponse. Voici ce que contenait le billet :

a Si nous supposions, ma chère maman, que ce petit mot nous est envoyé du Palais par mon père qui te dirait d'aller dîner avec moi chez son ami pour renouer ratfaire de mon mariage, le cousin s'en irait, et nous pourrions donner suite à nos projets chez les Popinot. »

— Qui donc Monsieur m'a-t-il dépêché ? demanda vivement la présidente.

— Un gar(;on de salle du Palais, répondit effrontément la sèche Madeleine.

Par cette réponse, la vieille soubrette indiquait à sa maîtresse qu'elle avait ourdi ce complot, de concert avec sa fille impatientée.

— Dites que ma fille et moi, nous y serons à cinq heures et demie.

Madeleine une fois sortie, la présidente regarda le cousin Pons avec celte fausse aménité qui fait sur une âme délicate l'elTet que du vinaigre et du lait mélangés produisent sur la langue d'un friand.

— Mon cher cousin, le dîner est ordonné, vous le mangerez sans nous, car mon mari m'écrit de l'audience pour me prévenir que le projet de mariage se reprend avec le conseiller, et nous allons y dîner. . . Vous concevez que nous sommes sans aucune gêne ensemble. Agissez ici comme si vous étiez chez vous. Vous voyez la franchise dont j'use envers vous pour qui je n'ai pas de secret... Vous ne voudriez pas faire manquer le mariage de ce petit ange ?

— Moi, ma cousine, qui voudrais au contraire lui trouver un mari ; mais dans le cercle où je vis...

— Oui, ce nest pas probable, reprit insolemment la président. Ainsi, vous restez ? Cécile vous tiendra compagnie pendant que je m'habillerai.

— Oh ! ma cousine, je puis dîner ailleurs, dit le bonhomme .

Quoique cruellement affecté de la manière dont s'y prenait la présidente pour lui reprocher son indigence, il était encore plus effrayé par la perspective de se trouver seul avec les domestiques.

— Mais pourquoi?... le dîner est prêt, les domestiques le mangeraient.

En entendant cette horrible phrase, l*ons se redressa comme si la décharge de quelque pile galvanique l'eût atteint, salua froidement sa cousine et alla reprendre

son spencer. La porte de la chambre à coucher de Cécile qui donnait dans le petit salon était entre-bâillée, en sorte qu'en regardant devant lui dans une glace, Pons aperçut la jeune fille prise d'un fou rire, parlant à sa mère par des coups de tête et des mines qui révélèrent quelque lâche mystification au vieil artiste. Pons descendit lentement l'escalier en retenant ses larmes : il se voyait chassé de cette maison sans savoir pourquoi.

— Je suis trop vieux maintenant, se disait-il, le monde a horreur de la vieillesse et de la pauvreté, deux laides choses. Je ne veux plus aller nulle part sans invitation. Mot héroïque !...

La porte de la cuisine située au rez-de-chaussée, en face de la loge du concierge, restait souvent ouverte, comme dans les maisons occupées par les propriétaires, et dont la porte cochère est toujours fermée ; le bonhomme put donc entendre les rires de la cuisinière et du valet de chambre, à qui Madeleine racontait le tour joué à l'ons, car elle ne supposa point que le bonhomme évacuerait la place si promptement. Le valet de chambre approuvait hautement cette plaisanterie envers un habitué de la maison qui, disait-il, ne donnait jamais qu'un petit écu aux étrenncs I

— Oui, mais s'il prend la mouche et qu'il ne revienne pas, fit observer la cuisinière, ce sera toujours trois francs de perdus pour nous autres au jour de l'an...

— Eh 1 comment le saurait-il ? dit le valet de chambre en réponse à la cuisinière.

— Bah! reprit Madeleine, un peu jilus tôt un peu plus tard, qu'est-ce que cela nous fait ? Il ennuie tellement

les maîtres dans les maisons où il dîne, qu'on le chassera de partout.

En ce moment le vieux musicien cria: « Le cordon, s'il vous plaît I » à la portière. Ce cri douloureux fut accueilli par un profond silence de la cuisine.

— Il écoutait, dit le valet de chambre.

— Eh bien, tant pire, ou plutôt tant mieux, répliqua Madeleine ; c'est un rat fini.

Le pauvre homme, qui n'avait rien perdu des propos Jenus à la cuisine, entendit encore ce dernier mot. Il revint chez lui par les boulevards dans l'état où serait une vieille femme après une lutte acharnée avec des assassins. Il marchait, en se parlant à lui-même, avec une vitesse convulsive, car l'honneur saignant le poussait comme une paille emportée par un vent furieux. Enfin, il se trouva sur le boulevard du Temple à cinq heures, sans savoir comment il y était venu ; mais, chose extraordinaire, il ne se sentit pas le moindre appétit.

iLe Cousin Pons.)

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