L'AVÈNEMENT DU CAFÉ EN FRANCS
L*usage du café, venu d'Orient, a pénétré lentement en Europe depuis le xvii* siècle. Au xyiii" siècle ont commencé à s'ouvrir les débits de café qui devaient devenir plus tard les lieux de réunion de la bourgeoisie.
Sous la régence, Paris devient un grand café. Trois cents cafés sont ouverts à la causerie. Il en est de même des grandes villes, Bordeaux, Nantes, Lyon, Mar seille, etc.
Notez que tout apothicaire vend aussi du café, et le sert au comptoir. Notez que les couvents eux-mêmes s'empressent de prendre part à ce commerce lucratif. Au parloir, la tourière*, avec ses jeunes sœurs converées, offre le café aux passants.
Jamais la France ne causa plus et mieux. Il y avait moins d'éloquence et de rhétorique qu'en 89. On n'a rien à citer. L'esprit jaillit, spontané, comme il peut.
De cette explosion étincelante.nul doute que l'honneur
1. Petit village de Belgique, où l'armée française battit Guillaume d'Orange (1693).
2. La sœur chargco d'ouvrir le tour qui donne accès dans le couvent.
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ne revienne en partie à l'heureuse révolution du temps^ I
au grand Mt qui créa de nouvelles habitudes, modiÛiiKi
lempéraments : l'avènement du café.
L'eCTet en fui incalculable, — n'étani pas alTaifati,
Iralîsé, comme aujourd'hui, par l'abrulissemeul il]
tabac ■. On prisait, mais on fumait peu. Le cabaret est délrAné.
Moins de chants avinés la nuit. Moins de grandi
gneurs au ruisseau. La boutique élégante de cause
salon plus que boutique change, ennoblit les niœuis.
règne du café est celui de la tempérance. Le café, la sobre liqueur, puissamment cérébrale,
tout au contraire des spiritueux, augmente la uetlelâ
la lucidité, — le café qui supprime la vague et loo
poésie des fumées d'imagination, qui, du réel bien ' t bit jaillir réiincellc, et l'éclair de la vérité. I Les cafés ouvrent en Angleterre dés Charles !I (1669). I mais n'y prennent jamais caractère. Les alcools ou les
vins lourds, la grosse bière, y sont préférés, LalavcdeBourbon^, pasplusque le sable arabique', ne
suffisait à la production. Le régent le scDiil. et fit traos- I porter le café dans les puissantes terres de nos Antilles. I Deux arbustes du Jardin du roi, portés par le chevalier [de Ciîeuï, avec le soin, l'amour religieux d'un homme 1 qui sentait porter une révolution, arrivèrent à la Martînt- [ que, et réussii'ent si bien que cette ile bientôt en envoie I par an dis millions de livres. Ce fort café, celui de Saint- I Domingue', plein, cors^, nourrissant, aussi bien qu'eici- I tant, a nourri l'âge adulte du siècle, l'âge fort de l'ËDcy-
i. Mlrhslit
L orlcïuîrc do r A'i-
clopédie*. Il fut bu par Buffon, par Diderot, Rousseau, ajouta sa chaleur aux âmes chaleureuses, sa lumière à la vue perçante des prophètes assemblés dans « l'antre de Procope* >, qui virent au fond du noir breuvage le futur rayon de 89.
L'immense mouvement de causerie qui fait le caractère du temps, cette sociabilité excessive qui se lie si vite, qui fait que les passants, les inconnus, réunis aux cafés, jasent et s'entendent tout d'abord, quel en était l'objet, le but? Les petites oppositions parlementaires et jansénistes^? Oui, sans doute, mais bien d'autres choses. On parlait bien plutôt de Law *, de son ascension singulière, de la république d'actionnaires qu'il entreprenait de créer. On parlait du café, de la polygamie orientale. Tout cela mêlé et brouillé. Cette France si spirituelle ne sait pas plus de géographie que de calcul ou d'orthographe. Beaucoup mettent l'Asie à l'occident. Trompés par le mot Indes ^, ils confondent les deux continents sous un magique nom, toujours de grand effet : Les îles.
Des Hespérides* à Robinson%toutle mystère du monde est dans les îles. Là, le trésor caché de la nature, la toison d'or, ou ce qui vaut autant, les élixirs de vie qu'on vend au poids de l'or.
1. Dictionnaire générai des sciences et des arts, au xviii* siècle, rédigé sous la direction de Diderot à partir de 1751.