‹ Pages choisies des grands écrivainsChapitre 166 sur 258 · nci quB 1» oilrICD · texte numérisé non relu

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mer les saints, mais de les multiplier, d'ouvrir les bras de l'Égliseà saint Socrate*, aux Antonins',etàvousaussi, saint Virgile !

c Saint Virgile, priez pour moi ! » Moi-même j'avais ce mot au cœur, bien avant de savoir qu'un autre a parlé ainsi au xvi® siècle ^* Et qui plus que moi a droit de le dire, moi, élevé sur vos genoux, qui n'eus si longtemps nul autre aliment que l'antiquité adoucie par vous ; moi qui vécus de votre lait avant de boire dans Homère le vin, le sang et la vie ? Mes heures de mélancolie, jeune, je les passai près de vous; vieux, quand les pensées tristes viennent, d'eux-mêmes, ces rhythmes aimés chantent encore à mon oreille; la voix de la douce sibylle suffit pour éloigner de moi le noir essaim des mauvais songes.

Venez, dans la nuit noire encore; montons, l'hiver, de grand matin, la rue Saint-Jacques. Voyez-vous toutes ces lumières? Des hommes, des vieillards même, mêlés aux enfants, vont portant sous le bras l'in-folio, de l'autre le chandelier de fer. Vont-ils tourner à droite? Non, la vieille Sorbonne* est endormie encore; elle se tient chaude entre ses draps. La foule va aux écoles grecques. Athènes est à Paris. Cet homme à grande barbe, dans sa majestueuse hermine, c'est le descendant des empereurs, Jean Lascaris^. L'autre docteur, c'est Aléandre, qui enseigne l'hébreu. Vatable^ est à ses pieds, qui écrit et déjà imprime. Étrange renversement des choses ! Cette ville, qui vers 1300 ravit aux Juifs leurs manuscrits pour les

1. Philosophe grée du v* siècle «T. J.-Cm célèbre par ses idées élevées sur la morale et par sa fermeté d'âme.

2. Les empereurs romains du ii« siècle, Antonin et Marc-Âurèle, célèbres par leurs vertus.

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