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loin que Ghâlons, il avait quarante hussards, avec lesquels, dit Bouille*, il devait assurer le passage du Roi, fermer après lui la route à tout voyageur. Si le Roi était arrêté à Châlons, il devait Ten dégager par la force. Ceci ne se comprend guère ; ce n'est pas avec quarante cavaliers qu'on vient à bout d'une telle ville; combien moins si toutes les campagnes d'alentour se mettaient de la partie !
En effet, le paysan s'ennuyait de voir ces hussards sur la route; il venait en foule, et les regardait. On y venait de Châlons même; on se moquait du trésor; tout le monde comprenait très bien de quel trésor il s'agissait. Le tocsin commençait à sonner dans ces villages. La position de Choiseul n'était pas tenable. Il calcula, par le retard de quatre ou cinq heures, que la partie était manquée, que le Roi n'avait pu partir.
Le roi arriva au moment où il venait de s'éloigner. Point de Choiseul, point de Goguelat, point de troupes : « Il vit un abîme ouvert. » Cependant, la route est tranquille ; on arrive à Sainte-Menehould ^ ; dans son inquiétude, il regarde, met la tête à la portière. Le commandant du détachement, qui ne l'avait pas fait monter à cheval, veut s'excuser, vient le chapeau à la main ; chacun reconnaît le Roi. La municipalité, déjà assemblée, fait défendre aux dragons de monter à cheval. Leurs dispositions étaient trop incertaines pour qu'on essayât, malgré eux, de retenir la voiture; mais un homme s'offre de la suivre, d'essayer de la faire arrêter plus loin ; la municipalité l'autorise expressément. Cet homme, un ancien dragon, Drouet, fils du maître de poste^, partit, en effet, surveillé,
1. Général de l'armée de la Meuse, auteur de Mémoires sur la révolution française.