‹ Pages choisies des grands écrivainsChapitre 18 sur 258 · Dans les collections d'insectes · texte numérisé non relu

Dans les collections d'insectes

comme pour indiquer les heures. Elles sont Thorloge du désert. Autres de jour, autres de nuit, parfaitement distinctes aussi en ces trois moments, du matin, du midi et du soir. Elles inquiètent, en ce qu'elles reproduisent nos voix et nos bruits; elles semblent ironiques et moqueuses. Tel crie, tel siffle et tel soupire. Celui-ci sonne la cloche, celui-là frappe du marteau, et un autre fait entendre les sons de la cornemuse. L'immensité des campos* retentit de lagrandevoix du cariama*. Et celle du vainqueur des serpents, du courageux kamichi ^, âpre et forte, sur les marécages, fait tressaillir le sauvage, qui a cru ouïr passer les Esprits.

Le soir, au chant de la cigale, au coassement des grenouilles, au cri des chouettes, aux lamentations des vampires*, s'unit le hurlement des singes. Mais un sifflement arraché comme d'une poitrine déchirée les fait taire, répand la terreur. Il indique la présence du rôdeur aux griffes aiguës, du rapide jaguar.

Du reste, rien ne rassure ici. Ces eaux vertes, si paisibles, d'où s'entendent par moments quelques soupirs étouffés, si vous y mettiez le pied, vous verriez avec terreur que ce sont des eaux solides. Des caïmans, de leurs dos verdâtres, comme des mousses ou herbes aquatiques, en font la superficie. Qu'un être vivant paraisse, tout lève la tête, tout grouille; on voit dans toute sa terreur se dresser l'étrange assemblée. Est-ce tout?... Ces monstres eux-mêmes qui régnent à la surface, ils ont en dessous des tyrans. Le piranga%poisson rasoir, aussi rapide que le caïman est lourd, de la fine scie de ses dents, avant qu'il

i Mot espagnol, plaines.

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