Kn Normandie
rhomme même. Il monte un cheval de hasard, un bon gros cheval noir qu'un maréchal ferrant lui donna, au défaut du sien, pour charger en bataille; lourde monture espagnole, à l'œil ardent, toutefois, forte et propre aux coups de collier. Lui-même est empâté, visiblement de chairs peu saines. La figure a quelque rapport avec le masque bouffi et polisson de Mirabeau ^ Tous deux, de leur sang italien, eurent une heureuse pointe pour la farce et pour le sublime. Chez Vendôme, le regard loustic rappelle aussi le côté gascon et le grand farceur béarnais. Au total, c'est un vieux enfant, un poupart de cinquantesix ans. Les Espagnols, qui l'aimaient fort, après sa bataille de Villaviciosa*, à son triomphe le caractérisent d'un mot charmant. Tout Madrid cria : « Cupidon^ ! »
Avec ces habitudes molles, Vendôme fut serf du corps de bonne heure. Noailles* et Saint-Simon le disent. Il était lourd et maladif. Il lui fallait beaucoup de nourriture et beaucoup de sommeil. Il continuait tellement quellement, sur les champs de bataille, la vie de son château d'Anet^, mêlée de jeu, de rire et de rien faire. Il la menait partout. Vrai général de la Fontaine*, qui, sauf les moments de se battre où il brillait, semblait moins guerroyer que voyager, pour s'arrêter où l'on mangeait le mieux, surtout pour y dormir. L'auteur des Fables et des Contes \ qui lui dédie Philémon et Beaucis*, pour lui, ce semble, fit ce vœu du néant : « Je le verrai, le pays