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La Dîme royale fut condamnée el brûlée

de son système, mais où? comment? dans un essai dérisoire, impossible, qu'on en fil justement chez un parent de Desmaretsi son adversaire, intéressé à faire échouer tout. Boisguilberl s'emporta, fut exilé, privé de son gagne-pain, sa place de petit juge de Rouen. Saint- Simon* eut grand'peine à le sauver.

Si Desmarets eût eu carte blanche, il eût pu oser prendre l'argent où il était vraiment, au lieu de pressurer et de sucer à mort ceux qui n'avaient plus que les os.

Il ne put rien que suivre l'ancienne rotite, c'est-à-dire écraser le pauvre.

Son premier pas est net et simple. Il ne paye plus. Des fonds mangés d'avance, en 1708, aucun payement. On payera en 1 709, puis plus tard, puis jamais. Cependant la nécessité l'oblige d'anticiper sur les années suivantes jusqu'en 17161 Et comme on doute fort qu'on soit jamais payé, on ne lui prête plus qu'avec une usure effroyable.

Mais si l'industrie, le commerce pouvaient se relever, l'impôt retrouverait où se prendre.

Loin de relever l'industrie, le commerce, Desmarets, étranglé parle pressant besoin, pour un petit profit, leur porte un coup terrible. Boisguilberl avait dit que le salut se trouverait surtout dans la libre circulation. Desmarets la supprime. Il double en une fois les droits de passage sur les routes, les péages des rivières. Dès lors, le peu de mouvement qui restait a cessé. Dans ce grand corps paralytique, nulle action que celle de la dévorante armée financière qui ronge le royaume. Nul bruit que celui des

1. Contrôleur général après Cha- 1 2. Le duc de Saint-Simon, l'aumillart. 1 leur des Mémoires.

mâchoires du cyclopc exlenninateurqui mange les mourants, et tout à l'heure les morts.

C'est une erreur de dire que Desmarets relevait la France fjuand le lerrible hiver de 1109 vint l'accabler. Il faut dire au contraire que les grands coups étaient portés même avant cet hiver, el que, s'il fut si uieur- Irier, c'est qu'il sévit sur un peuple que l'on avait mis en chemise.

On fut saisi cruellement, el l'on perdit l'esprit. Il y paraît aux contradictions singulières qu'on trouve dans les récits de ce fléau. On ne s'accorde ni sur la date du mois où il sévit, ni sur son intensité réelle. Ce qui est sûr, c'est qu'après un début d'hiver tiède, où les feuilles revinrent, on fut percé à vif d'un froid subit. Les uns disent que la mer gelait (exagération ridicule). Toutes les rivières furent prises. La mortalité fut épouvantable. On le comprend, quand on voit que dans la riche Normandie, autour de Rouen, sur sept cent mille personnes, il n'y en a pas cinquante mille qui ne couchent sur la paille. Dans le Derry. vaste désert ; les paysans sont des sauvages qu'on ne voit que loin des chemins, parfois assis en rond dans une terre labourée. Si l'on approche, ils disparaissent.

On comprend que l'habitant des campagnes n'ait pu résister quand on sait que le pauvre Français d'alors n'était vêtu que de toile, quand on sait que partout les maisons ne se réparaient plus, que lachanmière, ouverte à la bise sifflante, était vide de bestiaux, que la famille n'avait plus ces bons compagnons, ces doux réçhauffeurs de la vie humaine qui. de leurs toisons, de leur tiède haleine, la défendent si puissamment. La nature fut sévère, mais n'élit pas été homicide si elle ii'eùl pas frappé «a l'homme nu, dépouillé par l'bomme.

On putjonir aloi-s de la belle orcloonancu qd tabl»i( les (Iroils de passage. Le blé resta où il élaît, vl m circula poitil. 11 s'accumula forcément ou s'eiila-ssa pcrfidemeul- attendant spécialement sur la cherlécroissaiili!. Pour comble, de pauvres laboureurs s'étaiit avisisile semer du biê de mars, alors peu répandu, la police, wil pai- bêtise et âtupidc ignorance, soit par servilité Kro» pour les puissants accapai'eurs du rromeni, défendit celle culture. Défense monstrueuse ! qu'on révoqua trop tari Des petits travaux dans Paris, donnés à quelqniu ouvriers, un petit essai de taxe des pauvres, tout fut misérable et houleux.

On crut un moment que la peste allait aider la foim. Des épidémies vinrent. Immense queue à la porte dus hôpitaux. Ceux-ci, épuisés de ressources, revomissiiïnt Jes pauvres par torrents pour mourir de faim. \ Les suites du flé-A» furent pluii cruelles peuMtK i«nt:ore. Les misérables survivants, les enfants pSlMi étiques que laissèrent des pères épuisés eux-mim^i n'engendrèrent que des infirmes et des avortons maladi(i> L'exiguïté des Français fut proverbiale eu Europe, l»' 'avures anglaises surtout exposent à la risée, sousle<ffi lille de nains, les sujets de Louis le (îrand. Le grand peuple qui meurt dans cette année funibrt a'éteintsans voix. 11 effraye le monde de sa patience.

A peine quelques pages rares et presque ignorées d'un petit paysan (Duval)' disent l'horreur profonde Att Luvres troupeaux d'hommes poursuivis par la faini, il lissant au village et la ti-ouvant partout, errants suc la line déserte, ivres, éblouis de l'hiver, frappi^s, .Tiai|i lignés, s'asseyant à terre pour mourir.

Ceux qui étaient armés montraient même douceur. Ni plainte ni pillage. Dans une année de cent mille hommes à qui le pain manquait sans cesse, nos soldats épuisés jeûnaient et ne se plaignaient pas, et mouraient de la mort des saints.

Les langues sont finies et les mots épuisés devant de tels spectacles.

Ce ne sont pas les femmes seulement, ce sont les hommes et les plus durs, du plus ferme courage, qui pleureront au souvenir de la patience et de la douceur de nos pères dans ces extrémités funèbres.

VENDOBfE ET VILLARS

Michelct dépeint le caractère des deux derniers généraux do Louis XIV, ceux qui lui gagnèrent encore des batailles pendant la guerre de la succession d'Espagne, si pleine de désastres pour les armées françaises.

Le sombre Saint-Simon*, enfermé comme un lion en cage dans sa prison royale, h Versailles, à Marly *, regarde à travers ses barreaux les vaillantes pantalonnades de Villars, de Vendôme, et il n'en voit que le grotesque. Il les juge de mauvais acteurs, de pitoyables comédiens. C'est par là cependant, par l'audace souvent ridicule, airs de bravoure, vanterie, menterie, que ces héroïques boufTons relevèrent et soutinrent le moral des armées. Au défaut de solde et de pain, ils payèrent de chansons et firent rire la mort même. Quand nos misérables recrues, arrachées du village, dans un hiver du Rhin,

i. Le duc de Saint-Simon, l'au- 1 2. Maison do campagne où lo roi teiir des Mt'moires. l recevait les courtisans.

sans habits, sans souliers, arrivaient en pleine Allemagne, qui les sauvait du désespoir? un général immuablement gai, qui buvait avec eux quelque peu d'cau-de-vie et sifflait des airs d'opéra. Ils le suivaient où il voulait. Aux plus âpres gelées, ils ne voyaient que le soleil, disaient : c C'est le temps de Villars. >

Il en était de même pour le paysan du Midi que la milice * arrachait à sa mère et lançait au delà des Alpes. (Voyez Saint-Simon sur ces désolations.) Le malheureux, résigné à la mort, ayant passé les neiges, trouvait en pleine Lombardie la joyeuse armée de Vendôme*; tout était oublié, c On y mourait comme des mouches, >dit Louville^. Point d'ordre, rien de prévu; point d'hôpilaui. Mais nulle part on n'était plus gai. Ce gros garçon, le général de la licence, un satyre, un Bacchus, toujours à table, au lit, dans un parfait dédain de l'ennemi, donnait à tous une merveilleuse assurance. Du désordre parfait une force singulière naissait, l'initiative populaire.

Nos soldats de Vendôme et autres apparaissent souvent avec les allures singulières de nos Canadiens*, hardis coureurs de bois. C'est le zouave de ce temps-là.

Mais ce qui est d'alors, point du tout d'aujourd'hui, c'est que le soldat français savait gré à son général d'être un très grand seigneur, d'en avoir les allures, les vices, l'impertinence. Il se réglait sur lui. Sous Vendôme chacun était prince.

Au château d'Eu*, un grand portrait équestre donne

4. L'arméo no so recrutait que d'engagés volontaires, mais la milice était formée de paysans et d'artisans levés sur l'ordre du roi par les intendants.

2. Il commandait l'armée qui combattait en Italie contre les Autri-

chiens.

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