‹ Pages choisies des grands écrivainsChapitre 217 sur 258 · II · texte numérisé non relu

II

uBOcndal

lln-

. aluôin

ulnl Lnila

DltlDnel

fliH

u'duiiml ;

c d» riioui»

di;l>

iu-

«Il J. MtCIIELET.

I du roi. Raisomiablemenl elle inrlinait de ce cAtè, allir^e

' spécialement par la boulé de mudaïue Victoire'. Uk y allait trois fois par jour et elle y voyait le Dauphin. Celui-ci était sérieux et s'appliquait, employait sa forte mémoire. Menacé d'être roi, il eût voulu entrevoir \a aiïaires, être admis au conseil. Il étudiait, eu botino for-

I tune et àl'insu de Louis XV, avec un ofTicier instruit qui

' lui parlait de guerre et (l'adininistralioii.

La Dauphine, au contraire, n'eut aucun goût d'élmles. Sa mère l'avait fort néj;ligée jusqu'à treize ans (ITfiS),

\ jusqu'ilTaimée où la mort delà reiuede France fît croire qu'on pourrait la faire reine. Elle reçut alors Inus \h

j maîtres à la fois, mais n'apprit rien du tout. Ses leltrta, dessins, que l'on montrait, n'étaient pas d'elle. A Versailles, elle était trop distraite pour refaire son éduc*' lion. Vermoud s'en désolait. Sa mère lui en écrit g La lecture, lui dit-elle, vous est plus nécessai une autre, n'ayant aucun acquis, ni la musique, ni dessin, ui la danse, peiiilure et autres. »

Elle n'avait de goiit que pour les comédies. EIIbj

jouait, y remplissait des rûles, faisait Marlon, Lisel

Elle était très charmante, point méchante, sensible par moment. A Ventrée dans Paris(juin 73). elle a un joli mouvement de cœur pour ce bon peuple ému el tendre, pour son mari aussi qui a très bien parlé. J « Aux Tuileries, nous ne pouvions ni avancer ni recttlfl Au retour, nous sommes moulés sur une terrasse élevfl Je ne puis dire les transports d'alTcclion qu'on nous a témoignés. Nous avons salué le peuple avec la main. Rien de si précieux que l'amiliédu peuple; je l'ai senti et ne l'oublierai j.imais. »

Elle portait la tète haute, surexhaussée de plumes et de panaches, d'aigrettes qui menaçaient le ciel. Cette mode allait bien, il est vrai, à sa beauté hautaine. On a finement remarqué que les portraits charmants de madame Lebrun* l'ont trop féminisée.Elle n'était ni gaie, ni sereine, mais toujours émue, véhémente. Par moments, très sensible et bonne : « Si touchante ! écrivait sa mère, on ne peut pas lui résister. ^

L'enivrement s'explique au début de ce règne. Tous l'éprouvaient. Quelle joie de voir enfin s'asseoir sur le trône purifié de Louis XV l'honnête, l'excellent jeune roi, cette reine charmante ! Qui n'eût tout espéré ? Un grand mouvement d'art décorait ce moment, illuminait la scène. Etlareine en étaitle centre. — Tout gravitait vers elle. — Gluck * arrivait pour elle de Vienne, lui apportait Iphigénie. Il écnvsiil Armide (1775), pour qui, si ce n'était pour l'Armide couronnée de Versailles ?

Mais le jour redouté du Dauphin est venu. On lui apprend que Louis XV est mort, qu'il est roi. Il s'évanouit.

Puis, revenant à lui, il s'écria : — « Oh ! quel fardeau !... Et on ne m'a rien appris ! »

Le scrupuleux jeune homme était dans un état admirable, décidé à marcher dans la droite voie, et contre son cœur même.

A l'ouverture première du secrétaire de Louis XV, il eut un coup au cœur, vit à quel point l'Autriche l'enveloppait,combienillui faudrait se garder de la reine. Rohan ambassadeur à Vienne, tout récemment, le 10 janvier, avait averti Louis XV qu'il était vendu jour par jour.

1. Peintre de portraits, née en I 2. Musicien allemand qui a composé. 17^, morte en 1842. j ses opéras sur des paroles françaises

Mercyi, Tambassadeur d'Autriche, avait acheté un commis qui lui révélait l'arrivée des dépêches et leur effet au ministère. Il avait acheté à la cour un seigneur qui l'informait de tout. Le ministre Kaunitz avait nos chiffres^ avait copie de nos dépêches de Versailles et des ambassades françaises dans toute l'Europe. Des bureaux à Liège, Bruxelles, Francfort et Ratisbonne, interceptaient nos lettres, les lisaient au passage. L'homme à qui on devail l'importante révélation fut noyé, et bientôt trouvé dans le Danube, exposé avec un billet pour dire qu'il se noyait lui-même.

Tout cela était clair. Le premier soin de Louis XVI, ce fut de cacher les papiers relatifs à l'Autriche dans un lieu où la reine n'allait point, la pièce des enclumes où furtivement il forgeait, près des combles.

1. Le comte de Mercy-Arjfenteau. | se servait pour correspondre sccrè-

Page 1