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LE DIALOGUE DES MORTS

A la suite de visites fréquentes au cimetière, Michelot avait conçu ridée d*un livre qui se serait appelé Dialogue det morts. Ce

J. MlCHEr.ET.

vembre. — Jour des morts. — Porlé des fleuri sur lu lumbc de mon ami. 'Il y avait dans ce bouquet, dominaient les couleurs Tunëbres, une élé{;ie lout entière.

En rentrant, je jetle sur le papier le titre d'un beau livre : Dialogues des morts. Ce lieu m'est devenu si tam\lier qu'il me semble être déjà des leurs. Les étrangers pourraient me prendre pour leur guide. Je sais li demeure de tous les morts illuslres. Depuis que je viens ici, pour ainsi dire journellement, à combien d'inhumations n'ai-je pas assisté? Combien de sépultures me sont devenues chères! Je puis dire que j'ai fait amitié la mort. En retour, elle m'a livré les mystères delà tombe. Il a suffi de l'interroger d'un cœur compatissant. Je pourrais donc, réellement, faire ce livre, non comme témoin et narrateur, mais, nouveau Lazare', en ressuscité du tombeau. Je suis tant de fois mort par la douleur!

Donc, comme mon pauvre Poinsot, on m'aurait enterré en février, et je serais dans la période intermédiaire où rame, ayant de la peine à quitter ce erre autour de sa sépulture. Point de pierre tombe, rien que la terre, ce qui faciliterait les i nicalions avec les morts de mon voisinage.

La première fois que je serais tiré de mon sommeil mon premier soin serait de chercher à reconnaître mon nouveau gile, non sans eiïroi. Obligé d'y rester pendant le jour, chaque soir à l'heure où le cimetière est redevenu désert, oii les vivants s'endorment, moi, je m'échapperais de mon funèbre domicile, pour revenir sur la

né- I

Icrre respirer un peu plus à l'aise et regarder autour de

moi. Cette première fois, je n'entendrais que des bruits

légers, aucune parole. L'aube viendrait me surprendre,

je me coucherais comme tout bon mort doit faire, -— mais

non sans mélancolie, — dans ma noire et gênante prison.

Les nuits suivantes, pluie ou brouillard : rien que la

solitude, un grand silence. Mais une nuit, doucement

étoilée, où je suis assis tristement sur la balustrade de

mon tombeau, une voix me parle, mais si basse, si

douce, rien qu'un souffle qu'une ombre seule peut ouir:

c Ami, tu n'es pas seul ! » Ce serait là le point de départ.

Bientôt viendraient le printemps et le réveil dans l'amour

de ceux que la mort a séparés en pleine jeunesse, en

pleine vie. Rien de plus poétique que la description de

ce moment idéal où le cimetière est englouti sous les

fleurs. On les verrait, ces âmes éprises, monter deux à

deux et fuir dans l'espace, non pas comme nous les peint

Dante ^, emportées dans la tourmente, mais heureuses.

Ici, point d'enfer, rien que le paradis. N'est-il pas dans

le cœur de ceux qui aiment ?...

Après les ardentes amours de l'été viendraient les mélancolies de l'automne, la chute des feuilles et les pensées de séparation. Tout cela ennobli par les grandes assemblées des morts dans l'attente dujugcmenL

Que de choses à dire ici sur les pressentiments de la vie future! Mon cœur autant que mon esprit y fournirait. Je sens Dieu une mère pour toutes ces âmes qui vont à lui, comme les petits enfants, en tendant les bras... Ce livre plein d'émotion ferait aimer la mort.

i. Dans le poème de l'Enfer Dante 1 morts d'amour volant deux à deux déptint les âmes de ceux qui sont | en tourbillons.

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