PARIS
Armand Colîn & O®, Editeurs
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PRÉFACE
Les Pages choisies des œuvres de Michelet, que nous offrons aujourd'hui au public sont tout autre chose que les Extraits historiques publiés en octobre 1887. Ceux-ci répondent à un programme imposé, ils constituent un livre de classe spécialement à l'usage des élèves qui n'ont que peu de temps à donner à l'étude de Thistoire, et doivent cependant en recevoir la forte empreinte.
Les Extraits historiques remplissent admirablement ce but. Le relief de l'exposition des faits, la vigueur ou le charme familier du récit, le coloris puissant du style, gravent à jamais dans le souvenir la genèse de notre tradition nationale. L'enfant qui demain sera un homme voué à la carrière industrielle ou scientifique, grâce à ce résumé plein de l'âme de la France, emportera pour toujours de l'école l'amour profond de la Patrie.
MicHÉLBT. — Pages choisies. 1
PRÉFACE
Ce litre même : Extraits historiques, dit clair
ment, sans qu'il y ait lieu d'insister, qu'on n'y tro*
qu'une portion relativement minime de l'œuvre complète de Michelet. Cette œuvre est si vaste, si instructive par la variêlé dessujels qu'elle embrasse, que l'onasenti la nécessité d'en publier un nouveau recueil, pour le profit non seulement de la jeunesse, mais encore des adultes qui n'ont pas les loisirs d'étudier les productions du maître dans toute leur étendue.
Les Pages choisies que nous offrons aujourd'hui au public se composent d'une série de morceaux recueillis, avec intelligence, dans chacun des ouvrages de l'illustre écrivain; cet ensemble, — en même temps qu'il précise la chaîne logique de l'œuvre entière, — forme un volume précieux pour la culture de l'esprit du lecteur ou sa récréation.
Nous avons disposé ces pages choisies dans un ordre qui répond au triple caractère do l'Œuvre de Michelet : Observation et glorification de la Nature; Études sur le développement de l'humanité et sur les questions sociales ; Travaux historiques.
La Nature ouvre le livre ; c'est son droit, elle est éternelle. — Pour la mieux voir et la mieux décrire dans ses manifestations multiples, Michelet, aprè' avoir écrit VOiseau, entreprend son grand voyage travers l'espace, sur ses ailes rapides. Son vol I porte de l'horreur dea glaces polaires aux brûlant féeries des tropiques ; de la région du ciel a
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fondes ténèbres des abîmes de la terre. Un court moment, pour leur repos, tous deux s'arrêtent ai bord du nid, ce petit foyer aérien, ciiaud d'ann et d'amour maternel. — Là est le secret de la ca] ■vite volontaire que s'impose, aux plus beaux joui de l'année, l'être entre tous libre et mobile; là, le secret de ses industries ingénieuses et variées pour construire, feutrer, protéger le cher petit berceai là aussi sa chanson...
Mais les voilà repartis, et déjà bien loin, bien bal au-dessus des mers, du front sourcilleux des monts. Chemin faisant, ils ont rencontré celui que, dans son style imagé, Michelet appelle ; « le fils de la nuit » , l'Insecte, pâture de l'oiseau, et pourtant son supérieur par les instincts sociables qui vont jusqu'à lui faire trouver la cité (Fourmis, Abeilles, Termites). Chacune de ces rencontres ou de ces sublimes visions nous a valu un poème : l'Oiseau, Vlnsecti la Mer, la Montagne.
Le Ciel, dont Michelet rêva si souvent de nous conter l'histoire; la Plante, devaient compléter sériede ces chefs-d'œuvre. 11 encommençaitTétudi* quand retentit le cri d'alarme, -1870
Blessé au plus profond des blessures de la Frani il s'arracha, dit adieu à la consolante nature l'âme en deuil, rentra pour toujours dans l'histoii A vrai dire, sous des formes différentes, elle occupé toute sa vie. L'étude de i'Humanité et
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son évolution, dès le premier essor de sa pensée, le saisit tout entier.
Dans la largeur de son esprit philosophique, il la iprit dahord dans son ensemble et son universalité :
* \Vico. — Inlrodudion à l'histoire universelle.
L'identité de celle méthode se retrouve encore dans son élude de la France. Avant de la raconter dans le détail, il marque d'un Irait puissant son unité géographique et historique : Tableau de la France.
I En 1835, dans les Origines du droit, Michelet ' I passe, au contraire, de la synthèse à l'analyse. Il reprend riluuianité à son berceau, il la suit dans cetle conscience primitive qui se cherche et dégage peu à peu sa personnalité dans une série de poétiques symboles répondant aux dates importantes de l'existence individuelle, de la naissance à la mort.
Dix ans plus tard, 18M, Michelet fera l'inverse : il nous présentera cette môme humanité, affranchie de son développement initial, ayant atteint en quelque sorte sa majorité etresponsable désormais. Il la prend au milieu des fluctuations, des combats pour l'existence; il se l'ait son guide dans la lulte qu'elle doit soutenir, il l'enseigne, lui montre à côté du droit le devoir, el, par la plénitude du cœur, aussi bien que par l'exemple de sa propre vie, il l'élève à l'amour du sacrifice (le Peuple).
• I L'œuvre de Michelet est un conLinuel i-icorso; c'est
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à cela surtout qu'elle doit la fécondité de son enseignement. De 1844, où il nous décrit l'existence méritante du peuple des villes et des campagnes, du paysan sur le sillon, de l'ouvrier dans la cité, jusqu'enl858, c'est-à-dire pendant quinze ans, il couve la même pensée : affermir la cité par ce qui en fait la base et la pierre angulaire, le foyer domestique.
Cette fois, il nous montre l'Humanité renaissante dans la famille et l'enfant au berceau, renouant éternellement, à travers les âges, la chaîne du progrès. — De là cette belle trilogie {VAmour, la Femme, nos Fils) qui est à la fois un poème de mutuelle tendresse, et un traité d'éducation.
Ce grand esprit qui ne pouvait la comprendre sans la pensée religieuse et qui en eut tant besoin pour lui, s'attacha ensuite à démontrer que le sentiment religieux est né avec l'humanité elle-même. Il en fournit les preuves, en traçant ses manifestations successives à travers les siècles {Bible de VHumanilè).
VHistoire, celle de notre France surtout, vient fermer le livre. La destination des Extraits historiques nous avait imposé, comme on Ta vu plus haut, l'obligation d'ajourner les côtés spécialement littéraires et artistiques. On les trouvera ici ; ils complètent les Extraits et leur communiquent, pour le lecteur, un nouvel attrait.
Vélizy, 2 octobre 1888.
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