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pas moins clairement la pensée de l'esclavage : les uns nés ainsi, résignés; ceux-là, sombres el inuels, rêvant toujours la ULerlë. Quelques-uns paraissent s'adressera vous, vouloir arrêter le passant, ne demander qu'un bon maîlre. Que de fois nous vîmes un chardonnerel inlelhgenl, un aimable rouge-gorge, nous regarder Iristement: mais d'nn regard non équivoque qui disait : " Achèlemoil n
Un dimanche de cet été, nous y (Imes une visite que nous n'oublierons jamais.
Ce jour, la reine du marché était une fauvette k tète noire, oiseau artiste de grand prix, mis à part dans l'étalage, au-dessus des autres cages, et comme un bijou sans pair. Elle voletait, svelte et charmante; en elle tout était grâce. Formée h. la captivité dans une longue éducation, elle semblait ne regretter rien, el ne pouvait donnera l'Ame que des impressions douces, heureuses. C'était visiblement un être tout suave, et si barmoniqiie de chant et de mouvement, qu'en la voyant se mouvoir je croyais l'entendre chauler.
Plus bas, et dans nne misérable cage fort petite, peuplée pêle-mêle d'une demi-douzaine d'oiseaux de tailles fort différentes, on me montra un prisonnier que je n'aurais pas dislingné,un jeune rossignol pris le matin même. L'oiseleur, par un habile machiavélisme, avait mis le captif dans un monde de petits esclaves fort gais et déjà tout faits à la réclusion. C'étaient de jeunes troglodytes, nés en cage et récemment; il avait fort bien calculé que la vue des jeux du l'enfance innocente trompe parfois les grandes douleurs.
Grande évidemment, immense était celle-ci, plus frappante qu'aucune de celles que nous exprimons par les Urmes. Douleur muette, enfermée en soi, qui ne voulait
I que léilébres. 11 élail au plus loin reculé Jans l'ombre, l au fond de la cage, caché à demi nu fond d'une pelite mangeoire, se faisant gros et gonflé de ses plumes un peu hérissées, fermant les yeux, sans les ouvrir même quand il était heurlé dans les jeux folâtres, indiscrets, de ces petits turbulents qui se poussaient souvent sur lui. Visiblement, il ne voulait ni voir, ni entendre, ni man-
!ger, ni se consoler. '.Ces téuÈbrcs volontaires, ji tais bien, étaient, dans sa cruelle douleur, un e/forf pour ne pas être, un suicide intentionnel^D'esprit il emhi sait la mort, et mourait, autant qu'il pouvait, par la pension des sens et de toute activité extérieure.
Notez que, dans celte attitude, il n'y avait rien de haineux, rien d'amer, rien de colérique, rien de ce qui eût rappelé son voisin, l'àpre pinson, dans son attitude d'effort si violente et si tourmentée. Même l'indiscrétion des oiseaux enfants qui, sans souci ni respect, se jetaient sur lui, ne tirait de lui aucune marque d'impatience. 7 disait visiblement :« Qu'importe à celui qui n'est plus? Quoique ses yeux fussent fermés, je n'en lisais pal moins en lui. Je sentais une âme d'artiste, toute douceurs
L et toute lumière, sans fiel et sans dureté contre la barbft''
iTie du monde et la férocité du sort.
I Comment ne pas l'appeler artiste? il en a le tempéra*'
F ment au degré suprême où l'homme l'a lui-môme rarement. Tout ce qui y tient, (jualilés, défauts, en lui surabonde. Il est sauvage et crainlif, défiant, mais pas in tout rusé. Il ne consulte point sa sûreté et ne voyage que seul. Il est ardemment jaloux, en émulation égalau pinson. ( Il se crèverait à chanter, » dit un de ses historiens, il s'écoute, il s'établit surtout oii il y a écho, pour entendre et répondre. Nerveux à l'excès, on le voit, en captivité, tautâl dormir longtemps le jour avec des rêves agités,
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parfois se débattre, veiller et se démêler. Il est sujet aux attaques de nerfs, à Tépilepsie.
Il est bon, il est féroce. Je m'explique. Son cœur est tendre pour les faibles et les petits: donnez-lui des orphelins, il s'en charge, les prend à cœur; mâle et vieux, il les nourrit, les soigne attentivement comme ferait une femelle. D'aulre part il est extrêmement âpre à la proie, engloutissant et avide ; la flamme qui brûle en lui et le tient presque toujours maigre lui fait constamment sentir le besoin du renouvellement : et c'est aussi une des raisons qui font qu'on le prend si aisément. Il suffit de tendre au matin, en avril et mai surtout, quand il s'épuise à chanter dans toute la longueur des nuits. A l'aurore, exténué, faible, avide, il se jette à l'aveugle sur l'appât. Il est d'ailleurs fort curieux; et, pour voir des objets nouveaux, il vient également se faire prendre.
Une fois pris, si l'on n'avait soin de lier ses ailes, ou plutôt de couvrir à l'intérieur et de matelasser le haut de sa cage, il se tuerait par sa violence effarée et ses mouvements.
Cette violence est extérieure. Au fond, il est doux et docile : c'est là ce qui le met si haut et le fait vraiment artiste. Il est non seulement le plus inspiré, mais le plus éducable, le plus civilisable, le plus laborieux.
C'est un spectacle de voir les petits autour du père, écouter attentivement, profiter, se former la voix, corriger peu à peu leurs fautes, leur rudesse de novices, assouplir leurs jeunes organes.
Mais combien plus curieux est-il de le voir se former lui-même, se juger, se perfectionner, s'écouter sur de nouveaux thèmes! Cette persévérance, ce sérieux, qui vient du respect de son art et d'une religion intérieure, c'est la moralité de l'artiste, son sacre divin, qui le met
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à part, ne permettant pas de le confondre avec le vain improvisateur, dont le babil sans conscience est un simple écho de la nature.
Ainsi Tamour et la lumière sont sans doute son point de départ ; mais Tart même, Tamour du beau, confusément entrevus et très vivement sentis, sont un second aliment qui soutient son cœur et lui donn« un souffle nouveau. Et cela est sans limites, un jour ouvert sur rinfmi.
La vraie grandeur de l'artiste, c'est de dépasser son objet,et de faire plus qu'il ne veut, et tout autre chose, de passer par-dessus le but, de traverser le possible, et de voir encore au delà.
De là de grandes tristesses, une source intarissable de mélancolie; de là le ridicule sublime de pleurer les malheurs qu'il n'a jamais eus. Les autres oiseaux s'en étonnent et lui demandent parfois ce qu'il a, ce qu'il regrette. Heureux, libre en sa forêt, il ne leur répond pas moins par ce que, dans son silence, chantait mon captif: —
Lascia chHo pianga ^ I
l. Laissez-moi me plaindre.