MORT D'HENRI V ET DE CHARLES VI
Henri V, après avoir conquis le nord de la France, profita de l'assassinat de Jean sans Peur pour faire alliance avec son fils le duc de Bourgogne. Ils s'entendirent avec Isabeau de Bavière, femme de Charles VI, et par le traité de Troyes, le fils d'Henri V fut reconnu héritier de la couronne de France. Henri V et Charles VI moururent tous deux peu de temps après (1422).
Henri V avait trouvé au /ond de sa victoire la détresse et la misère.
Les Anglais s'étaient figuré, en faisant la guerre, que la France pouvait la payer. Ils trouvèrent le pays déjà
l.Chroniqueurfrançais, néàValen- 1 S. Poète français de la fin du X\* ciennes en 1337, mort vers 1410. I siècle.
désolé. Depuis quinze ans, les misères avaient crû, les ruines étaient ruinées. Ils tirèrent si peu des pays conquis, que, pour n'y pas périr eux-mêmes, il fallait qu'ils apportassent leurs vivres.
Henri V n'espérait plus. Rouen lui avait coûté une année, Melun une année, Meaux une année*. Pendant cet interminable siège de Meaux, lorsqu'il voyait sa belle armée fondra' autour de lui, on vint lui apprendre que la reine avait mis au monde un fils au château de Windsor*; il n'en montra aucune joie, et, comparant sa destinée à celle de cet enfant, il dit avec une tristesse prophétique : c Henri de Monmouth aura régné peu 3 et conquis beaucoup; Henri de Windsor régnera longtemps et il perdra tout. La volonté de Dieu soit faite*! ^
Henri V était jeune encore; mais il avait beaucoup travaillé en ce monde, le temps était venu du repos. Il n'en avait pas eu depuis sa naissance. Il fut pris, après sa campagne d'hiver, d'une vive irritation d'entrailles, mal fort commun alors, et qu'on appelait le feu de Saint- Antoine. La dyssenterie le saisit. Cependant le duc de Bourgogne lui ayant demandé secours pour une bataille qu'il allait livrer, il craignit que le jeune prince français ne vainquit encore une fois tout seul, et il répondit : <: Je n'enverrai pas, j'irai. » Il était déjà très faible et se faisait porter en liKèrc; mais il ne put aller plus loin que Melun : il fallut le rapporter à Vincennes^ Instruit par les médecins de sa fin prochaine, il recommanda son fils à ses frères, et leur dit deux sages paroles : premièrement, de ménager le duc de Bourgogne; deuxièmement,