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C'est aujourd'hui le pont de la Concorde

lls arrivaient, ces hâtes désirés, ils remplissaient d^jl I Paris. Les aubergistes et maîtres d'hôlels garnis réduisirent eux-mêmes et fixèrent le prix modique qu'ils re- ' cevraieni de celte foule d'étrangers. On ne les laissa pas, ' pour la plupart, aller à l'auberge. Les Parisiens, logés, comme on sait, fort à l'étroit, se serrèrent, et trouvèreal le moyen de recevoir les fédérés.

Quand arrivèrent les Bretons, ces aînés de la liberté', les vainqueurs de la Bastille s'en allèrent à leur rencontre jusqu'à Versailles, jusqu'à Saiiit-Cyr '. Après les félicitations et les e m brasse ments, les deux corps réunis, mêlés, entrârent ensemble h Paris.

Un sentiment inouï de paix, de concorde, avait pénétré les âmes. Qu'on en juge par un fait, selon moi. le plus fort de tous. Les journalistes firent trêve. Ces âpres jouteurs, ces gardiens inquiets de la liberté, dont la lullc habituollu aigrit tant les fîmes, s'élevèrent au-dessus d'eux-mêmes; l'émulation des ûmes antiques, sans liain^ r et sans jalousie, les ravit, les affranchit un moment j [ triste esprit de disputes.

Mais voilà enfin le U juillet, le beau jour tant désid pour lequel ces braves gens ont fait lo pénible voya| Tout est prêt. Pendant la nuit même, de crainte de n quer la fêle, beaucoup, peuple ou garde nationale, â bivouaqué au Champ-de-Mars. Le jour vient; hclasfl pleuti Tout le jour.àchaque instant, de lourdes avers des rafales d'eau et de vent. « Le ciel est aristocrate disait-on, et l'on ne se plaidait p,is moins. Une gaielécu rai;eu3e, obstinée, semblait vouloir, par mille plai ries folles, détourner le triste augure. Cent soisai

mille personnes furent assises sur les tertres du Champde-Mars, cent cinquante mille étaient debout; dans le champ même devaient manœuvrer environ cinquante mille hommes, dont quatorze mille gardes nationaux de province, ceux de Paris, les députés de Tarmée, de la marine,etc. Les vastes amphithéâtres de Chaillot, de Passy *, étaient chargés de spectateurs. Magnifique emplacement, immense, dominé lui-même par le cirque plus éloigné que forment Montmartre, Saint-Cloud,Meudon, Sèvres*; un tel lieu semblait attendre les États généraux du monde.

Avec tout cela, il pleut. Longue est l'attente. Les fédérés, les gardes nationaux parisiens, réunis depuis cinq heures le long des boulevards, sont trempés, mourants de faim, gais pourtant. On leur descend des pains avec une corde, des jambons et des bouteilles, des fenêtres de la rue Saint-Martin, de la rue Saint-Honoré.

Enfin, ils passent la rivière sur un pont de bois construit devant Chaillot^, entrent par un arc de triomphe. Au milieu du Champ-de-Mars s'élevait l'autel de la patrie; devant TÉcole-MilitaireS les gradins où devaient s'asseoir le Roi, l'Assemblée.

Tout cela fut long encore. Les premiers qui arrivèrent, pour faire bon cœur contre la pluie et dépit au mauvais temps, se mirent bravement k danser. Leurs joyeuses farandoles, se déroulant en pleine boue, s'étendent, vont s'ajoulant sans cesse de nouveaux anneaux dont chacun est une province, un département ou plusieurs pays mêlés. La Bretagne danse avec la Bourgogne, la Flandre

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