Célèbre physioloçisto
6. Premier ministre d'Angleterre depuis 1783, célèbre par sa haine
gouverne avec ce dont il menace, plutôt qu'avec ce qu'il fait. Je lui aurais donné du chagrin si j'avais vécu. »
On lui parla de Tempressement extraordinaire du peuple à demander de ses nouvelles,du respect religieux, du silence de la foule, qui craignait de le troubler. € Ah! le peuple, dit-il, un peuple si bon, est bien digne qu'on se dévoue pour lui, qu'on fasse tout pour fonder, affermir sa liberté. Il m'était glorieux de vivre pour lui, il m'est doux de sentir que je meurs au milieu du peuple. y>
Il était plein de sombres pressentiments sur le destin de la France : « J'emporte avec moi, disait-il, le deuil de la monarchie; ses débris vont être la proie des factieux.»
Un coup de canon s'étant fait entendre, il s'écria, comme en sursaut : « Sont-ce déjà les funérailles d'Achille?»
« Le 2 avril au matin, il fit ouvrir ses fenêtres et me dit d'une voix ferme (c'est Cabanis qui parle) : a Mon ami, je <L mourrai aujourd'hui. Quand on en est là, il ne reste plus « qu'une chose à faire, c'est de se parfumer, de se cou- « ronner de fleurs et de s'environner de musique, afin « d'entrer agréablement dans ce sommeil dont on ne se « réveille plus. » Il appela son valet de chambre : « Allons, « qu'on se prépare à me raser, à faire ma toilette tout en- « tière. » Il fit pousser son lit près d'une fenêtre ouverte pour contempler sur les arbres de son petit jardin les premiers indices de la feuillaison printanière. Le soleil brillait; il dit : « Si ce n'est pas là Dieu, c'est du moins « son cousin germain... » Bientôt après, il perdit la parole; mais il répondit par des signes aux marques d'amitié que nous lui donnions. Nos moindres soins le touchaient; il y souriait. Quand nous penchions notre visage sur le sien, il faisait de son côté des efl'orts pour nous embrasser... s
436 i. HICHEXET.
Las souffrances éliuit e^tn^ssve^ comiiie 3 ne powiit plus parler, il éerÎTit ees mots : c Darmir. > D désinit abréger cette lutte matile^ et demandait de T^fium. D expira vers huit heures et demie. U vexait de se toonier, eu levant les yeux au ciel. Le plâl» qui a saiâ sm tîsi^ ainsi fixé n'indique qa'mi doux somire, un sommeil plein de vie et d'aimables soudes.
La douleur fut immense, unÎTerselle. Son secrétaire, qui Tadorait et qui plusieurs fois avait tiré Tépée pour lui, voulut se couper la gorge. Pendant la maladie, un jeune homme s'était présenté, demandant si Ton Toolait essayer la transfusion du sang, offrant le sien pour rajeunir celui de Mirabeau. Le peuple fit fermer les qiectacles, dispersa môme par ses huées un bal qai semblait insulter à la douleur générale.
Le 3 avril, le département de Paris se présenta à l'Assemblée nationale, demanda, obtint que Téglise de Sainte-Geneviève' fût consacrée à la sépulture des grands hommes, et que Mirabeau y fût le premier. Sur le fronton devaient èlre inscrits ces mots : c Aux grands hommes la ))a(rie reconnaissante. » Descartes y était. Voltaire et llouKseau devaient y venir*.
Le 4 avril, eut lieu la pompe funèbre la plus vaste, la plus ))opulaire qu'il y ait eu au monde, avant celle de Napoléon, au 15 décembre 18403. Le peuple seul fit la police et la lit admirablement. Nul accident dans cette fuule (le trois ou quatre cent mille hommes. Les rues, les boulevards, les fenêtres, les toits, les arbres, étaient chargés de spectateurs.
i. On Ta appolûo depuis le Pan- 3. Le retour des cendres de Napo-
lltôou.
it.On voulait que le Panthéon fût lo Ueu du sépulture de» grands hommes.
léon que le roi Louis Philippe avail fuit ramener de Sainte-Hèlèae.
En tète du cortège marchait Lafayette*, puis, entouré royalement des douze huissiers à la chaîne, Tronchet, le président de TAssemblée nationale, puis TAssemblée tout entière sans distinction de partis. L'intime ami de Mirabeau, Sieyès*, qui détestait les Lameth3 et ne leur parlait jamais, eut pourtant Tidée noble et délicate de prendre le bras de Charles de Lameth, les couvrant ainsi de rinjuste soupçon qu'on faisait peser sur eux.
Immédiatement après l'Assemblée nationale, comme une seconde assemblée, avant toutes les autorités, marchait en masse serrée le club des Jacobins. Ils s'étaient signalés par le faste de la douleur, ordonnant un deuil de huit jours, et d'anniversaire en anniversaire un deuil éternel.
Ce convoi immense ne put arriver qu'à huit heures à l'église Saint-Eustache*. Céruttisprononçal'éloge. Vingt mille gardes nationaux déchargeant à la fois leurs armes, toutes les vitres se brisèrent; on crut un moment que l'église s'écroulait sur le cercueil.
Alors, la pompe funéraire reprit son chemin, aux flambeaux. Pompe vraiment funèbre à cette heure. C'était la première fois qu'on entendait deux instruments toutpuissants, le trombone et le tamtam. « Ces notes, violemment détachées, arrachaient les entrailles et brisaient le cœur. » On arriva bien tard, dans la nuit, à Sainte- Geneviève.
l.Géncral qui commandait la garde nationale de Paris.
2. L'abbé Sicyès, un des députés les plus influents de la Constituante.
3. n y avait trois frères de Lameth; tous trois combattirent pour l'indé-
pendance de l'Amérique, prirent parti pour la Révolution, et furent députés, deux à la Constituante, un à la Législative.