Poisson armé d'une sorte de bec en dent de scie
ait pu se touriier, lui coupe la queue el l'emporte. Ce caïman, presque toujours ainsi mutilé, périrait, ai sa cuirasse n'empêchait son ennemi de le disséquer. Ce terrible anatomiste, d'un éclair de son scalpel , ampute au passage, au vol les oiseaux qui rasent les flots. Nombre d'oiseanxaqualiquesqu'on prend sont ainsi mutilés. Qu'est-ce donc des quadrupèdes? Les plus puissanis sont dévorés. Un hoiTible combat se passe sans cesse dans ces eaus profondes, eaux vivantes et combles de vie, mais combles de mort aussi, où se réalise à la lettre un rapide et fiirieux suicide de la nature, se dévorant pour se refaire.
Les insectes sont au niveau en furie et en beauté. L'exaltation de la vie, manifestée chez les taons, les moustiques, par la soif du sang, se révèle en d'autres espèces par de ravissantes couleurs, des bizarreries de dessin, des singularités de formes, qui étonnent ou qui effrayent. Le charan<,;ou impérial, fier dans sa verte cuirasse pointillée de pondre d'or, semble iivoîr traversé les mines de cette terre des métaux, el s'être enrichi an passage. Les buprestes ', d'un vert plus jaune, semblent des pierreries toutes montées qui vont el qui marchent. L'arlequin de la Guyane, faucheur gigantesque, armé d'antennes démesurées et de prodigieuses jambes, pour courir par les obstacles innombrables d'herbes hautes, l'arlequin est marqueté sur Ibnd jaune de virgules noireSj d'inexplicables hiéroglyphes', être doublement étrange, doublement énigmatique. Il rappelle singulièrement la combinaison des tissus indiens, où, pour
Iropriiuo*
i Ëerïtu
enadmm
accorder des couleurs qui n'iraient pas toujours enseinbl l'artiste fait des ligues brisées, ondulées, qui en ai cisscnt, en achèvent l'harmonie.
Les papillons, doux insectes qui aiment la société, couvrant les rives de leurs irihus ailées, transforment toute la prairie en ravissants tapis de Deurs. Le papillon par excellence, le glorieux papillon du Urésil, d'un bleu riche à reflets changeants, plane n]ollemenl,aux heures brûlantes, sur les eaux que couvre le dùme impérial des forêts en fleurs. Êlre pacifique et splendide, qui semble le roi innocent de cette puissante nature. D'autres le suivent, non moins beaux, et toujours d'autres encore. La magnifique légion suit, de son azur floltanl, le courantdes eaux.
Une charmante femme allemande, mademoiselle I Hérian', transplantée sous ces zones de feu, nous a conté I naïvement l'effroi qu'elle eut de leurs merveilles. Fille, I petit-fille d'excellents el laborieux graveuj-s, elle-même ' artiste et très lettrée, elle nous a donné en lalin, en hollandais et en français, un admirable ouvrage pittoresque sur les insectes de Surinam*.
Elle passa à la Guyane et y peignit plusieurs années. Consciencieuse comme elle était, elle cherchait et faisait poser ses redoutables modèles, dont pourtant elle :l peur. Une fois que les Indiens sauvages lui avaient apporté unpauierd'insectes, elle s'endortaprèsle travail. Mais un rêve étrange lui trouble son chaste sommeil. Il , lui semble entendre une lyre, une amoureuse mélodie, ' PuiscetlG mélodie s'enflamme, ce n'est plus un chant, i c'est un incendie. Toute la chambre est pleine de feu...
Elle s'éveille, et tout était vrai. Le panier était la lyre, le panier était le volcan. Elle vit bien vite heureusement que ce volcan ne brûlait pas. Les captifs étaient des fulgores, et leur chant était celui des noces.
Dans ces contrées, on voyage beaucoup la nuit pour échapper à la chaleur. Mais on n'oserait s'engager dans les ténèbres peuplées des profondes forêts, si les insectes lumineux ne rassuraient le voyageur. Il les voit briller au loin, danser, voltiger. Il les voit de près, posés sur les buissons à sa portée. Il les prend pour l'accompagner, les fixe sur sa chaussure pour lui montrer son chemin et pour faire fuir les serpents. Mais, quand l'aube se fait voir, reconnaissant et soigneux, il les pose sur un buisson, les rend à leur œuvre amoureuse. C'est un doux proverbe indien : « Emporte la mouche de feu; mais remets-la où tu l'as prise. »
Les termites, qui vivent en société comme les fourmis, construisent dans les pays des tropiques des fourmilières gigantesques. Après avoir décrit les termites, Michelet parle de leurs ravages.
M. de Préfontaine* raconte que, voyageant en Guyane, il vit des nègres faire le siège de certains édifices bizarres qu'il appelle fourmilières. Ils n'osaient les attaquer que de loin et avec des armes à feu, ayant eu de plus la précaution de creuser lin petit canal dont l'eau arrêtât l'armée assiégée et noyât les bataillons qui voudraient faire des sorties.
Ces édifices ne sont point des habitations de fourmis,