‹ Pages choisies des grands écrivainsChapitre 171 sur 258 · L-FTAUE DU C0BBË6E · texte numérisé non relu

L-FTAUE DU C0BBË6E

Hichelel décrit l'aspect du pays lombard qiiE n Fourni les paysages «s tableaux du Corrige, le plus gracieux des peintres ilalieni.

La Lombardie n'élail plus an xvi" siècle ce qu'elle

I hivi^r «t qui dde^lenl « [irinlmpi. 3. Chltou au iMLii itD U Uii«.

I UtiwuiFHucoial».

avait été. Elle avait cruellement souffert, inriniment perdu'. Mais, comme il arrive dans ces grands naufrages, les lieux élus où l'on concentre les débris semblent d'autant plus riches.

Les villas lombardes élaieul ravissanles par le mélange d'art et de nature, de ménage champêtre, qu'aiment les Italiens. Nos châteaux, encore militaires, dans leur morgue féodale, semblaient dédaigner, éloigner la campagne el le travail des champs, la terre des serfs ; noblement ennuyeux, ils oiïraient pour tout promenoir k la châtelaine captive une terrasse maussade, sans eau ni ombre, où jaunissaient quelques herbes mélancoliques. Todt au contraire, les villas italiennes, bien supérieures par l'art, et vrais musées, n'en admettaient pas moins familièrement les jardinages, s'étendant librement tout autour en parcs, en cultures variées. Les compagnons de Charles YIIl, qui les virent les premiers, en ont fait des tableaux émus.

Gardées au vestibule par un peuple muet d'albàlre ou de porphyre, entourées de portiques « à mignons lenesirages », ces charmantes demeures recelaient au dedans non seulement un luxe éblouissant d'étofTes, de belles soies, de cristaux de Venise à cent couleurs, mais d'exquises recherches de jouissances d'agrément, d'utilité, où tout était prévu : caves variées, cuisines savantes et pharmacies, lits profonds de duvet, et jusqu'à des tapis de Flandre, où, garanti du marbre, pût, au lever, se poser un petit pied nu.

Des terrasses aériennes, des jardins suspendus, les vues les plus variées. Tout près, l'idylle du ménage des champs.

I l.I'iiuliiilliM (uurrai iliu fi'nuviiii uldai ËtpaHuuU.

. MICQELET.

F Aux jaillissanles eaux des fontaines de marbre,

f cerf, avec la vache, venant le soir sans défiance, de

^^^ grands troupeaux au loin en liberté, la fenaison ou 11 ^^^L vendanges, une vie virgilieniie de doux travaux. ^^^B cela eucadré du sérieux lointain des Apennins de marb] ^^H^ ou des Alpes aux neiges élernelles. r L'hiver n'ôte rien à ces paysages. L'abandon même et

I les ruines y ajoutent un charme nouveau. Dans lesjar-

^^^ dins où cesse la cullure, dans les grandes vignes laissées ^^^L en liberté, les plantes vigoureuses semblent se plaire â ^^^1 l'absence de l'hamme. Elles sont maîtresses du logis, ^^H s'emparent des colonnades, se prennent aux marbres ^^^B mutilés et caressent les slatues veuves. Tout cela très ^^^B sauvage et très doux, d'un soai^e ausfero^ dont on so délie ^^^B })eu, mais trop puissant sur l'àme, l'endormant, la bcr- ^^^H cant de vains rêves. M

^^^M C'est le moment d'une grande révélation pour l'ilalfl ^^^f Aux pures madones ilorcnlinos^ que déjà Raphaël animjQ P l'étincelle pourtant manque encore. Mais voici une race

nouvelle, avivée de souffrance, qui grandit dans les larmes. Un trait nouveau éclate, délicat et charmant, le sourire maladif de la douleur timide qui sourit pour ne pas pleurer. Qui saisira ce trait? Celui qui l'eut luiniËme et qui en meurt. Le paysan lombard du village de Correggio*, l'artiste famélique qui ne peut nourrir sa famille : il saisit ce qu'il voit, cette Italie nouvelle, toute jeune, mais souiïrante et nerveuse. C'est la petite sainte Catherine du Mariage mystique'^ (voyez au Louvn

l.L'Apennii

panire petite personne qui ne vivra pas, ou restera petite. Pins que maladive est celle-ci ; elle n'est pas bien saine ; on le voit aux attaches irrégulières des bras, qu'il a strictement copiées. Et, avec tout cela, il y a là une grâce douloureuse, un perçant aiguillon du cœur qui entre à fond, fait tressaillir de pitié, de tendresse, d'un contagieux frémissement.

Telle était l'Italie à ce moment, amoindrie et pâlie. Et Corrège n'eut qu'à copier. 11 puise à la source nouvelle, à ce sourire étrange entre la souffrance et la grâce (Pmd'hon* l'a eu seul après lui). Heureusement pour l'Italien, si la race changeait le ciel était le même. Sans cesse il reprenait son harmonie troublée et s'envolait dans la lumière.

KARaUERITE DE VALOIS (PORTRAIT)

Marguerite, sœur de François I**, a joué un rôle dans la Renaissance et dans la Réforme française. £lle protégea plusieurs écrivains et s'intéressa à la fois aux lettres et aux questions religieuses.

Mauvais poète, charmant prosateur, c'était un esprit délicat, rapide et subtil, ailé, qui volait à tout, se posait sur tout, n'enfonçant jamais, ne tenant à la terre que du bout du pied. Il faut pourtant excepter le galimatias mystique du temps, où, sur les pas de Briçonnet*, son pesant guide spirituel, il lui arriva souvent d'alourdir ses ailes légères.

Elle n'eut au cœur que deux passions, qui lui créèrent

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